La Croix Manquante pour la Pureté


 

CHAPITRE XII
Olivier Cromwell 1651

 

Quelque temps après nous allâmes dans la maison de John Crook où devait se tenir une Assemblée Générale annuelle pour tout le pays. Cette réunion dura trois jours, et un grand nombre d'Amis venant de tous les coins du pays s'y rencontrèrent; il y avait là plusieurs milliers de personnes, aussi les auberges des villes voisines étaient-elles toutes pleines. Malgré quelques troubles provoqués par un groupe d'individus grossiers qui s'étaient écartés de la Vérité, la puissance du Seigneur vint sur tous les assistants et ce fut une glorieuse réunion. L'évangile éternel fut annoncé; beaucoup le reçurent, et ainsi resplendirent en eux et autour d'eux la vie et l'immortalité ...

« CE QUI IMPORTE, C'EST LA VIE »

J'eus l'inspiration de révéler et d'annoncer bien des choses aux Amis auxquels avait été confié un service actif dans le ministère, au sujet de l'usage de leurs dons spirituels dans l'Eglise; un des assistants en prit note comme suit :

« AMIS, - Prenez garde de laisser se corrompre le don que vous avez reçu ; car ce qui se corrompt se détruit et est mis au rebut. Un homme a beau annoncer la Vérité dans toute sa pureté, s'il ne demeure pas en elle, s'il s'en éloigne au lieu de la vivre, il tombe sous le coup des jugements qu'il a annoncés aux autres. Ainsi le message qui console et apaise est répandu dans le monde; ceux qui le reçoivent, viennent au Père pour hériter de Lui la vie éternelle.C'est pourquoi je vous exhorte à demeurer dans  la parole vivante et immuable du Seigneur Dieu, dans toutes les choses qui sont dignes de louange; tenez-vous fermes sur ce fondement en dehors duquel il n'y a ni pureté ni sécurité.

Evitez les longs discours: ce qui importe, c'est la vie. Ce qui  procède de la vie, ce qui vient de Dieu, conduit à la vie et affermit en elle. En effet, le travail n'est plus maintenant ce qu'il était au commencement: le travail consiste ujourd'hui à affermir et à maintenir ceux qui sont nés à la vie. La puissance qui inspire le travail des Amis a pénétré peu à peu leur entourage, en sorte qu'il existe aujourd'hui une certaine compréhension entre le monde et les Amis; c'est pourquoi ceux-ci doivent garder dans toute sa pureté la vie qu'ils ont reçue de Dieu afin de pouvoir répondre à ce qu'il y a de divin chez les autres. Si  les Amis ne vivent pas cette vie dont ils parlent, il ne peut s'établir de communion profonde entre eux et ceux auxquels ils s'adressent ... »

Ainsi, Amis, voici la parole que le Seigneur Dieu vous adresse :

« Soyez vigilants et prudents dans toutes les réunions auxquelles vous prendrez part; car quand des Amis sont assemblés dans le silence, ils forment un petit monde plus ou moins à part. Quand un homme arrive du monde extérieur où il a eu à s'occuper des gens du dehors, il apporte plus ou moins de la boue avec lui; en entrant dans cette réunion silencieuse, il pénètre dans un autre monde; c'est pourquoi il doit se recueillir et s'éprouver lui-même avant de se joindre à ses silencieux compagnons. Faute de quoi ceux-ci se diront que l'Ami qui revient du dehors apporte avec lui l'atmosphère enfiévrée qu'on respire là-bas. Il risque ainsi de leur faire plus de mal que de bien en introduisant un élément d'agitation dans la solennité calme de cette réunion ... »

Car l'envoyé de Dieu descend dans le séjour des morts pour prêcher aux esprits en prison ; puis il remonte vers la vie, vers la puissance, vers la sagesse qui le garderont pur.

«Voici donc la parole que le Seigneur vous adresse à tous :
«Sentez que vous êtes en présence du Seigneur Dieu: car chaque homme aura à répondre de ses paroles; mais la parole du Seigneur est pure et répond à ce qui en chacun de nous est pur. La parole du Seigneur est celle qui était au commencement; c'est à elle qu'il faut revenir. Elle est comme un marteau pour frapper ceux qui font le mal (non pas ceux qui en sont victimes) ; comme un feu qui brûle tout ce qui lui résiste. Ainsi, Amis, entrez en communion avec cette puissance qui est au-dessus de tous les esprits du monde, qui pénètre tous ces esprits, et qui demeure; par elle, vous pourrez savoir où en sont les autres et répondre à ce qui, en chacun, vient de Dieu. Là, il n'y a pas de querelles, pas de dispute engendrée par le péché; car celui qui s'adonne aux querelles et aux disputes est éloigné de l'esprit de pureté, et le bien même qu'il aurait pu faire en sera compromis, car cette mauvaise nature prendra le dessus et étouffera en lui l'esprit prophétique.

Si donc quelqu'un s'est senti poussé à se rendre en un endroit quelconque pour y annoncer le message dont le Seigneur l'a chargé, qu'il retourne ensuite chez lui, qu'il y vive d'une vie pure dans la crainte de Dieu ; ainsi vous serez gardés dans la vie vraie, dans l'esprit de sagesse et d'à-propos, vous prêcherez aussi bien par votre vie que par vos paroles ...
 
Celui qui demeure dans la Vie entend Dieu, il voit où en sont les autres; il sait quels sont ceux qui, comme lui, entendent Dieu et il peut répondre à leurs besoins; il lui est donné de comprendre les hommes. Mais qu'il prenne garde à vivre conformément à ce qu'il prêche; c'est ainsi seulement qu'il pourra agir efficacement sur les autres. Il boira à la source de la vie et il fera boire les autres ...

C'est une grande chose que d'être employé à l'œuvre du Seigneur Dieu, envoyé par Lui. Ce n'est pas comme les prédications ordinaires; c'est amener les gens à se passer de toute prédication extérieure. En effet, quand ceux auxquels vous avez annoncé la vérité l'ont reçue, et qu'ils ont commencé à en vivre, de longs discours et des dissertations sur la vie risquent d'engendrer le formalisme. Et si quelqu'un s'embarque imprudemment dans des paroles d'où la saveur de la vie est absente, ceux qui ont commencé à vivre la vérité dont il parle le jugeront; ainsi il fera peut-être du mal à ceux qu'il avait d'abord édifiés ... »

Après la réunion, comme je me promenais dans le jardin de John Crook, un officier de police vint à la tête d'une troupe à cheval pour s'emparer de moi. Je l'entendis demander qui était dans la maison, et quelqu'un me nomma. « C'est l'homme que nous cherchons » dit-il. Ils entrèrent et discutèrent longtemps avec John Crook et quelques Amis, mais ils ne songèrent pas à me chercher dans le jardin et s'en allèrent furieux ...

Je partis le lendemain pour Londres, la puissance du Seigneur continuant à m'accompagner et à me soutenir pour son service.

Je n'étais pas à Londre depuis longtemps quand j'appris qu'un Jésuite, qui était venu accompagné d'un Ambassadeur de l'Espagne, avait mit au défi tous les Quakers de venir débattre à la maison du comte de Newport; sur quoi quelques Amis lui firent savoir qu'ils y seraient. Alors il nous envoya un mot, disant qu'il voudrait rencontrer douze des hommes les plus sages, et les plus instruits que nous avons. Peu de temps après, il nous renvoya un autre mot, disant qu'il voulait en rencontrer seulement six,  et à nouveau il nous renvoya un message, disant cette fois qu'il voulait que seulement trois ne vienne. Nous fîmes notre possible afin d'arriver au plus vite; de peur que dans sa grande fierté, il ne finisse par annuler. Quand nous sommes arrivés à la maison, Je demandai à Nicholas Bond et Edward Burrough d'y aller et débuter la discussion avec lui; car je voulais marcher un peu dans le jardin. Je montai ensuite les rejoindres. Je leur conseillai de lui poser cette question; L'église de Rome, tel quelle se présente maintenant, n'est-elle pas dégénérée de la vraie Église qui fût aux tout débuts, de la vie et la doctrine, de la puissance et de l'esprit qui était en eux? Et ils lui posèrent ainsi la question; et le Jésuite rétorqua, que l'église de Rome était dans la virginité et la pureté de l'Église primitive. Et à ce moment je me joignis à eux. Alors nous lui demandâmes s'ils avaient le Saint-Esprit déversés sur eux, tout comme aux jours des Apôtres ? Il dit que non. Alors je lui dit; “si vous n'avez pas le même Saint-Esprit déversés ainsi sur vous, ni la même puissance ni l'Esprit, vous êtes dégénérés de la puissance et de l'Esprit qui fût dans l'Église primitive.” Il y aurait eu un peu plus à dire concernant cela. Alors je lui demandai; “Quel Écriture ont-ils qui justifie qu'il puisse y avoir des nonnes cloîtrés, des abbayes et des monastères pour hommes, pour tous leurs différents ordres, pour leurs chapelets de prières et pour les images, pour la fabrication des croix, pour l'interdiction des viandes, pour les mariages, et la mise à mort des gens à cause de la religion?” Je lui dit;“si vous êtes dans la pratique de l'église primitive, dans sa pureté et sa virginité, bien regardons dans les écritures si ils ont jamais pratiqués de telle choses.” (Car il fût convenu de la part des deux parties, qu'il nous fallait prouver nos déclarations par les Écritures .) Alors il nous dit qu'il y avait la parole écrite, et la parole non écrite. Je lui demandai d'expliquer ce qu'il entendait par la“parole non écrite”. Il dit; “La parole écrite ce sont les Écritures, et la parole non écrite ce sont les paroles des Apôtres, prononcés seulement de vives voix, soit toutes ces traditions que nous pratiquons.” Je lui offris de prouver cela par les Écritures. Alors il amena cette écriture là où l'Apôtre dit dans 2 Thes 2:5. “Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses, lorsque j'étais encore chez vous.”  Et il ajouta, “Je vous ai dit ces choses à propos des nonneries et des monastères, et de la mise à mort pour la religion, et de prier avec des chapelets et sur des images, et tout le reste des pratiques de l'église de Rome, qui fût la parole non écrite des Apôtres, qu'ils avaient dit alors, et qui, depuis a continué par tradition jusqu'à ce jour.” Ensuite je lui demandai de lire cette Écriture à nouveau, afin qu'il puisse voir à quel point il venait de pervertir les paroles des Apôtres. Ce que l'Apôtre dit ici dans Thessaloniciens, il leur avait dit avant, ce n'est pas une parole non écrite, mais c'est bien là, écrit; à savoir, que l'homme du péché, le fils de la perdition, sera révélé avant le grand et terrible jour de Christ, écrivant ce qui devait arriver: donc ceci ne parlait aucunement de ces choses pratiqués par l'Église de Rome. De la même manière l'Apôtre, au troisième chapître de l'Épître, parle à l'Église à propos de quelques personnes désordonnés, "il avait apprit qu'il y avait parmi eux ; des officieux, qui ne travaillaient pas du tout; pour lesquels il leur avait recommandé par cette parole non écrite, lorsqu'il était parmi eux, que si quelqu'un ne travaillait pas, il ne devait pas manger non plus: ce qu'il commande encore ici dans sa parole écrite, dans cet Épître. 2 Thes 3:10. Ainsi cette Écriture ne fournissait aucune preuve à leurs traditions inventés, et il n'eût pas d'autres Écriture à offrir comme preuve. Par connséquent je lui dit, que c'était une autre dégénérescence de leur église dans de telles inventions et traditions que les apôtres et les saints primitifs n'ont jamais pratiqués.

Après ceci, il [le Jésuite commenca à parler au sujet de la communion] en vînt aux sacrements de l'autel, commençant avec l'agneau pascal, puis la démonstration du pain, puis en arriva aux paroles du Christ, “Ceci est mon corps” et puis l'écriture de l'Apôtre concernant cela dans les Corinthiens; conclusion, “après que le prêtre ait consacré le pain et le vin, ceux-ci sont immortel et divin, et celui qui le reçoit, reçoit la pleinitude de Christ.”Je le suivais à travers les Écritures qu'il amenait, jusqu'à ce que j'arrive aux paroles de Christ et aux lettres des Apôtres. Je lui montrai, que le même Apôtre a dit aux Corinthiens, après qu'ils eurent pris le pain et le vin en mémoire de la mort de Christ, qu'ils furent réprouvés, [rejetés, perdu dans le péché]“si Christ n'était pas en eux ;” mais si le pain qu'ils mangeaient était Christ, il serait nécessairement en eux après l'avoir mangés. [ce qui est impossible car ils sont alors réprouvés : Preuve #1]. D'un autre coté, si ce pain et ce vin, que les Corinthiens mangeaient et buvaient, était le corps de Christ, alors comment Christ pouvait-il avoir son corps au ciel?' [Preuve #2]. Aussi, je lui fît cette observation, autant les disciples au souper, que les Corinthiens plus tard, mangeaient le pain et buvaient le vin en "mémoire de Christ, et ainsi annoncèrent sa mort jusqu'à ce qu'Il vienne,” ce qui prouve pleinement que le pain et le vin, qu'ils prenaient, n'était pas Son corps. Car si réellement cela avait été Son corps qu'ils avaient mangés, Alors cela signifirait qu'Il serait déjà venu, et aurait été là parmi eux, et cela aurait été inconvenable de faire une telle cérémonie en sa mémoire, s'Il avait été alors présent avec eux, comme ça aurait éte le cas si ce pain et ce vin qu'ils ont mangés et bu avait été Son vrai corps.' [Preuve #3].  comme ces termes employés par Christ, 'Ceci est mon corps,' Je lui ai dit, 'Christ s'est appelé Lui-même une vigne, et une porte, et se nomme Lui-même dans les Écritures un roc. Donc Christ aurait-il pour autant l'apparence d'un roc, d'une porte, ou d'une vigne?’  “Oh,” a dit le Jésuite, “ces paroles doivent être interprétés;” Alors je lui dit;“il en est de même de ces paroles de Christ, “Ceci est mon corps”” . [Preuve #4]. Comme le Jésuite n'avait plus d'argument, je lui fis cette proposition: comme il avait dit que, "le pain et le vin était immortel et divin, et que c'était littéralement Christ; et que quiconque les les avait pris, avait reçu la plénitude de Christ;" je dis; “organisons une réunions avec quelques uns d'entre vous que le Pape et ses Cardinaux nommeront, et quelques uns d'entre nous; que l'on apporte une bouteille de vin et une mîche de pain, et divisons-les en deux parties, ainsi vous pourrez consacrer partie, celle de votre choix. Ensuite mettons le pain qui est consacré et celui qui ne l'est pas ensemble, puis plaçons le avec le vin dans un endroit sur, sous une surveillance accrue; et que l'on fasse ainsi le test, voyons si le pain consacré et le vin ne perdront pas leurs qualités, que le pain ne deviendra pas sec et moisi,  et que le vin ne tournera pas au vinaigre, tout comme lorsqu'il n'est pas consacré. De cette façon,”J'ai dit, “La vérité de cette manière peut être rendue manifeste. Et si le pain consacré et le vin ne changent pas, mais qu'is maintiennent leurs saveurs et leurs qualités, ceci pourrait en amener beaucoups à votre église; mais s'ils changent se délabrent, et perdent leurs qualité, alors vous devrez confesser et abandonner votre erreur, et ne plus verser de sang pour cela; car trops de sang a été versé à cause de ces choses; comme au temps de la reine Mary.”À ceci le Jésuite fît cette réponse;“prenez un nouveau morceau de tissus, coupez le en deux, et avec les deux morceaux faites-en deux vêtement, puis placez en un sur le dos du roi David, et l'autre sur un mendiant, et le vêtement du premier se portera aussi longtemps que celui de l'autre.” je lui demandai; “Est-ce là votre réponse?” “Oui,” dit-il. “Bien,”J'ai dit; “par ceci la compagnie peut être satisfaite que votre pain consacré ainsi que votre vin ne soit pas Christ. [Preuve # 5]. Avez-vous racontés aux gens depuis si longtemps, que le pain et le vin consacrés étaient immortels et divins, et que c'étaient le vrai corps et le vrai sang de Christ, et dites-vous maintenant qu'il se portera aussi longtemps ou qu'il se délabrera aussi bien que les autres? Je doit vous dire,“Christ demeure le même aujourd'hui qu'hier,” et ne se délabre jamais; mais Il est la nourriture céleste de tous les saints de toutes générations, par lequel ils ont la vie.”Il ne répondit rien à ceci, étant disposé à laisser tomber; car les gens qui étaient présents virent qu'il était dans l'erreur , et qu'il ne pouvait défendre cela. Alors je lui demandai; “pourquoi l'église persécute t-elle, et fait-elle mourir les gens pour de motifs religieux?”Il répliqua, “ce n'était pas l'église qui avait fait cela,mais les magistrats.” Je lui demandai, “ces magistrats n'étaient-ils pas comptés ou appelés des croyants ou des chrétients?” Il dit, “oui,” “alors pourquoi?” J'ai dit;“ne sont-ils pas membres de votre église?” “oui,” dit-il. Alors je laissai aux gens le soins de juger par leurs propres concessions, si l'église de Rome ne persécutait pas ni ne faisait pas mourir les gens. Ainsi nous partîmes, et sa subtilité fût réfuté en toute simplicité.

Pendant le temps que je passai à Londres, bien des travaux m'échurent en partage; car on était dans une période de grandes souffrances. Je me sentis poussé à écrire à Olivier Cromwell, lui exposant les maux qu'enduraient les Amis, soit dans ce pays, soit en Irlande. On parlait à cette époque de nommer Cromwell roi; ce qui me détermina à l'aller trouver. Je le rencontrai et lui dis que ceux qui s'apprêtaient à le couronner causeraient sa mort. Il me pria de m'expliquer. Sur quoi je répétai que ceux qui cherchaient à ceindre son front d'une couronne lui ôteraient la vie; et je lui recommandai de penser à la couronne immortelle. Il me remercia et me dit de revenir le voir. Plus tard je lui écrivis encore pour traiter cette affaire d'une façon plus complète.

Vers cette époque, celle qu'on appelait Lady Claypole (Elizabeth Cromwell (1629-1658), deuxième fille du Protecteur, devint Lady Claypole) tomba gravement malade; son esprit était abattu et rien ne pouvait la consoler, je lui écrivis.

Quand on lui lut ma lettre, elle déclara que c'était ce qu'il lui fallait à ce moment pour retrouver son équilibre.
 
C'était donc un temps de grandes souffrances; beaucoup d'Amis étant en prison, un grand nombre d'autres Amis se sentirent poussés à se présenter devant le Parlement, offrant de prendre la place de leurs amis en captivité pour permettre à ceux-ci de sortir de leurs horribles cachots où ils risquaient de laisser leur vie. Nous agissions ainsi par amour pour Dieu et pour nos frères, pour empêcher ceux-ci de mourir en prison; et aussi par charité pour ceux qui les y avaient mis, afin que le sang innocent ne retombât sur leur têtes.

VAINS APPELS AU PARLEMENT

Mais notre offre ne fut pas bien accueilli par les membres du Parlement, ils entraient en fureur et menaçaient de faire fouetter et de renvoyer chez eux les Amis qui venaient les trouver.

Il arrivait fréquemment alors qu'ils perdaient leur place peu après; c'étaient eux que le Seigneur renvoyait chez eux, eux qui n'avaient pas su faire le bien pendant qu'ils étaient au pouvoir. Mais ils ne partaient pas sans avoir été avertis, car j'étais poussé à leur écrire, individuellement, comme je l'avais fait pour les membres du Long Parlement auxquels j'avais annoncé, avant sa dissolution, que des ténèbres épaisses allaient venir sur eux, un jour de ténèbres dont ils se souviendraient.

DERNIÈRE ENTREVUE AVEC CROMWELL

Après cela, comme je sortais de la ville avec deux Amis, nous rencontrâmes deux soldats appartenant au régiment du Colonel Hacker, qui nous ramenèrent avec eux et nous gardèrent prisonniers. Mais la puissance du Seigneur fut sur eux et ils nous mirent en liberté peu après.

Le même jour, j'allai en bateau à Kingston et de là à Hampton Court, pour parler au Protecteur des souffrances des Amis. Je le rencontrai à cheval dans le Parc de Hampton Court, et, avant de l'approcher, comme il était à la tête de sa garde, je vis et je sentis le souffle de la mort passer sur lui; et quand je l'abordai il avait l'air d'un homme mort! Après que je lui eus exposé les souffrances des Amis, et que je l'eus averti comme je me sentais poussé à le faire, il me dit d'aller le voir chez lui. Le lendemain, lorsque j'arrivai à Hampton Court pour continuer mon entretien avec lui, j'appris qu'il était très malade, et on ne me permit pas de le voir. Je ne devais plus le revoir ensuite.

De Kingston J'allai chez Isaac Penington, dans le Buckinghamshire, là où j'avais fixé une réunion; la vérité et la puissance du Seigneur fût manifesté précieusement parmi nous. Après avoir visité les Amis dans ces régions, Je retournai à Londre; et tout de suite après  j'allai en Essex; où je n'y fût pas très longtemps, après avoir appris la mort du protecteur, et la nomination de son fils Richard comme protecteur à sa place. Sur cela je revînt à Londre.

Auparavant, avait été promulguée la « Profession de foi de l'Eglise », qu'on disait avoir été composée en onze jours. Je m'en procurai un exemplaire avant la publication, et j'écrivis une réponse; de sorte que, lorsqu'on vendit dans les rues « la Profession de foi », ma réponse fut vendue en même temps. Quelques membres du Parlement en furent irrités; l'un d'eux me dit qu'il me ferait enfermer à Smithfield. Je lui répondis que j'étais hors d'atteinte de leurs feux et que je ne les craignais pas.

Quelque temps après je quittai Londres, j'eus une réunion à Twickenham chez le Sergent Birkhead ; beaucoup de personnes y prirent part, notamment des gens de marque. Ce fut une glorieuse réunion, où les Ecritures furent expliquées clairement et où Christ eut la première place.
 
SOUFFRANCES DES AMIS

Il y eut en bien des endroits de grandes persécutions. On emprisonnait les Amis et on interrompait leurs réunions. Dans une des réunions située à environ sept milles de Londres, des gens grossiers appartenant à plusieurs paroisses des environs, se réunissaient pour nous injurier et se livraient souvent à des voies de fait d'une grande violence. Un jour, ils maltraitèrent ainsi environ quatre-vingts Amis qui se rendaient à cette réunion, leur arrachant leurs habits et leurs manteaux et les jetant dans des mares et des étangs; ils les maculaient de boue, et disaient ensuite qu'ils avaient l'air de sorciers. Le Premier jour suivant, je fus poussé par le Seigneur à me rendre à cette réunion quoique je fusse alors très faible. Je fis apporter une table, sur laquelle je montai. Les gens grossiers vinrent selon leur habitude. Tenant ma Bible à la main, je leur fis voir les fruits que portaient leurs prêtres et leurs docteurs; ils eurent honte et se tinrent tranquilles. Je leur expliquai les Ecritures et leur fis voir que nos principes s'accordaient avec elles; je les fis passer des ténèbres à la lumière de Christ et de Son Esprit, qui leur ferait comprendre les Ecritures, qui leur apprendrait à se voir eux-mêmes et à voir leurs péchés et à connaître Jésus-Christ comme leur Sauveur. Ainsi la réunion s'acheva tranquillement, et la puissance du Seigneur vint sur tous, pour Sa gloire.

Ce fut un temps de grandes souffrances, car, en plus des emprisonnements (qui causèrent la mort d'un grand nombre), nos réunions étaient sans cesse interrompues. On nous jetait des œufs pourris et des pétards, on apportait des tambours ou des casseroles pour faire du bruit et pour empêcher la vérité de se faire entendre ; et les prêtres ne le cédaient en rien aux autres.

RETOUR DU ROI CHARLES II

 

Au bout d'un certain temps, j'allai à Reading. J'y fus en proie à de grandes souffrances, à des épreuves et mon âme fut en grand travail pendant environ dix semaines. Je voyais autour de moi beaucoup d'erreur et de confusion d'esprit; les puissances ennemies semblaient se disputer les âmes. Nombreux étaient ceux qui cherchaient à détruire la simplicité de la foi et qui trahissaient la vérité. L'hypocrisie, la tromperie et l'esprit de querelle s'étaient tellement développés dans le peuple qu'ils étaient prêts à plonger leurs épées dans les entrailles les uns des autres. Il y avait eu, autrefois, en beaucoup d'entre eux, une certaine tendresse de cœur, alors qu'ils étaient de condition modeste; mais quand certains eurent acquis une certaine situation, ils devinrent aussi mauvais que les autres ; en sorte que nous avions fort à faire avec eux au sujet des salutations et du tutoiement.

La patience et la modération, qui auraient dû être leurs vertus, se muaient en fureur et en folie; beaucoup d'entre eux étaient comme enragés quand ils nous voyaient garder notre chapeau sur la tête. Ils s'étaient endurcis à force de persécuter les innocents; ils crucifiaient Christ en eux-mêmes et dans les autres; ils en vinrent à se mordre et à s'entre-dévorer, consommant leur propre ruine; tel fut le résultat de leur rébellion contre ce que Dieu leur avait pourtant clairement révélé. Aussi le Seigneur les renversa-t-il et rétablit-il le roi Charles; les Quakers avaient été fréquemment accusés de travailler à cette restauration, mais les Amis ne se préoccupaient pas des formes du gouvernement.Mais finalement le Seigneur le restaura, et beaucoups d'entre eux, lorsqu'ils surent qu'il serait ramené, votèrent pour son rétablissement. Ainsi avec coeur et louanges au nom du Seigneur, à celui qu'il appartient; qui est au dessus de toute suprématie, et qui renversera les nations, car Il est au dessus d'eux. J'avais eu la vision et le pressentiment du retour du roi assez longtemps avant qu'il ne se produisît, et j'en eût aussi quelques autres. J'avais écrit plusieurs fois à Olivier Cromwell, lui disant que, pendant qu'il persécutait le peuple de Dieu, ceux qu'il considérait comme ses ennemis se disposaient à l'assaillir. Tandis que quelques zélateurs imprudents qui se joignaient à nous nous conseillaient d'acheter la maison à Somerset pour y tenir nos réunions, je m'y opposai formellement; car je prévoyais le retour du roi.En outre, une femme était venue vers moi, dans le Strand, et m'avait fait part d'une révélation qu'elle avait eue concernant le retour du roi Charles, trois ans avant cet événement; elle ajouta qu'elle devait aller le lui dire. Je l'engageai à s'en remettre au Seigneur et à garder cela pour elle; car si l'on apprenait qu'elle s'était acquittée de ce message, elle serait inculpée de trahison; mais elle insista pour aller annoncer au roi sa restauration sur le trône d'Angleterre. Je compris que cette révélation était véritable, que ceux qui étaient au pouvoir étaient près de leur chute; car ils étaient pleins d'orgueil; plusieurs d'entre eux, qui se décernaient le titre de saints, persécutaient les Amis et confisquaient leurs terres parce que ceux-ci refusaient de prêter serment devant les tribunaux.Quand nous exposions ces faits à Olivier Cromwell, il refusait parfois de les croire. C'est pourquoi Thomas Aldam et Anthony Pearson se rendirent dans toutes les prisons d'Angleterre pour se procurer des copies des ordonnances qu'on remettait aux geôliers concernant le traitement à infliger aux Amis, afin qu'Olivier Cromwell sût à quoi s'en tenir. Sur le refus de celui-ci de les relâcher, Thomas Aldam lui arracha son chapeau de sa tête et le déchira sous ses yeux en lui disant: « C'est ainsi que seront déchirés ton gouvernement et ta maison. »Une femme, appartenant elle aussi aux Amis, se présenta devant les membres du Parlement (qui était plein de haine contre les Amis) ; elle tenait à la main une cruche qu'elle brisa en morceaux en leur annonçant que c'était le sort qui les attendait; cela se réalisa peu après.

Pendant cette période d'épreuve que je traversai à Reading, le chagrin, la tristesse et le tourment d'esprit que j'endurais agirent sur mon extérieur ; mon visage était maigre et défait ; des hommes à l'esprit impur vinrent me dire que les fléaux de Dieu étaient sur moi. Je leur répondis que l'esprit qui les faisait parler était· le même qui avait inspiré des jugements semblables sur le Christ quand il avait été frappé et humilié; ils avaient détourné de Lui leur visage. Mais quand j'eus lutté avec ce «  témoin » de Dieu qu'ils étouffaient en eux-mêmes, quand j'eus le dessus sur lui et sur toute cette hypocrisie dans laquelle ces chrétiens de profession étaient tombés, quand je vis comment ces puissances mauvaises seraient anéanties et comment la vie naîtrait sur leurs ruines, alors je fus soulagé, la lumière, la puissance et l'esprit resplendirent sur toutes choses. Quand je retournai au grand air, ayant retrouvé mes forces et surmonté mes peines et mes tribulations, mon corps et mon visage reprirent de l'embonpoint. Alors les mauvaises langues dirent que j'étais devenu gras et elles trouvèrent à redire à cela aussi. Mais le Seigneur me préserva par Sa puissance et Son esprit à travers toutes ces choses, et sous cette divine protection je retournai à Londres.

FUNÉRAILLES DE CROMWELL

C'est alors qu'on mena grand bruit autour de l'image ou de l'effigie de Cromwell, couché sur son lit d'apparat; des gens avaient pour mission de se tenir postés. auprès de ce lit ou de faire retentir des clairons: Je m'en affligeai grandement, et le Seigneur, sans nul doute, en fut irrité.

CHAPITRE XIII

Vers Swarthmoor 1659-1660

Après un séjour à Londres où je visitai dans la ville et les environs des réunions d'Amis, je continuai mes voyages dans les campagnes, à travers l'Essex, le Suffolk et le Norfolk. J'arrivai à Norwich où nous eûmes une réunion vers l'époque appelée Noël.

Le maire de Norwich, en ayant été informé, envoya contre moi un mandat d'arrêt. J'appris cela en arrivant et envoyai quelques Amis pour discuter la chose avec lui.

Il déclara qu'il craignait que notre réunion n'occasionnât du trouble en la ville, parce que la population était si brutale qu'il n'était guère possible de la tenir en respect. Nos Amis répondirent que c'était son affaire de maintenir l'ordre. Que nous étions gens paisibles, adorant Dieu à notre façon et qu'on ne pouvait nous en empêcher.

Il se montra assez raisonnable et n'envoya pas de force arméeà la réunion, qui fut nombreuse. Quelques mauvais sujets, venus avec l'intention d'y jeter le désordre, furent vaincus par la puissance du Seigneur, bien qu'il y eût parmi eux plusieurs prêtres, ainsi que de soi-disant pratiquants.

Parmi ces prêtres, un nommé Townsend se leva et cria: «  Erreur ! blasphème! réunion impie! » Je lui enjoignis de ne pas affirmer une chose qu'il était incapable de prouver et lui demandai en quoi consistait notre erreur et notre blasphème; j'ajoutai qu'il devrait faire la preuve de ce qu'il avait affirmé ou qu'il en serait pour sa courte honte. n y avait là beaucoup de gens qui craignaient Dieu et c'était à la fois peu chrétien et peu courtois

de traiter d'impies des gens honnêtes et pieux. Il déclara que mon erreur et mon blasphème consistaient à dire que les hommes devaient compter sur la puissance et sur l'Esprit de Dieu, et que c'était dans le silence qu'ils pouvaient sentir Sa présence.

Je lui demandai si les apôtres et les saints hommes de Dieu n'avaient pas entendu Dieu leur parler dans le silence avant de dire et d'écrire ce qui leur avait été inspiré. Ille reconnut. « Ecoutez, dis-je, vous tous; il m'a accusé d'erreur et de blasphème; et maintenant il confesse que les saints hommes de Dieu n'ont pas dit autre chose que moi. »

Alors je leur montrai que, de même les saints hommes de Dieu qui nous ont donné les Ecritures telles qu'elles leur ont été inspirées par le Saint-Esprit, avaient d'abord écouté les enseignements de Dieu, de même ils devaient tous se mettre à l'école de l'Esprit qui les conduirait à connaître Dieu et le Christ et à comprendre les Ecritures.

Je poursuivis mes voyages au service du Seigneur, traversai de nombreuses localités où, si beaucoup furent convaincus, certains se montrèrent très grossiers.

J'eus à ce moment la vision de Londres telle qu'elle devait être, bien des années plus tard, après le Grand Incendie.

A LA RECHERCHE D'UN JÉSUITE

A Dorchester, nous eûmes une grande réunion dans notre auberge, le soir; beaucoup de soldats y assistèrent et se montrèrent assez convenables. Mais les officiers de police et des fonctionnaires de la ville vinrent et prétendirent qu'ils recherchaient un jésuite à la tête tonsurée; ils prirent ce prétexte pour nous faire ôter à tous nos chapeaux ou pour nous les ôter eux-mêmes. C'est ainsi qu'ils m'ôtèrent mon chapeau (car en réalité c'était à moi qu'ils en avaient), et ils me regardèrent très attentivement; mais, ne trouvant sur ma tête aucune place chauve ou rasée, ils s'en allèrent déconfits; les soldats et les autres gens raisonnables furent très fâchés contre eux. Mais tout cela servit la cause du Seigneur et le mal fut changé en bien, car les gens furent impressionnés. Après le départ des officiers, nous eûmes une belle réunion; beaucoup se tournèrent vers Jésus-Christ, leur Maître, qui les avait rachetés et qui voulait les réconcilier avec Dieu.

De là nous passâmes dans le Somerset, où les Presbytériens et d'autres pratiquants furent très méchants et troublèrent souvent les réunions des Amis. Une fois en particulier,(comme il nous fût rapporté) ils avaient fait venir à la réunion un homme réputé pour sa méchanceté qui, revêtu d'une peau d'ours, se mit à faire des tours pendant la réunion des Quakers. C'est ainsi que, s'étant assis en face de l'Ami qui parlait, il s'amusait à tirer la langue, toujours vêtu de sa peau d'ours, pour faire rire les mauvais sujets qui l'avaient accompagné; aussi la réunion en fut-elle grandement troublée. Mais un éminent jugement le rattrapa, et sa punition ne tarda pas; car comme il revenait de la réunion, un taureau s'amorça dans le chemin, il s'arrêta afin de le voir; et tomba à la porté du taureau, le taureau frappa ses cornes sous le menton de l'homme à sa gorge, et lui poussa sa langue hors de sa bouche, de sorte qu'elle resta pendante, comme il avait fait dérisoirement à la réunion. Et ainsi la corne du taureau s'enfonça dans la tête de l'homme, le taureau le balança au bout de sa corne d'une remarquable et épouvantable manière. Ainsi celui qui était venu pour faire du mal au peuple de Dieu, s'est fait du mal à lui-même; et puisse de tels exemples,si évidents, de vengeance divine enseigner aux autres à se garder de s'opposer à la vérité de Dieu.


 Pendant que j'étais en Cornouailles, il y eut de grands naufrages dans la région du Land's End. Or il était d'usage dans ce pays que, en de semblables occasions, riches et pauvres se rendissent de concert sur le lieu du sinistre pour s'emparer de toutes les dépouilles possibles, sans se soucier de sauver les vies humaines; dans certains endroits même on appelait les naufrages « la grâce de Dieu ».
 
Je m'affligeais beaucoup de voir une conduite si peu chrétienne. Je fus alors poussé à écrire une lettre aux prêtres et aux magistrats de toutes les paroisses, pour leur reprocher leur rapacité, et les exhorter à s'employer désormais à sauver la vie des hommes, à leur rendre leurs navires et leurs biens; en effet, s'ils se mettaient à leur place, combien ne jugeraient-ils pas sévèrement des gens qui ne songeraient qu'à profiter de leur malheur, et qui les laisseraient périr ? ...

Ce document eut un heureux effet parmi le peuple. Les Amis ont beaucoup fait pour sauver la vie des hommes pendant les naufrages, et pour leur conserver leurs navires et leurs biens. Bien souvent ils ont recueilli chez eux de pauvres naufragés à moitié morts de faim, et les ont secourus; c'est ainsi que tous les vrais chrétiens devraient se conduire.

Nous parcourûmes tout le pays, visitant des Amis sur notre passage.

Nous passâmes de là à Tewkesbury, puis à Worcester, visitant les Amis. Jamais de ma vie je n'ai vu autant d'ivrognerie que dans ces villes, car on venait d'élire les députés au Parlement. Cependant l'inquiétude régnait partout car on s'attendait au rétablissement de la monarchie et à de grands bouleversements. On .e demanda mon avis sur les événements. Je répondis que la puissance du Seigneur était sur tous les hommes et que Sa lumière les éclairerait, que l'effroi ne s'emparerait que des hypocrites de ceux qui n'avaient pas été fidèles à Dieu, à commencer par nos persécuteurs. Que le roi dût ou non revenir, tout serait bien pour ceux qui aimaient Dieu et qui Lui étaient fidèles. C'est pourquoi, j'exhortai tous les Amis à ne craindre que le Seigneur et à demeurer dans Sa puissance, qui était sur nous tous.

De Worcester j'allai à Drayton, dans le Leicestershire, pour visiter mes parents, et, traversant le Derbyshire et le Nottinghamshire, j'arrivai à Balby dans le Yorkshire; notre Assemblée annuelle s'y tenait à ce moment dans un grand verger appartenant à John Kilam et il y avait là plusieurs milliers de personnes. Un matin, j'appris qu'un détachement d'hommes à cheval ainsi que la milice, avaient été envoyés d'York pour interrompre notre assemblée. Aussi m'y rendis-je; je montai sur un grand tabouret et commençai à parler. Au bout d'un moment arrivèrent deux trompettes qui firent résonner leurs instruments, tandis que le capitaine de la troupe s'écriait :  « Ecartez-vous, laissez passer! » ; ils s'avancèrent alors vers moi. J'annonçais la vérité éternelle et la parole de vie dans la puissance du Seigneur. Le ,capitaine m'ordonna de descendre, car il était venu interrompre réunion. Je lui dis qu'ils savaient tous que nous étions des gens paisibles, et que nous avions l'habitude de tenir des réunions de ce genre; j'ajoutai que, s'il avait le moindre soupçon à notre égard, il n'avait qu'à perquisitionner et s'il trouvait parmi nous des hommes armés d'épée ou de pistolet, ceux-ci en porteraient la peine. Il me répondit qu'il avait ordre de nous disperser, et qu'il avait voyagé toute la nuit dans ce but. Je lui demandai s'il serait fier de traverser en armes cette foule d'hommes et de femmes désarmés que nous étions. S'il voulaient bien nous laisser tranquilles, notre réunion ne durerait probablement pas plus de deux ou trois heures; car, il pouvait s'en rendre compte, les assistants étaient si nombreux qu'ils ne pourraient être hébergés dans les environs immédiats et beaucoup devraient rentrer chez eux le soir même. Mais il répondit qu'il ne pouvait attendre; sur mes instances cependant, il dit qu'il nous accordait une heure et nous laissa une demi-douzaine de soldats pour veiller à ce que tout se passât dans l'ordre et la tranquillité. Il s'en alla ensuite avec sa troupe et les Amis donnèrent à manger aux soldats qui étaient restés et à leurs chevaux. Quand le capitaine fut parti, les soldats nous dirent que nous pouvions bien rester jusqu'à la nuit, si nous le voulions. Mais nous ne restâmes qu'environ trois heures et nous eûmes une réunion glorieuse et puissante.

Après la réunion, les Amis se retirèrent paisiblement, grandement réconfortés, joye.ux 'que le Seigneur les eût rendus capables de résister victorieusement à l'adversaire. Beaucoup de membres de la milice restèrent aussi; ils étaient très vexés que le capitaine et sa troupe ne nous eussent pas dispersés et ils pestaient contre eux. Le bruit courut qu'ils avaient l'intention de nous molester ce jour-là, mais les soldats, au lieu de se joindre à eux, prirent notre parti et les empêchèrent de nous faire du mal...

 

PREMIÈRE ASSEMBLÉE ANNUELLE SECOURS AUX PAUVRES

De Balby je passai à Skipton où avait lieu une Assemblée générale d'Amis venus d'un peu partout pour traiter des affaires de l'Eglise, car il s'agissait d'affaires la concernant, soit dans ce pays, soit au delà des mers.

Plusieurs années auparavant, j'avais été poussé à demander qu'on organisât des réunions de ce genre pour aider les nombreux Amis qui enduraient des persécutions. On confisquait illégalement leurs biens et ils ne savaient comment se tirer d'affaire et à qui s'adresser. Une fois cette assemblée organisée, plusieurs Amis, qui avaient été magistrats ou qui avaient quelques connaissances de la loi, purent renseigner leurs frères, leur aidant à exposer leurs griefs pour les présenter aux juges, aux magistrats ou au Parlement. Des juges ou des officiers avaient tenté à plusieurs reprises de les interrompre mais quand ils en comprirent le but, quand ils examinèrent les livres de comptes où étaient consignés les secours accordés aux pauvres, quand ils virent comment un comté venait au secours d'un autre, comment nous aidions nos Amis au delà des mers, et prenions soin de nos pauvres pour qu'ils ne fussent pas à la charge de leur paroisse, etc. Les Juges et les officiers avouèrent que nous faisions là leur travail, ils se retirèrent paisiblement et avec bienveillance, rendant justice aux coutumes des Amis. Parfois, deux cents pauvres du dehors venaient attendre la fin de l'assemblée, (car tout le pays savait que nous étions réunis pour nous occuper des pauvres), et après celle-ci, les Amis faisaient chercher du pain chez le boulanger et donnaient à chacun de ces pauvres un pain, si nombreux qu'ils fussent; car on nous avait appris à « faire du bien à tous » ; spécialement à ceux qui appartenaient à la foi.

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