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CHAPITRE XII
Quelque temps après nous allâmes dans la maison de John Crook où devait se tenir une Assemblée Générale annuelle pour tout le pays. Cette réunion dura trois jours, et un grand nombre d'Amis venant de tous les coins du pays s'y rencontrèrent; il y avait là plusieurs milliers de personnes, aussi les auberges des villes voisines étaient-elles toutes pleines. Malgré quelques troubles provoqués par un groupe d'individus grossiers qui s'étaient écartés de la Vérité, la puissance du Seigneur vint sur tous les assistants et ce fut une glorieuse réunion. L'évangile éternel fut annoncé; beaucoup le reçurent, et ainsi resplendirent en eux et autour d'eux la vie et l'immortalité ... « CE QUI IMPORTE, C'EST LA VIE » J'eus l'inspiration de révéler et d'annoncer bien des choses aux Amis auxquels avait été confié un service actif dans le ministère, au sujet de l'usage de leurs dons spirituels dans l'Eglise; un des assistants en prit note comme suit :
Après la réunion, comme je me promenais dans le jardin de John Crook, un officier de police vint à la tête d'une troupe à cheval pour s'emparer de moi. Je l'entendis demander qui était dans la maison, et quelqu'un me nomma. « C'est l'homme que nous cherchons » dit-il. Ils entrèrent et discutèrent longtemps avec John Crook et quelques Amis, mais ils ne songèrent pas à me chercher dans le jardin et s'en allèrent furieux ... Je n'étais pas à Londre depuis longtemps quand j'appris qu'un Jésuite, qui était venu accompagné d'un Ambassadeur de l'Espagne, avait mit au défi tous les Quakers de venir débattre à la maison du comte de Newport; sur quoi quelques Amis lui firent savoir qu'ils y seraient. Alors il nous envoya un mot, disant qu'il voudrait rencontrer douze des hommes les plus sages, et les plus instruits que nous avons. Peu de temps après, il nous renvoya un autre mot, disant qu'il voulait en rencontrer seulement six, et à nouveau il nous renvoya un message, disant cette fois qu'il voulait que seulement trois ne vienne. Nous fîmes notre possible afin d'arriver au plus vite; de peur que dans sa grande fierté, il ne finisse par annuler. Quand nous sommes arrivés à la maison, Je demandai à Nicholas Bond et Edward Burrough d'y aller et débuter la discussion avec lui; car je voulais marcher un peu dans le jardin. Je montai ensuite les rejoindres. Je leur conseillai de lui poser cette question; L'église de Rome, tel quelle se présente maintenant, n'est-elle pas dégénérée de la vraie Église qui fût aux tout débuts, de la vie et la doctrine, de la puissance et de l'esprit qui était en eux? Et ils lui posèrent ainsi la question; et le Jésuite rétorqua, que l'église de Rome était dans la virginité et la pureté de l'Église primitive. Et à ce moment je me joignis à eux. Alors nous lui demandâmes s'ils avaient le Saint-Esprit déversés sur eux, tout comme aux jours des Apôtres ? Il dit que non. Alors je lui dit; “si vous n'avez pas le même Saint-Esprit déversés ainsi sur vous, ni la même puissance ni l'Esprit, vous êtes dégénérés de la puissance et de l'Esprit qui fût dans l'Église primitive.” Il y aurait eu un peu plus à dire concernant cela. Alors je lui demandai; “Quel Écriture ont-ils qui justifie qu'il puisse y avoir des nonnes cloîtrés, des abbayes et des monastères pour hommes, pour tous leurs différents ordres, pour leurs chapelets de prières et pour les images, pour la fabrication des croix, pour l'interdiction des viandes, pour les mariages, et la mise à mort des gens à cause de la religion?” Je lui dit;“si vous êtes dans la pratique de l'église primitive, dans sa pureté et sa virginité, bien regardons dans les écritures si ils ont jamais pratiqués de telle choses.” (Car il fût convenu de la part des deux parties, qu'il nous fallait prouver nos déclarations par les Écritures .) Alors il nous dit qu'il y avait la parole écrite, et la parole non écrite. Je lui demandai d'expliquer ce qu'il entendait par la“parole non écrite”. Il dit; “La parole écrite ce sont les Écritures, et la parole non écrite ce sont les paroles des Apôtres, prononcés seulement de vives voix, soit toutes ces traditions que nous pratiquons.” Je lui offris de prouver cela par les Écritures. Alors il amena cette écriture là où l'Apôtre dit dans 2 Thes 2:5. “Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses, lorsque j'étais encore chez vous.” Et il ajouta, “Je vous ai dit ces choses à propos des nonneries et des monastères, et de la mise à mort pour la religion, et de prier avec des chapelets et sur des images, et tout le reste des pratiques de l'église de Rome, qui fût la parole non écrite des Apôtres, qu'ils avaient dit alors, et qui, depuis a continué par tradition jusqu'à ce jour.” Ensuite je lui demandai de lire cette Écriture à nouveau, afin qu'il puisse voir à quel point il venait de pervertir les paroles des Apôtres. Ce que l'Apôtre dit ici dans Thessaloniciens, il leur avait dit avant, ce n'est pas une parole non écrite, mais c'est bien là, écrit; à savoir, que l'homme du péché, le fils de la perdition, sera révélé avant le grand et terrible jour de Christ, écrivant ce qui devait arriver: donc ceci ne parlait aucunement de ces choses pratiqués par l'Église de Rome. De la même manière l'Apôtre, au troisième chapître de l'Épître, parle à l'Église à propos de quelques personnes désordonnés, "il avait apprit qu'il y avait parmi eux ; des officieux, qui ne travaillaient pas du tout; pour lesquels il leur avait recommandé par cette parole non écrite, lorsqu'il était parmi eux, que si quelqu'un ne travaillait pas, il ne devait pas manger non plus: ce qu'il commande encore ici dans sa parole écrite, dans cet Épître. 2 Thes 3:10. Ainsi cette Écriture ne fournissait aucune preuve à leurs traditions inventés, et il n'eût pas d'autres Écriture à offrir comme preuve. Par connséquent je lui dit, que c'était une autre dégénérescence de leur église dans de telles inventions et traditions que les apôtres et les saints primitifs n'ont jamais pratiqués. Pendant le temps que je passai à Londres, bien des travaux m'échurent en partage; car on était dans une période de grandes souffrances. Je me sentis poussé à écrire à Olivier Cromwell, lui exposant les maux qu'enduraient les Amis, soit dans ce pays, soit en Irlande. On parlait à cette époque de nommer Cromwell roi; ce qui me détermina à l'aller trouver. Je le rencontrai et lui dis que ceux qui s'apprêtaient à le couronner causeraient sa mort. Il me pria de m'expliquer. Sur quoi je répétai que ceux qui cherchaient à ceindre son front d'une couronne lui ôteraient la vie; et je lui recommandai de penser à la couronne immortelle. Il me remercia et me dit de revenir le voir. Plus tard je lui écrivis encore pour traiter cette affaire d'une façon plus complète. Vers cette époque, celle qu'on appelait Lady Claypole (Elizabeth Cromwell (1629-1658), deuxième fille du Protecteur, devint Lady Claypole) tomba gravement malade; son esprit était abattu et rien ne pouvait la consoler, je lui écrivis. Quand on lui lut ma lettre, elle déclara que c'était ce qu'il lui fallait à ce moment pour retrouver son équilibre. VAINS APPELS AU PARLEMENT Il arrivait fréquemment alors qu'ils perdaient leur place peu après; c'étaient eux que le Seigneur renvoyait chez eux, eux qui n'avaient pas su faire le bien pendant qu'ils étaient au pouvoir. Mais ils ne partaient pas sans avoir été avertis, car j'étais poussé à leur écrire, individuellement, comme je l'avais fait pour les membres du Long Parlement auxquels j'avais annoncé, avant sa dissolution, que des ténèbres épaisses allaient venir sur eux, un jour de ténèbres dont ils se souviendraient. DERNIÈRE ENTREVUE AVEC CROMWELL Après cela, comme je sortais de la ville avec deux Amis, nous rencontrâmes deux soldats appartenant au régiment du Colonel Hacker, qui nous ramenèrent avec eux et nous gardèrent prisonniers. Mais la puissance du Seigneur fut sur eux et ils nous mirent en liberté peu après. Le même jour, j'allai en bateau à Kingston et de là à Hampton Court, pour parler au Protecteur des souffrances des Amis. Je le rencontrai à cheval dans le Parc de Hampton Court, et, avant de l'approcher, comme il était à la tête de sa garde, je vis et je sentis le souffle de la mort passer sur lui; et quand je l'abordai il avait l'air d'un homme mort! Après que je lui eus exposé les souffrances des Amis, et que je l'eus averti comme je me sentais poussé à le faire, il me dit d'aller le voir chez lui. Le lendemain, lorsque j'arrivai à Hampton Court pour continuer mon entretien avec lui, j'appris qu'il était très malade, et on ne me permit pas de le voir. Je ne devais plus le revoir ensuite. De Kingston J'allai chez Isaac Penington, dans le Buckinghamshire, là où j'avais fixé une réunion; la vérité et la puissance du Seigneur fût manifesté précieusement parmi nous. Après avoir visité les Amis dans ces régions, Je retournai à Londre; et tout de suite après j'allai en Essex; où je n'y fût pas très longtemps, après avoir appris la mort du protecteur, et la nomination de son fils Richard comme protecteur à sa place. Sur cela je revînt à Londre. Auparavant, avait été promulguée la « Profession de foi de l'Eglise », qu'on disait avoir été composée en onze jours. Je m'en procurai un exemplaire avant la publication, et j'écrivis une réponse; de sorte que, lorsqu'on vendit dans les rues « la Profession de foi », ma réponse fut vendue en même temps. Quelques membres du Parlement en furent irrités; l'un d'eux me dit qu'il me ferait enfermer à Smithfield. Je lui répondis que j'étais hors d'atteinte de leurs feux et que je ne les craignais pas. Quelque temps après je quittai Londres, j'eus une réunion à Twickenham chez le Sergent Birkhead ; beaucoup de personnes y prirent part, notamment des gens de marque. Ce fut une glorieuse réunion, où les Ecritures furent expliquées clairement et où Christ eut la première place. Ce fut un temps de grandes souffrances, car, en plus des emprisonnements (qui causèrent la mort d'un grand nombre), nos réunions étaient sans cesse interrompues. On nous jetait des œufs pourris et des pétards, on apportait des tambours ou des casseroles pour faire du bruit et pour empêcher la vérité de se faire entendre ; et les prêtres ne le cédaient en rien aux autres. RETOUR DU ROI CHARLES II
Au bout d'un certain temps, j'allai à Reading. J'y fus en proie à de grandes souffrances, à des épreuves et mon âme fut en grand travail pendant environ dix semaines. Je voyais autour de moi beaucoup d'erreur et de confusion d'esprit; les puissances ennemies semblaient se disputer les âmes. Nombreux étaient ceux qui cherchaient à détruire la simplicité de la foi et qui trahissaient la vérité. L'hypocrisie, la tromperie et l'esprit de querelle s'étaient tellement développés dans le peuple qu'ils étaient prêts à plonger leurs épées dans les entrailles les uns des autres. Il y avait eu, autrefois, en beaucoup d'entre eux, une certaine tendresse de cœur, alors qu'ils étaient de condition modeste; mais quand certains eurent acquis une certaine situation, ils devinrent aussi mauvais que les autres ; en sorte que nous avions fort à faire avec eux au sujet des salutations et du tutoiement. La patience et la modération, qui auraient dû être leurs vertus, se muaient en fureur et en folie; beaucoup d'entre eux étaient comme enragés quand ils nous voyaient garder notre chapeau sur la tête. Ils s'étaient endurcis à force de persécuter les innocents; ils crucifiaient Christ en eux-mêmes et dans les autres; ils en vinrent à se mordre et à s'entre-dévorer, consommant leur propre ruine; tel fut le résultat de leur rébellion contre ce que Dieu leur avait pourtant clairement révélé. Aussi le Seigneur les renversa-t-il et rétablit-il le roi Charles; les Quakers avaient été fréquemment accusés de travailler à cette restauration, mais les Amis ne se préoccupaient pas des formes du gouvernement.Mais finalement le Seigneur le restaura, et beaucoups d'entre eux, lorsqu'ils surent qu'il serait ramené, votèrent pour son rétablissement. Ainsi avec coeur et louanges au nom du Seigneur, à celui qu'il appartient; qui est au dessus de toute suprématie, et qui renversera les nations, car Il est au dessus d'eux. J'avais eu la vision et le pressentiment du retour du roi assez longtemps avant qu'il ne se produisît, et j'en eût aussi quelques autres. J'avais écrit plusieurs fois à Olivier Cromwell, lui disant que, pendant qu'il persécutait le peuple de Dieu, ceux qu'il considérait comme ses ennemis se disposaient à l'assaillir. Tandis que quelques zélateurs imprudents qui se joignaient à nous nous conseillaient d'acheter la maison à Somerset pour y tenir nos réunions, je m'y opposai formellement; car je prévoyais le retour du roi.En outre, une femme était venue vers moi, dans le Strand, et m'avait fait part d'une révélation qu'elle avait eue concernant le retour du roi Charles, trois ans avant cet événement; elle ajouta qu'elle devait aller le lui dire. Je l'engageai à s'en remettre au Seigneur et à garder cela pour elle; car si l'on apprenait qu'elle s'était acquittée de ce message, elle serait inculpée de trahison; mais elle insista pour aller annoncer au roi sa restauration sur le trône d'Angleterre. Je compris que cette révélation était véritable, que ceux qui étaient au pouvoir étaient près de leur chute; car ils étaient pleins d'orgueil; plusieurs d'entre eux, qui se décernaient le titre de saints, persécutaient les Amis et confisquaient leurs terres parce que ceux-ci refusaient de prêter serment devant les tribunaux.Quand nous exposions ces faits à Olivier Cromwell, il refusait parfois de les croire. C'est pourquoi Thomas Aldam et Anthony Pearson se rendirent dans toutes les prisons d'Angleterre pour se procurer des copies des ordonnances qu'on remettait aux geôliers concernant le traitement à infliger aux Amis, afin qu'Olivier Cromwell sût à quoi s'en tenir. Sur le refus de celui-ci de les relâcher, Thomas Aldam lui arracha son chapeau de sa tête et le déchira sous ses yeux en lui disant: « C'est ainsi que seront déchirés ton gouvernement et ta maison. »Une femme, appartenant elle aussi aux Amis, se présenta devant les membres du Parlement (qui était plein de haine contre les Amis) ; elle tenait à la main une cruche qu'elle brisa en morceaux en leur annonçant que c'était le sort qui les attendait; cela se réalisa peu après. Pendant cette période d'épreuve que je traversai à Reading, le chagrin, la tristesse et le tourment d'esprit que j'endurais agirent sur mon extérieur ; mon visage était maigre et défait ; des hommes à l'esprit impur vinrent me dire que les fléaux de Dieu étaient sur moi. Je leur répondis que l'esprit qui les faisait parler était· le même qui avait inspiré des jugements semblables sur le Christ quand il avait été frappé et humilié; ils avaient détourné de Lui leur visage. Mais quand j'eus lutté avec ce « témoin » de Dieu qu'ils étouffaient en eux-mêmes, quand j'eus le dessus sur lui et sur toute cette hypocrisie dans laquelle ces chrétiens de profession étaient tombés, quand je vis comment ces puissances mauvaises seraient anéanties et comment la vie naîtrait sur leurs ruines, alors je fus soulagé, la lumière, la puissance et l'esprit resplendirent sur toutes choses. Quand je retournai au grand air, ayant retrouvé mes forces et surmonté mes peines et mes tribulations, mon corps et mon visage reprirent de l'embonpoint. Alors les mauvaises langues dirent que j'étais devenu gras et elles trouvèrent à redire à cela aussi. Mais le Seigneur me préserva par Sa puissance et Son esprit à travers toutes ces choses, et sous cette divine protection je retournai à Londres. FUNÉRAILLES DE CROMWELL C'est alors qu'on mena grand bruit autour de l'image ou de l'effigie de Cromwell, couché sur son lit d'apparat; des gens avaient pour mission de se tenir postés. auprès de ce lit ou de faire retentir des clairons: Je m'en affligeai grandement, et le Seigneur, sans nul doute, en fut irrité.
CHAPITRE XIII Après un séjour à Londres où je visitai dans la ville et les environs des réunions d'Amis, je continuai mes voyages dans les campagnes, à travers l'Essex, le Suffolk et le Norfolk. J'arrivai à Norwich où nous eûmes une réunion vers l'époque appelée Noël. Le maire de Norwich, en ayant été informé, envoya contre moi un mandat d'arrêt. J'appris cela en arrivant et envoyai quelques Amis pour discuter la chose avec lui. Il déclara qu'il craignait que notre réunion n'occasionnât du trouble en la ville, parce que la population était si brutale qu'il n'était guère possible de la tenir en respect. Nos Amis répondirent que c'était son affaire de maintenir l'ordre. Que nous étions gens paisibles, adorant Dieu à notre façon et qu'on ne pouvait nous en empêcher. Il se montra assez raisonnable et n'envoya pas de force arméeà la réunion, qui fut nombreuse. Quelques mauvais sujets, venus avec l'intention d'y jeter le désordre, furent vaincus par la puissance du Seigneur, bien qu'il y eût parmi eux plusieurs prêtres, ainsi que de soi-disant pratiquants. Parmi ces prêtres, un nommé Townsend se leva et cria: « Erreur ! blasphème! réunion impie! » Je lui enjoignis de ne pas affirmer une chose qu'il était incapable de prouver et lui demandai en quoi consistait notre erreur et notre blasphème; j'ajoutai qu'il devrait faire la preuve de ce qu'il avait affirmé ou qu'il en serait pour sa courte honte. n y avait là beaucoup de gens qui craignaient Dieu et c'était à la fois peu chrétien et peu courtois de traiter d'impies des gens honnêtes et pieux. Il déclara que mon erreur et mon blasphème consistaient à dire que les hommes devaient compter sur la puissance et sur l'Esprit de Dieu, et que c'était dans le silence qu'ils pouvaient sentir Sa présence. Je lui demandai si les apôtres et les saints hommes de Dieu n'avaient pas entendu Dieu leur parler dans le silence avant de dire et d'écrire ce qui leur avait été inspiré. Ille reconnut. « Ecoutez, dis-je, vous tous; il m'a accusé d'erreur et de blasphème; et maintenant il confesse que les saints hommes de Dieu n'ont pas dit autre chose que moi. » Alors je leur montrai que, de même les saints hommes de Dieu qui nous ont donné les Ecritures telles qu'elles leur ont été inspirées par le Saint-Esprit, avaient d'abord écouté les enseignements de Dieu, de même ils devaient tous se mettre à l'école de l'Esprit qui les conduirait à connaître Dieu et le Christ et à comprendre les Ecritures. Je poursuivis mes voyages au service du Seigneur, traversai de nombreuses localités où, si beaucoup furent convaincus, certains se montrèrent très grossiers. A LA RECHERCHE D'UN JÉSUITE De là nous passâmes dans le Somerset, où les Presbytériens et d'autres pratiquants furent très méchants et troublèrent souvent les réunions des Amis. Une fois en particulier,(comme il nous fût rapporté) ils avaient fait venir à la réunion un homme réputé pour sa méchanceté qui, revêtu d'une peau d'ours, se mit à faire des tours pendant la réunion des Quakers. C'est ainsi que, s'étant assis en face de l'Ami qui parlait, il s'amusait à tirer la langue, toujours vêtu de sa peau d'ours, pour faire rire les mauvais sujets qui l'avaient accompagné; aussi la réunion en fut-elle grandement troublée. Mais un éminent jugement le rattrapa, et sa punition ne tarda pas; car comme il revenait de la réunion, un taureau s'amorça dans le chemin, il s'arrêta afin de le voir; et tomba à la porté du taureau, le taureau frappa ses cornes sous le menton de l'homme à sa gorge, et lui poussa sa langue hors de sa bouche, de sorte qu'elle resta pendante, comme il avait fait dérisoirement à la réunion. Et ainsi la corne du taureau s'enfonça dans la tête de l'homme, le taureau le balança au bout de sa corne d'une remarquable et épouvantable manière. Ainsi celui qui était venu pour faire du mal au peuple de Dieu, s'est fait du mal à lui-même; et puisse de tels exemples,si évidents, de vengeance divine enseigner aux autres à se garder de s'opposer à la vérité de Dieu. Ce document eut un heureux effet parmi le peuple. Les Amis ont beaucoup fait pour sauver la vie des hommes pendant les naufrages, et pour leur conserver leurs navires et leurs biens. Bien souvent ils ont recueilli chez eux de pauvres naufragés à moitié morts de faim, et les ont secourus; c'est ainsi que tous les vrais chrétiens devraient se conduire. Nous parcourûmes tout le pays, visitant des Amis sur notre passage. Nous passâmes de là à Tewkesbury, puis à Worcester, visitant les Amis. Jamais de ma vie je n'ai vu autant d'ivrognerie que dans ces villes, car on venait d'élire les députés au Parlement. Cependant l'inquiétude régnait partout car on s'attendait au rétablissement de la monarchie et à de grands bouleversements. On .e demanda mon avis sur les événements. Je répondis que la puissance du Seigneur était sur tous les hommes et que Sa lumière les éclairerait, que l'effroi ne s'emparerait que des hypocrites de ceux qui n'avaient pas été fidèles à Dieu, à commencer par nos persécuteurs. Que le roi dût ou non revenir, tout serait bien pour ceux qui aimaient Dieu et qui Lui étaient fidèles. C'est pourquoi, j'exhortai tous les Amis à ne craindre que le Seigneur et à demeurer dans Sa puissance, qui était sur nous tous. De Worcester j'allai à Drayton, dans le Leicestershire, pour visiter mes parents, et, traversant le Derbyshire et le Nottinghamshire, j'arrivai à Balby dans le Yorkshire; notre Assemblée annuelle s'y tenait à ce moment dans un grand verger appartenant à John Kilam et il y avait là plusieurs milliers de personnes. Un matin, j'appris qu'un détachement d'hommes à cheval ainsi que la milice, avaient été envoyés d'York pour interrompre notre assemblée. Aussi m'y rendis-je; je montai sur un grand tabouret et commençai à parler. Au bout d'un moment arrivèrent deux trompettes qui firent résonner leurs instruments, tandis que le capitaine de la troupe s'écriait : « Ecartez-vous, laissez passer! » ; ils s'avancèrent alors vers moi. J'annonçais la vérité éternelle et la parole de vie dans la puissance du Seigneur. Le ,capitaine m'ordonna de descendre, car il était venu interrompre réunion. Je lui dis qu'ils savaient tous que nous étions des gens paisibles, et que nous avions l'habitude de tenir des réunions de ce genre; j'ajoutai que, s'il avait le moindre soupçon à notre égard, il n'avait qu'à perquisitionner et s'il trouvait parmi nous des hommes armés d'épée ou de pistolet, ceux-ci en porteraient la peine. Il me répondit qu'il avait ordre de nous disperser, et qu'il avait voyagé toute la nuit dans ce but. Je lui demandai s'il serait fier de traverser en armes cette foule d'hommes et de femmes désarmés que nous étions. S'il voulaient bien nous laisser tranquilles, notre réunion ne durerait probablement pas plus de deux ou trois heures; car, il pouvait s'en rendre compte, les assistants étaient si nombreux qu'ils ne pourraient être hébergés dans les environs immédiats et beaucoup devraient rentrer chez eux le soir même. Mais il répondit qu'il ne pouvait attendre; sur mes instances cependant, il dit qu'il nous accordait une heure et nous laissa une demi-douzaine de soldats pour veiller à ce que tout se passât dans l'ordre et la tranquillité. Il s'en alla ensuite avec sa troupe et les Amis donnèrent à manger aux soldats qui étaient restés et à leurs chevaux. Quand le capitaine fut parti, les soldats nous dirent que nous pouvions bien rester jusqu'à la nuit, si nous le voulions. Mais nous ne restâmes qu'environ trois heures et nous eûmes une réunion glorieuse et puissante. Après la réunion, les Amis se retirèrent paisiblement, grandement réconfortés, joye.ux 'que le Seigneur les eût rendus capables de résister victorieusement à l'adversaire. Beaucoup de membres de la milice restèrent aussi; ils étaient très vexés que le capitaine et sa troupe ne nous eussent pas dispersés et ils pestaient contre eux. Le bruit courut qu'ils avaient l'intention de nous molester ce jour-là, mais les soldats, au lieu de se joindre à eux, prirent notre parti et les empêchèrent de nous faire du mal...
PREMIÈRE ASSEMBLÉE ANNUELLE SECOURS AUX PAUVRES De Balby je passai à Skipton où avait lieu une Assemblée générale d'Amis venus d'un peu partout pour traiter des affaires de l'Eglise, car il s'agissait d'affaires la concernant, soit dans ce pays, soit au delà des mers. Plusieurs années auparavant, j'avais été poussé à demander qu'on organisât des réunions de ce genre pour aider les nombreux Amis qui enduraient des persécutions. On confisquait illégalement leurs biens et ils ne savaient comment se tirer d'affaire et à qui s'adresser. Une fois cette assemblée organisée, plusieurs Amis, qui avaient été magistrats ou qui avaient quelques connaissances de la loi, purent renseigner leurs frères, leur aidant à exposer leurs griefs pour les présenter aux juges, aux magistrats ou au Parlement. Des juges ou des officiers avaient tenté à plusieurs reprises de les interrompre mais quand ils en comprirent le but, quand ils examinèrent les livres de comptes où étaient consignés les secours accordés aux pauvres, quand ils virent comment un comté venait au secours d'un autre, comment nous aidions nos Amis au delà des mers, et prenions soin de nos pauvres pour qu'ils ne fussent pas à la charge de leur paroisse, etc. Les Juges et les officiers avouèrent que nous faisions là leur travail, ils se retirèrent paisiblement et avec bienveillance, rendant justice aux coutumes des Amis. Parfois, deux cents pauvres du dehors venaient attendre la fin de l'assemblée, (car tout le pays savait que nous étions réunis pour nous occuper des pauvres), et après celle-ci, les Amis faisaient chercher du pain chez le boulanger et donnaient à chacun de ces pauvres un pain, si nombreux qu'ils fussent; car on nous avait appris à « faire du bien à tous » ; spécialement à ceux qui appartenaient à la foi. |
