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CHAPITRE XIV
Lancaster et Londres 1660
Après cette Assemblée je partis pour Swarthmoor, et j'y étais depuis peu, lorsque Henry Porter, un magistrat, envoya un officier de police en chef assisté de trois autres subalternes pour se saisir de moi; j'en eus le pressentiment avant même qu'ils ne fussent entrés. Comme j'étais dans le salon avec Richard Richardson et Margaret Fell, un des domestiques entra et dit à cette dernière que des hommes étaient venus fouiller la maison pour voir s'il s'y trouvait des armes (c'était le prétexte sous lequel ils s'étaient introduits). Mon premier mouvement fut de sortir; en passant à côté de quelques-uns de ces hommes, je leur adressai la parole, sur quoi ils me demandèrent mon nom. Je le leur dis sans hésiter; ils mirent alors les mains sur moi disant que j'étais l'homme qu'ils cherchaient, et me menèrent à Ulverstone.
Ils me retinrent toute la nuit dans la maison de l'officier, me faisant garder par quinze ou seize hommes; quelques-uns d'entre eux s'assirent dans la cheminée de crainte que je ne tentasse de m'évader par là, tant leur imagination était retournée à cause de moi. Ils furent très grossiers et ne me permirent ni de parler aux Amis ni ne recevoir quoique ce soit d'eux; ils mirent violemment à la porte ceux qui se présentèrent et exercèrent sur moi une surveillance très stricte .
Je veillai toute la nuit; le lendemain matin, vers six heures, je mis mes bottes et mes éperons pour aller sous leur escorte comparaître devant un magistrat; mais ils m'arrachèrent mes éperons, prirent mon couteau dans ma poche et m'entraînèrent rapidement par la ville avec un grand déploiement d'hommes et de chevaux.
Quand nous eûmes fait ainsi environ un quart de mille, quelques Amis, dont Margaret Fell et ses enfants, s'approchèrent de moi; un grand nombre de cavaliers m'entourèrent alors, fous de rage, criant: « Ils veulent le délivrer, ils veulent le délivrer. » Je leur dis alors: « Voici mes cheveux, voici mon dos, voici mes joues, frappez ! » Ces paroles apaisèrent un peu leur colère. Ils amenèrent alors un petit cheval; d'eux d'entre eux prirent une de mes jambes et mirent mon pied à l'étrier pendant que deux ou trois autres soulevaient mon autre jambe et me faisaient asseoir sur elle, menant le cheval par la bride sans que j'eusse rien pour me retenir. Quand ils furent arrivés à une certaine distance de la ville, ils se mirent à battre le petit cheval, ce qui le fit ruer; je me laissai alors glisser à terre et leur dis qu'ils ne devaient pas maltraiter cette bête. Furieux de voir que j'avais pu me dégager, ils me prirent de nouveau par les jambes et les pieds et m'installèrent dans la même position. Quand j'arrivai aux Sands, je leur dis que j'avais le droit, d'après ce qu'on m'avait dit, de choisir le magistrat devant lequel j'aurais à comparaître, mais les officiers s'y opposèrent. Ils me conduisirent alors à Lancaster, à environ quatorze milles, et ils croyaient avoir remporté une grande victoire; mais tandis qu'ils m'emmenaient, je fus poussé à chanter les louanges du Seigneur dont la puissance domine toutes choses.
« REGARDEZ SES YEUX ! »
Quand j'arrivai à Lancaster, les esprits étant fort échauffés, je restai immobile et regardai fixement ceux qui m'entouraient. Ils se mirent alors à crier: « Regardez ses yeux! » Au bout d'un moment je leur parlai; et ils se calmèrent un peu. Alors un jeune homme vint et m'emmena dans sa maison; peu après, les officiers m'emmenèrent chez le Major Porter, le juge qui m'avait fait arrêter; plusieurs autres juges étaient avec lui. Quand j'entrai je leur dis: « La paix soit avec vous. » Porter me demanda ce que je venais faire dans le pays. « Visiter mes frères », lui dis-je. « Mais, continua-t-il, vous avez de grandes réunions un peu partout? » Je répondis que tout le pays savait que ces réunions n'avaient rien de séditieux et que nous étions des gens paisibles. Il rétorqua que nous voyions le diable dans le visage des gens « Quand je vois un ivrogne, un blasphémateur, ou un homme irritable et obstiné, dis-je, je ne peux pas dire que je vois l'Esprit de Dieu en lui. » Il m'accusa de dénoncer leurs ministres. - Je répliquai que, tant que nous avions été soumis aux prêtres, comme Saul exécutant leurs ordres et portant leurs messages comme lui, personne ne nous avait accusés d'être des pestes et des faiseurs de sectes; mais maintenant que nous avions appris à faire usage de notre conscience à l'égard de Dieu et des hommes, on nous traitait de pestes comme on l'avait fait pour (Saint) Paul. Il déclara que nous n'étions jamais à court d'arguments et qu'il ne voulait pas discuter avec moi, mais qu'il m'arrêterait. Je lui demandai pour quel motif et en vertu de quel ordre. Je me plaignis de la façon dont m'avaient traité les officiers de police et les autres officiers en m'emmenant ici. Il répondit qu'il avait bien reçu un ordre mais que je ne le verrais pas; qu'il ne devait pas dévoiler les secrets du Roi. « D'ailleurs, ajouta-t-il, un prisonnier ne doit pas savoir ce' dont il est accusé. »
« Votre assertion est absurde, lui dis-je. Comment peut-on se défendre si on ne sait de quoi l'on est accusé ? J'ai le droit d'avoir un exemplaire de ce mandat d'arrêt, et je l'exige!... - Et moi, dit-il, je sais un juge qui a condamné quelqu'un à une amende, pour avoir remis à un prisonnier une copie de son mandat d'arrêt ! Si je suis un jeune juge, j'ai un greffier expérimenté ! » Et il donna l'ordre d'apporter le mandat, mais il n'était pas prêt... - Alors, il m'accusa de troubler l'ordre dans le pays, d'être un ennemi du Roi, et de chercher à fomenter une nouvelle guerre pour faire encore couler le sang - Je répondis que j'avais au contraire été une bénédiction pour le pays en y répandant la vérité divine, et que l'esprit de Dieu qui est à l'œuvre dans toutes les consciences se chargerait de le révéler. Que, d'autre part, n'ayant jamais appris l'art de la guerre, j'étais sous ce rapport aussi innocent qu'un enfant, ce qui faisait ma force.
Enfin le greffier apporta le mandat et on ordonna au geôlier de me mettre à la « MAISON NOIRE ,» et de ne me libérer que sur un ordre exprès du Roi, ou du Parlement; je fus très durement traité. Alors ils me mîrent en prison, et le sous geôlier était un homme vraiment méchant nommé Hardy, qui était extrêmement brutale et cruel; Souvent, il empêchait qu'on m'apportât de la nourriture à moins de pouvoir la passer sous la porte. Bien des gens vinrent me voir , quelques un en colère, et très impoli et brutale. Une fois vinrent deux jeunes prêtres, et ils étaient très injurieux. La plupart des gens ne pouvaient pas être pires. Parmis ceux qui agissaient ainsi il y avait la femme du vieux Preston de Howke. Elle avait des paroles très injurieuses à mon égard, disant que ma 'langue devrait être coupée, et que Je devrais être pendu; en me montrant la potence. Mais le Seigneur la retrancha, et elle mourut dans une misérable condition.
Comme j'étais désormais détenu dans la prison commune de Lancaster, je priai Thomas Cummins et Thomas Green d'aller trouver le geôlier et de lui demander un exemplaire de mon mandat d'arrêt, afin de pouvoir me rendre compte de ce dont l'on m'accusait. Le geôlier refusa de le leur donner, mais leur permit d'en prendre connaissance. Pour autant qu'ils purent se le rappeler, les griefs articulés contre moi étaient que j'étais connu comme un perturbateur de la paix publique, un ennemi du Roi, et l'un des principaux tenants de la secte quaker; que, conjointement avec d'autres fanatiques de mon espèce, j'avais récemment essayé de fomenter des troubles dans cette région, et de faire couler le sang dans tout le royaume. C'est pourquoi le geôlier avait l'ordre de me garder en sûreté, jusqu'à ce que je fusse relâché par ordre du Roi ou du Parlement.
Alors, j'écrivis une simple réponse pour établir mon innocence sur tous les points en litige ...
MARGARET FELL EN APPELLE AU ROI
Comme j'avais été, dans sa propre maison, emmené de force et chargé de si graves accusations, Margaret Fell s'émut et considéra la chose comme une offense personnelle. Elle décida donc d'aller à Londres se plaindre au Roi de mon arrestation et des mauvais traitements auxquels j'avais été soumis au mépris de toute justice. Quand le Juge Porter l'apprit, il se mit en fureur et déclara qu'il irait lui tenir tête. Mais il subit un échec.
Margaret Fell, en compagnie d'Ann Curtis, dont le père, zélé partisan de la Royauté était mort pour la cause, alla trouver le Roi qui la reçut avec bonté. Sur la demande d'Ann Curtis, il consentit à me faire comparaître devant lui et à m'entendre lui-même, et il commanda à son secrétaire d'écrire un ordre à cet effet.
Mais quand elles se présentèrent chez le secrétaire pour réclamer cet ordre, cet homme, qui n'était pas de nos amis, prétendit que cela ne dépendait pas de lui; qu'il devait rester dans la légalité et qu'il fallait un « habeas corpus » pour me faire comparaître devant les juges. Il écrivit au juge du Banc du Roi lui disant que c'était le bon plaisir du Roi que je lui fusse envoyé au moyen d'un « habeas corpus ». Un ordre fut donc envoyé et remis au sheriff; mais comme il était adressé au chancelier de Lancaster, le sheriff le lui fit passer; sur quoi, le chancelier refusa d'y apposer son sceau, déclarant que c'était au sheriff à le faire. Enfin on confronta les deux hommes ; mais comme ils étaient tous deux des ennemis de la Vérité, ils cherchèrent un prétexte pour faire traîner les choses en longueur. Ils prétendirent qu'il y avait une erreur puisque l'ordre, adressé au chancelier, contenait ces mots : « George Fox en prison sous votre garde », alors que la prison dans laquelle je me trouvais n'était pas, disaient-ils, confiée à la garde du chancelier mais à celle du sheriff; en sorte que le mot « votre» aurait dû être remplacé par le mot « sa ». Ils renvoyèrent l'écrit à Londres uniquement pour faire changer ce mot. Quand le pli revint, dûment corrigé, le sheriff dit qu'il ne consentirait à m'emmener que si je lui remettais une lettre scellée dans laquelle je m'engagerais à payer le sceau et les frais de mon transport; ce à quoi je me refusai, disant que je ne voulais leur adresser aucun écrit revêtu d'un sceau ni m'engager à quoi que ce soit. Ainsi l'affaire en resta là et je demeurai en prison.
Beaucoup de gens vinrent me voir; et je fus poussé à leur parler par la fenêtre de la prison et à leur montrer toutes les contradictions de leur religion; je leur fis voir comment les représentants des diverses dénominations religieuses, dès qu'ils apparaissaient au pouvoir, s'empressaient de persécuter les autres.
LETTRE AU ROI CHARLES
Je fus inspiré à écrire au roi pour « l'exhorter à exercer la miséricorde et le pardon envers ses ennemis et le rendre attentif aux désordres qui avaient suivi son retour », je m'adressai ainsi :
Au ROI,
« Roi Charles,
Tu es entré dans ce pays ni par le pouvoir de l'épée ni par une guerre victorieuse mais par la puissance du Seigneur. Si tu ne demeures pas dans cette puissance, tu ne subsisteras pas. Si le Seigneur t'a montré miséricorde et pardon, et que tu ne montres pas la miséricorde et le pardon, le Seigneur Dieu n'écoutera pas tes prières ni ceux qui prient pour toi. .. »
UNE QUESTION DE DÉPENSE
Comme je persistais dans mon refus, il se passa longtemps avant que le sheriff consentît à m'emmener à Londres sans que j'eusse rempli les conditions qu'il m'avait imposées. Puis ils hésitèrent sur la façon dont s'effectuerait le transport, et décidèrent d'abord de me faire conduire par un détachement de cavalerie.
Je leur fis remarquer que, si le jugement qu'ils portaient sur moi était fondé, il faudrait pour me garder un contingent imposant de troupes montées. Quand ils se rendirent compte des dépenses que cela entraînerait, ils changèrent leurs plans et résolurent de me faire partir sous la garde du geôlier et de quelques huissiers. Mais, après mûres réflexions, ils virent que cela aussi leur reviendrait cher, c'est pourquoi ils me firent venir à la maison du geôlier et me dirent que, si je voulais leur laisser un gage attestant que je serais à Londres dans le délai imposé, j'aurais la permission de m'y rendre avec quelques-uns de mes amis. Je leur répondis que je ne mettrais rien en gage et que je ne donnerais aucun argent au geôlier car on m'avait emprisonné à tort en portant contre moi de fausses accusations. J'ajoutai que, s'ils voulaient me laisser partir avec un ou deux amis comme escorte, je partirais, et serais à Londres au jour indiqué, si le Seigneur le permettait; que, s'ils le désiraient, moi ou l'un des amis qui m'accompagneraient, nous nous chargerions de l'acte d'accusation me concernant. A la fin, quand ils virent qu'ils ne pouvaient rien obtenir d'autre de moi, ils cédèrent, et il fut convenu, sans autre engagement de ma part que ma parole, que je me présenterais devant les juges à Londres avec quelques-uns de mes amis, tel jour du mois, si le Seigneur le permettait.
LIBÉRATION SUR PAROLE
Là-dessus, on me libéra, et je me mis en route, visitant des réunions d'Amis sur mon passage, jusqu'à mon arrivée à Londres, environ trois semaines après ma sortie de prison.
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Quand nous arrivâmes à Charing-Cross, des multitudes étaient réunies pour voir brûler les entrailles de 'quelques juges de l'ancien Roi, qui avaient été pendus, roués et écartelés ...
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Le lendemain matin, je me rendis au bureau du juge Mallet, qui était en train de mettre sa robe rouge pour siéger à l'audience où devaient comparaître d'autres juges de l'ancien Roi. Il était de très mauvaise humeur et me dit que je pouvais revenir une autre fois. Je retournai dans son bureau quand le juge Foster, qui portait le titre de « Grand Juge d'Angleterre » fut avec lui. J'étais accompagné par un certain Esquire Marsh qui appartenait au service particulier du Roi.
Quand nous eûmes remis aux juges l'acte d'accusation me concernant, et qu'ils virent que moi et mes amis y étions accusés de provoquer dans le pays des troubles sanglants, etc., ils frappèrent du poing sur la table. Sur quoi je leur dis que c'était bien de moi qu'il s'agissait, mais que j'étais aussi innocent qu'un nouveau-né, que c'était moi d'ailleurs qui leur avais apporté cette pièce, et que j'étais venu accompagné seulement de quelques amis.
Jusque là ils n'avaient pas fait attention à mon chapeau, mais ils s'écrièrent alors: « Comment! Vous vous tenez là avec votre chapeau sur la tête? » Je leur répondis que ce n'était pas pour les offenser. Ils commandèrent alors qu'on m'enlevât mon chapeau; puis ils firent appeler le prévôt et lui dirent: « Prenez cet homme et mettez-le en sûreté; mais qu'il ait une chambre à lui et ne soit pas mis avec les prisonniers. » Comme celui-ci répondit n'avoir pas de chambre où me mettre, le Juge Foster me dit : « Voulez vous comparaître demain vers dix heures, au Tribunal du Banc du Roi, à Westminster? » « Oui, répondis-je, si le Seigneur m'en donne la force. » Alors le juge Foster dit à l'autre juge: « S'il dit oui et le promet, vous pouvez vous fier à lui ». Ainsi se termina l'entretien.
AU BANC DU ROI
Le lendemain matin, je comparus devant le Tribunal du Roi à l'heure indiquée, accompagné par Esquire Marsh. On m'amena au milieu de la salle; dès que j'entrai, je me sentis poussé à dire à l'assistance: « La paix soit avec vous » ; et la puissance du Seigneur se répandit alors sur toute l'assemblée. On lut à haute voix l'acte d'accusation. Les assistants étaient calmes, les juges paisibles et bienveillants; la grâce du Seigneur était sur eux. Mais quand ils arrivèrent à l'endroit où mes amis et moi étions accusés de provoquer dans le pays des troubles sanglants, de susciter une nouvelle guerre, où j'étais représenté comme un ennemi du Roi, leur attitude changea.
Alors, étendant les bras, je m'écriai: « C'est moi qui suis accusé de toutes ces choses, mais je suis aussi innocent qu'un enfant et j'ignore tout du métier de la guerre. Et, poursuivis-je, croyez. Vous que si mes amis et moi étions ce qu'on nous accuse d'être, j'aurais apporté moi-même cet acte d'accusation, et qu'on m'aurait permis de voyager accompagné seulement d'un ou deux amis? Si j'étais ce que prétend cet acte d'accusation, il aurait fallu, pour me garder, une ou deux compagnies d'hommes montés. Mais le sheriff et les magistrats du Lancashire ont jugé bon de nous laisser nous-mêmes vous remettre cet acte après un voyage de près de deux cents milles accompli sans aucune escorte; soyez certains qu'ils n'auraient pas agi ainsi s'ils avaient cru à ce dont ils m'accusent !... »
Alors le juge me demanda s'il devait classer cette affaire et ce que je voulais faire. Je répondis: « C'est vous qui êtes les juges, j'espère que vous êtes capables de juger cette affaire; à vous de prononcer comme vous l'entendrez. C'est sur moi que pèsent toutes ces charges, je vous ai apporté moi-même l'acte d'accusation ; faites ce que vous voudrez, je m'en remets à vous. »
Comme le juge Twisden commençait à être irrité, j'en appelai au juge Foster et au juge Mallet qui m’avait entendu la veille. Ils déclarèrent qu'ils ne m'accusaient pas, car ils n'avaient rien contre moi. Alors Esquire Marsh se leva et dit aux juges que c'était le bon plaisir du Roi de me rendre la liberté, si aucun accusateur ne s'élevait contre moi. Ils me demandèrent si je voulais m'en remettre au Roi et au Conseil. Je répondis: « Oui, de grand cœur. » Là-dessus, ils envoyèrent au Roi la lettre de renvoi du sheriff qu'il avait écrite pour la joindre à mon sauf-conduit et où se trouvaient consignés tous les chefs d'accusation du mandat d'arrêt, afin que le Roi pût savoir ce dont on m'accusait.
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Après examen de toute l'affaire, le Roi, convaincu de mon innocence, envoya au juge Mallet l'ordre de me libérer.
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Ainsi, après un emprisonnement de plus de vingt semaines, je fus remis en liberté par ordre du Roi, la puissance du Seigneur ayant agi merveilleusement pour établir mon innocence.

CHAPITRE XV
A l'avènement du Roi 1660-1662
Quand on apprit que j'étais sorti de la prison de Lancaster, quelques esprits envieux s'émurent et la terreur s'empara du juge Porter. Il craignait que je n'eusse recours à la loi contre lui, à cause du rôle fâcheux qu'il avait joué lors de mon emprisonnement injustifié, et que je n'entraînasse ainsi sa ruine, celle de sa femme et de ses enfants. De fait, quelques personnes haut placées m'engagèrent à agir de façon à inspirer une crainte salutaire à lui et à ses pareils; mais je répondis que je laissais cela au Seigneur; que si le Seigneur leur pardonnait, ce n'était pas à moi à intervenir.
C'est alors que je compris le but des pénibles épreuves que j'avais endurées à Reading; car la puissance éternelle du Seigneur fut sur tous ; sa vérité bénie, sa vie et sa lumière brillèrent dans tout le pays, nous eûmes de glorieuses et paisibles réunions, des foules venaient à la vérité. Richard Hubberthorne, qui avait été avec le Roi, nous affirma de sa part que personne ne nous molesterait aussi longtemps que nous nous comporterions en citoyens pacifiques. Quelques Amis furent admis à comparaître devant la Chambre des Lords et purent y exposer leurs raisons de ne pas payer les impôts, ni de prêter serment ou d'aller dans les maisons à clocher pour y prendre part au culte; on les écouta sans les interrompre, ce qui, sous un autre régime, ne nous aurait jamais été accordé.
LIBÉRATION DE 700 AMIS
Comme environ sept cents Amis, qui avaient été condamnés sous le gouvernement d'Olivier Cromwell et de Richard, son fils, se trouvaient en prison, le Roi, à son avènement, les libéra.
Il sembla à ce moment-là que le Gouvernement inclinait à accorder aux Amis la liberté ; ses membres se rendaient compte que nous avions souffert comme eux sous le régime précédent. Mais chaque fois qu'on s'apprêtait à agir dans cette direction, quelques personnages douteux qu'on aurait crus cependant bien disposés à notre égard, survenaient pour mettre des bâtons dans les roues. Un acte confirmant nos libertés avait été rédigé, disait-on ; il ne restait plus qu'à le signer, quand tout à coup éclata le complot dit de « la Cinquième Monarchie » qui mit la Cité et le pays en rumeur.
Cela se passait le soir d'un Premier jour, nous avions eu ce jour-là des réunions glorieuses où la vérité du Seigneur avait resplendi sur tous, et où Sa puissance avait été exaltée au-dessus de tout; vers minuit, les tambours retentirent et on entendit crier: « Aux armes ! ». Le matin suivant, je pris le bateau pour Londres. J'arrivai à Pall-Mall où quelques Amis vinrent me retrouver quoique la circulation dans les rues fût devenue dangereuse ; car la Cité et les faubourgs étaient en armes, et la foule, soldats aussi bien que civils, était extrêmement agitée et grossière. Ce fut une semaine néfaste pour la Cité ; et quand arriva le Premier-Jour suivant, beaucoup d'Amis qui se rendaient à leurs réunions furent arrêtés et emprisonnés.
Je demeurai à Pall-Mall, comptant aller à la réunion qui s'y tenait; mais le soir du Septième Jour, une compagnie de soldats frappèrent à la porte. Dès que la servante leur eut ouvert, ils se précipitèrent dans la maison et se saisirent de moi. L'un d'eux appliqua sa main sur ma poche et me demanda si j'avais un pistolet. Je lui répondis qu'il savait très bien que je n'en portais jamais et que j'étais un homme pacifique, pourquoi donc alors me posait-il une pareille question? Les soldats hésitaient à m'emmener lorsque l'un d'eux riposta: « C'est un des chefs, un des principaux meneurs. » Sur quoi, ils allaient m'emmener quand même, mais Esquire Marsh, apprenant ce qui se passait, fit appeler le commandant de la compagnie et lui demanda de me laisser tranquille, ajoutant qu'il veillerait à ce que je me présente le lendemain matin.
Le jour suivant, avant qu'on eût pu venir me chercher, et avant que l'assemblée fût réunie, un groupe de fantassins arrive à la maison, et l'un d'eux, tirant son épée, la tint au-dessus de ma tête. Je lui demandai pourquoi il tirait son épée contre un homme sans défense. Les autres, honteux, la lui firent rengainer. Ces fantassins m'emmenèrent à Whitehall avant que les autres soldats fussent venus me chercher. Comme je sortais, quelques Amis arrivèrent à la réunion; je les félicitai de leur hardiesse et de leur gaîté, les encourageant à persévérer. Pendant le trajet jusqu'à Whitehall, les soldats et la foule furent excessivement grossiers, cependant je leur annonçai la Vérité; mais il se trouva là quelques grands personnages pleins d'envie, qui s'écrièrent: « Pourquoi donc le laissez-vous prêcher? Mettez-le dans un endroit d'où il ne pourra pas bouger. » C'est ce qu'ils firent. Je leur dis qu'ils pouvaient enfermer et séquestrer mon corps, mais qu'il n'était pas en leur pouvoir d'arrêter la Parole de Vie. Quelques-uns me demandèrent ce que j'étais. Je leur répondis: « Un prédicateur de la justice. »
Après que j'eus été détenu deux ou trois heures, Esquire Marsh parla à Lord Gerrard, et il vint dire de me mettre en liberté. L'officier, après m'avoir relâché, demanda que je lui verse le montant des frais. Je refusai, disant que ce n'était pas dans nos habitudes, et lui demandai comment il pouvait réclamer cela de moi qui étais innocent.
J'allai ensuite au milieu des soldats, et la puissance du Seigneur fût sur eux; après que je leur eus annoncé la Vérité, je montai le long des rues avec deux colonels irlandais qui venaient de Whitehall, jusqu'à une auberge où beaucoup d'Amis étaient retenus prisonniers et gardés par des soldats. Je priai ces colonels de parler aux hommes de garde afin qu'on me laissât aller voir mes amis. Ils refusèrent. Alors j'allai parler à la sentinelle, et elle me laissa entrer. J'échappai ainsi à une nouvelle arrestation.
ARRESTATIONS EN MASSE
Margaret Fell alla trouver le Roi, pour le mettre au courant des tristes choses qui se passaient dans la Cité et dans tout le pays ; elle lui montra que nous étions des gens paisibles et inoffensifs, et que nous continuerions à tenir nos réunions quoiqu'il pût nous en coûter, mais que c'était son devoir de veiller à ce que la paix fût maintenue et que le sang innocent ne fût pas répandu. Les prisons étaient, à ce moment-là, toutes remplies de prisonniers, d'Amis notamment, et la censure s'exerçait si activement dans les postes qu'aucune lettre ne pouvait y échapper. Malgré cela) nous apprîmes le sort malheureux des milliers d'Amis qui avaient été jetés en prison. Marguerite Fell adressa à ce sujet un rapport au Roi et au Conseil.
Le Seigneur permit que nous fussions tenus au courant, en dépit de toutes les interdictions.
Comme un premier article que nous avions envoyé aux journaux pour protester contre les complots et les persécutions s'était perdu, nous en rédigeâmes rapidement un autre; nous le fîmes imprimer et nous en envoyâmes quelques exemplaires au Roi et au Conseil; d'autres furent vendus dans les rues et à la Bourse.
Cet article eut pour effet de purifier un peu l'atmosphère, dans la Cité et le reste du pays. Peu après, le Roi publia un Edit d'après lequel il était interdit aux soldats de fouiller une maison sans être accompagnés d'un officier de police. Mais les prisons ne désemplissaient pas, plusieurs milliers d'Amis y étant maintenus; ce malheur était dû à la coupable émeute des hommes de « la Cinquième Monarchie ». Mais quand ceux qui étaient compromis là-dedans furent condamnés à mort, ils nous rendirent cette justice que nous n'avions aucunement participé à leurs menées, que nous n'en avions même pas eu connaissance. Après cela, le Roi, étant assiégé de requêtes à cet effet, se décida enfin à ordonner que les Amis fussent relâchés sans avoir à payer quoi que ce soit. Mais que de travail, de peines et d'efforts, il fallut pour obtenir cela!... Combien de fois Margaret Fell et Thomas Moor durent aller trouver le Roi à ce sujet !...
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Après l'élargissement des Amis, les réunions continuèrent cependant à être fort troublées et les Amis eurent beaucoup à souffrir. Outre les agissements des officiers et des soldats, il nous fallut subir bien des mauvais sujets et des gens grossiers qui faisaient souvent irruption dans nos assemblées. Un jour que j'étais à Pall-Mall, un ambassadeur survint avec un groupe de mauvais garnements ; la réunion était finie et j'étais monté dans une chambre quand j'entendis l'un d'entre eux annoncer qu'il tuerait tous les Quakers. Je descendis et je fus poussé par la puissance du Seigneur à lui parler. Je lui dis: « La loi dit: « Oeil pour oeil, dent pour dent » ; mais toi, tu menaces de tuer tous les Quakers, quoiqu'ils ne t'aient fait aucun mal. Mais, ajoutai-je, voici l'évangile: je te présente mes cheveux, ma joue, mon épaule », Et je joignis le geste à la parole. Lui et ses compagnons en demeurèrent cloués sur place de saisissement. Ils déclarèrent que si c'étaient là nos principes et si nous les mettions en pratique, nous étions bien ce qu'ils avaient vu de plus étonnant. Je lui répondis que ce que j'étais dans mes paroles, je l'étais aussi dans ma vie Alors l'ambassadeur qui était resté dehors entra : il dit que ce colonel irlandais (celui qui venait de nous menacer) était un homme si dangereux qu'il n'avait pas osé entrer avec lui, par crainte de ce qui allait se passer; la Vérité subjugua ce colonel, et lui et l'ambassadeur nous traitèrent avec bonté car la puissance du Seigneur était sur eux tous.
LES AMIS SONT BANNIS
DE LA NOUVELLE-ANGLETERRE
Vers cette époque, nous apprîmes que le gouvernement de la Nouvelle-Angleterre[un puritain] avait publié un édit bannissant tous les Quakers, sous peine de mort; et il est de fait que plusieurs Amis, étant revenus malgré la défense, avaient été effectivement arrêtés et pendus, tandis que beaucoup d'autres étaient en prison, menacés de subir un sort semblable. Au moment de ces exécutions, j'étais moi-même emprisonné à Lancaster, et quoique la nouvelle ne me parvînt que plus tard, j'eus en l'apprenant, la sensation que la corde avait été passée autour de mon propre cou.
Aussitôt que nous en fûmes informés, Edward Burrough alla trouver le Roi, et lui dit qu' « une veine de sang innocent avait été ouverte dans son Empire, et que si on ne l'arrêtait pas, ce sang se répandrait partout. » « Je boucherai cette veine. » répondit le roi. « Il s'agit d'aller vite dans ce cas, répliqua Edward Burrough, car nous ignorons combien peut-être seront mis à mort. » Le Roi dit: « Aussi vite que vous voudrez. » Et, s'adressant à un de ses officiers : « Appelez le secrétaire, dit-il, et je donnerai des ordres immédiatement. » Le secrétaire ayant été convoqué, le mandement fut rédigé incontinent.
Quelques jours après, Edward Burrough se présenta de nouveau chez le Roi pour obtenir que l'acte fût expédié. Le Roi dit qu'il n'avait pas l'occasion en ce moment de fréter un bateau, mais qu'il ne s'opposait pas à ce que nous en envoyons un nousmêmes. Edward Burrough demanda alors au Roi s'il voulait bien confier à un Quaker la mission de porter le mandement en Nouvelle-Angleterre. « Oui, répondit le Roi, choisissez qui vous voudrez. » Sur quoi Edward Burrough, surnommé Samuel Shattock, pour autant que je me le rappelle, fut désigné; c'était un citoyen de la Nouvelle-Angleterre, qui avait été banni par la loi, sous menace d'être pendu s'il retournait dans son pays. Nous fîmes alors venir Ralph Goldsmith, un brave Ami, possesseur d'un bon bateau, et nous convînmes avec lui qu'il recevrait trois cents livres, bateau plein ou bateau vide, s'il pouvait partir dans dix jours. Il se prépara immédiatement au départ, et, le vent étant favorable, il arriva au bout de six semaines environ, devant la ville de Boston, en Nouvelle-Angleterre, le matin d'un Premier-Jour, appelé dimanche. Beaucoup de passagers l'accompagnaient, soit de la Vieille, soit de la Nouvelle-Angleterre, le Seigneur ayant mis au cœur de ces Amis de rendre leur témoignage auprès de ces persécuteurs sanguinaires, dont la cruauté avait surpassé celle de tous les tyrans de l'époque.
Les autorités de Boston, voyant entrer dans le port un navire revêtu des couleurs anglaises, se rendirent à bord et demandèrent le capitaine. Ralph Goldsmith se présenta à eux. Ils lui demandèrent ses papiers. « Non, dit-il, pas aujourd'hui. » Ils s'en allèrent alors et firent courir le bruit qu'il y avait là un bateau rempli de Quakers, dont Samuel Shattock, qui, on le savait, était condamné par leur loi à être mis à mort, pour être revenu après avoir été banni ; mais ils ignoraient le but de son voyage et la mission dont il était investi.
Ainsi tout demeura secret ce jour-là et aucun de ceux qui étaient dans le bateau n'eut la permission d'atterrir; le lendemain, Samuel Shattock, l'envoyé du Roi et Ralph Goldsmith, le commandant du navire, descendirent à terre ; après avoir renvoyé à bord ceux qui les avaient conduits au rivage, ils allèrent tous deux en ville et frappèrent à la porte du gouverneur, John Endicott. Ils lui dirent qu'ils venaient de la part du Roi d'Angleterre et qu'ils ne transmettraient qu'au gouverneur en personne, le message dont ils étaient chargés. Ils furent alors introduits, et le gouverneur vint à leur rencontre; ayant pris connaissance de la lettre d'envoi et du mandement, il ôta son chapeau et les regarda. Puis il pria les Amis de le suivre. Il alla trouver le sous-gouverneur, et, après un court entretien avec lui, il revint dire aux Amis « Nous obéirons aux ordres de Sa Majesté. »
Après cela, le capitaine permit aux passagers d'atterrir; bientôt l'affaire s'ébruita dans toute la ville; les Amis qui y habitaient tinrent une réunion avec ceux qui venaient de quitter le navire pour Offrir leurs louanges et leurs actions de grâces au Dieu qui les avait si merveilleusement arrachés aux griffes de leurs persécuteurs. Pendant qu'ils étaient ainsi réunis, arriva un malheureux Ami, qui, ayant été condamné à mort par leur loi sanguinaire, venait de passer quelque temps dans les fers en attendant son exécution. Cela ajouta à leur joie et leur fit élever leurs cœurs en une fervente adoration vers Dieu, qui est digne de recevoir éternellement l'honneur, la louange et la gloire; car Lui seul peut délivrer et sauver, Lui seul vint en aide à ceux qui se confient en Lui.
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Avant cela, tandis que j'étais encore prisonnier à Lancaster, avait paru un livre, intitulé « The Battledore » (Un abécédaire dédié aux maîtres et aux professeurs pour leur apprendre les règles du singulier et du pluriel, etc., 1660.), dont le but était de montrer que, dans toutes les langues, le vocable «Tu » et « Toi » est la forme appropriée et usuelle pour désigner une seule personne; et que « VOUS » se rapporte à plusieurs personnes. Cela était démontré au moyen de citations et d'exemples tirés de l'Ecriture sainte et de livres d'école, écrits en une trentaine de langues différentes. J. Stubbs et Benjamin Furly avaient pris beaucoup de peine pour composer cet ouvrage; c'est moi qui les en avais chargés et j'y contribuai quelque peu. Quand ce fut fini, des exemplaires furent envoyés au Roi et au Conseil, aux évêques de Canterbury et de Londres, et aux deux universités il s'en vendit aussi un bon nombre ...
À cette même époque, beaucoups de Papistes et de Jésuites commencèrent à avoir de l'admiration pour les Amis, parlant d'eux partout où ils allaient, disant que de toutes les sectes, les Quakers étaient les meilleurs et les gens les plus philanthropes; et dirent, qu'il était vraiment dommage qu'ils n'eussent pas retournés à la sainte mère l'église. Ainsi ils causèrent un brouhaha parmi le peuple et dirent qu'ils discuteraient bien volontier avec les Amis. Mais les amis étaient peu disposés à se mêler avec eux, du fait qu'ils étaient Jésuites, considérant cela comme étant dangereux et scandaleux. Mais lorsque j'ai compris cela, j'ai dit aux Amis, Allons discuter avec eux, quoiqu'ils puissent être. Ainsi nous avons organisés une rencontre chez Gerard Roberts, deux d'entre eux y vinrent comme des courtisants. Ils nous demandèrent nos noms, nous leurs avons donné; mais nous ne leurs avons pas demandés les leurs, nous avons compris qu'ils étaient des Papistes, et eux savaient que nous étions des Quakers. Je leur ai posé la même question que j'avais autrefois demandé à un Jésuite, à savoir, Si l'église de Rome n'était pas dégénérée de l'Église du temps primitif, de l'esprit, de la puissance, et de ce que pratiquaient les les apôtres? Celui à qui j'adressai cette question, étant subtile, dit qu'il ne voulait pas répondre à cette question. Je lui ai demandé pourquoi? Mais il ne démontra aucune raison. Son companion a ditqu'il allait me répondre; et dit, “Elle n'était pas dégénérée de l'Église du temps primitif.” Je demandai à l'autre s'il était du même avis? Et il me dit oui. Alors j'ai répondu , afin que nous puissions bien nous comprendre, et qu 'il n'y ait aucune erreur, J'allai répéter ma question d'une autre façon: “Si l'église de Rome maintenant avait la même pureté, pratique, puissance, et esprit, que l'Église du temps des apôtres?” Quand ils vîrent que nous voulions être précis avec eux ils devinrent agités, et nièrent cela, en disant, que c'était de la présomption de dire qu'ils avaient la même puissance et le même esprit que les apôtres. Je leurs dit, que c'était de la présomption de leurs part de mêler les paroles de Christ et de ses apôtres, et de faire croire aux gens qu'ils avaient succédé aux apôtres, bien qu'ils furent forcés d'admettre qu'ils n'étaient pas dans la même puissance ni dans le même esprit que les apôtres étaient; “Ceci,” dit-Je,“ est un esprit de présomption, et réprimandé par l'Esprit qui était dans les apôtres. Je leurs montrai combien leurs fruits et leurs pratiques étaient différents des fruits et pratiques des apôtres. Alors l'un d'entre eux se leva, et dit, “Vous n'êtes qu'une bande de rêveurs.” “Non.” Je dit, “vous êtes d'immondes rêveurs, rêvant que vous êtes les successeurs des apôtres, bien que vous confessez ne pas avoir la même puissance ni le même esprit qui était dans les apôtres. Et n'est-ce pas les souilleurs de la chair qui disent, qu'il est présomptueux pour quiconque de prétendre avoir la même puissance et le même Esprit que les apôtres avaient!” “Maintenant,” Je dit, “si vous n'avez pas la même puissance ni le même esprit qu'avaient les apôtres, alors il est évident que vous êtes conduit par une autre puissance, un autre esprit que celui qui guidait les apôtres et l'église primitive.” Ainsi je leur dit comment cet esprit mauvais, par lequel ils étaient conduit, les avaient amenés à prier sur des chapelets et des images, à établir des couvents, des abbayes, des monastères, et mettre le monde à mort à cause de la religion; je leur montrai que ces pratiques étaient en-dessous de la loi, et très loin de l'évangile dans laquelle est la liberté. Ils furent bientôt las de ce discours, et s'en allèrent; comme nous entendîmes dire qu'ils avaient donnés ordre aux Papistes de ne plus disputer avec nous ni même lire aucun de nos livres. Ainsi nous fûmes débarrassés d'eux; mais nous avons résonné avec toutes les autres sectes: Presbytériens, Indépendants, Seekers, Baptistes, Episcopal-men, Socianistes , Brownistes, Lutheriens, Calvinistes, Arminiens, Cinquièmes-Monarchistes, Familistes, Muggletoniens, et les Ranters; Aucun de ceux-ci ont affirmé avoir la même puissance ni le même esprit qu'avaient les apôtres. Ainsi en Esprit et en Puissance, le Seigneur nous a donné l'autorité sur eux.
LES AMIS A L'ÉTRANGER
Cette année-là, plusieurs Amis se sentirent appelés à partir au delà des mers pour annoncer la Vérité dans les pays étrangers. John Stubbs, Henry Fell et Richard Costrop voulurent aller en Chine mais aucun capitaine ne voulut les prendre à son bord. Ils allèrent alors en Hollande sans plus de succès. John Stubbs et Henry Fell s'embarquèrent ensuite pour Alexandrie en Egypte d'où ils furent bientôt bannis par le consul anglais. Avant de partir, ils donnèrent à un vieux moine un livre intitulé « La puissance du pape, brisée » en le priant de le donner ou de l'envoyer au Pape. Le moine, après l'avoir lu, confessa que ce livre contenait la vérité mais que, s'il le confessait, on le brûlerait ...
LE MARIAGE QUAKER
Une des épreuves et des difficultés auxquelles les Amis durent faire face est relative aux mariages quakers qui étaient parfois contestés. Voici une cause qui fut jugée aux Assises de Nottingham cette année-là (1661). Quelques années auparavant deux membres de la Société des Amis avaient été unis par le mariage, et ils avaient vécu comme mari et femme environ deux ans. Le mari mourut alors, laissant sa femme enceinte, et lui léguant un domaine. L'enfant, à sa naissance, fut constitué héritier des biens de son père; plus tard, un autre Ami épousa la veuve. Sur quoi, un proche parent du premier mari intenta un procès au second mari, tendant à les déposséder, à priver l'enfant de son héritage, et à s'en emparer en tant que premier héritier du premier mari décédé. Pour atteindre son but, il chercha à prouver que l'enfant était illégitime, car « le mariage n'était pas légal ». A l'ouverture des débats, l'avocat du plaignant se servit de termes inconvenants à l'égard des Amis, déclarant qu'ils « vivaient ensemble comme des bêtes », et autres expressions du même genre. Après les plaidoiries des deux parties, le juge (c'était le Juge Archer} prit l'affaire en mains et l'exposa lui-même au jury, disant que le premier mariage avait été conclu comme au Paradis où Adam prit Eve pour sa femme et Eve prit Adam pour son mari, que c'était donc le consentement mutuel qui constituait le mariage. Pour ce qui était des Quakers, il ne connaissait pas leurs idées, mais il était « convaincu qu'ils se conduisaient comme des chrétiens et non pas comme des bêtes ainsi qu'on l'avait prétendu »; c'est pourquoi il considérait le mariage comme légal et l'enfant comme l'héritier légitime. Et pour mieux convaincre le jury, il leur cita le cas suivant :
Un homme qui était en mauvaise santé et gardait le lit désira se marier malgré son état ; il déclara devant témoins qu'il prenait telle femme comme épouse tandis qu'elle déclarait prendre cet homme comme mari. Plus tard ce mariage fut contesté; mais, comme l'affirma le juge, tous les évêques d'alors furent d'avis que ce mariage était légal. Là-dessus, le jury rendit un verdict en faveur de l'enfant de l'Ami contre l'homme qui avait voulu le priver de son héritage ...
LE REPENTIR DU GEOLIER
J'ai déjà raconté qu'en l'année 1650, j'avais été retenu six mois en prison dans la Maison de Correction de Derby, et que le gardien de la prison, qui s'était montré très cruel à mon égard, en avait été réprimandé intérieurement, et les fléaux et les châtiments du Seigneur étant tombés sur lui, comme rétribution. Cet homme fut, par la suite, convaincu de la Vérité, et il m'écrivit la lettre suivante :
« Cher Ami, - Puisque je dispose d'un messager si qualifié je ne puis faire moins que de te rendre compte de ma condition actuelle, me souvenant qu'il a plu à Dieu de se servir de toi pour éveiller en moi le sens de la vie et de la loi intérieure. En sorte que je suis parfois plongé dans l'émerveillement quand je vois comment les événements ont été conduits ; et que la Providence a fait de toi mon prisonnier, pour me donner ma première perception de la vérité. Cela me fait souvent penser à la conversion du geôlier par le moyen des apôtres. 0 bienheureux George Fox qui le premier a fait pénétrer ce souffle de vie dans mon sanctuaire intérieur! Bien que j'aie subi depuis lors tant de pertes matérielles que je ne suis plus rien en ce monde, j'espère cependant expérimenter que toutes ces légères afflictions éphémères produiront pour moi, au delà de toute mesure, un poids éternel de gloire. On m'a dépouillé de tout, et maintenant, au lieu de diriger une prison, je m'attends plutôt à être fait prisonnier moi-même. Prie pour moi, afin que ma foi ne défaille point, mais que je puisse tenir ferme jusqu'à la mort, pour recevoir la couronne de vie. Je désire ardemment avoir de tes nouvelles.
N'ayant plus rien à ajouter, sinon mes messages d'affection pour toi et pour tous les Amis Chrétiens, je suis, en hâte, tout à Toi en Jésus-Christ.
Derby, le 22e du 4e mois, 1662. THOMAS SHARMAN. »
KATHERINE EVANS ET SARAH CHEVERS
Il y avait deux de nos Amies détenues en prison par l'Inquisition, dans l'île de Malte, c'étaient Katherine Evans et Sarah Chevers. (K. Evans et S. Chevers souffrirent une terrible détention d'environ quatre années dans les prisons de l'Inquisition à Malte. Leurs cheveux tombèrent, leur peau devint comme parchemin et elles s'évanouissaient fréquemment.) On me dit qu'un prêtre catholique romain nommé Lord d'Aubigny pourrait les faire remettre en liberté, aussi allai-je le voir. Il me promit d'écrire et me demanda de revenir d'ici un mois, certain de pouvoir m'annoncer leur libération. Au bout de ce temps, j'y atournai mais il me dit que sa lettre avait été probablement perdue. Il me promit d'écrire de nouveau et il le fit car toutes deux furent remises en liberté ...
Après avoir passé quelque temps à Londres et m'être acquitté des différents services qui m'y étaient imposés, j'allai à la campagne accompagné d'Alexander Parker et de John Stubbs, visitant des réunions d'Amis, et nous arrivâmes ainsi à Bristol. Là, nous fûmes informés que des officiers viendraient probablement interrompre la réunion. Néanmoins, le Premier-jour, nous nous rendîmes à la réunion à Broadmead; Alexander Parker s'étant levé le premier, les officiers entrèrent pendant qu'il parlait et l'emmenèrent. Quand il fut parti, je me levai et j'annonçai la vérité immortelle du Seigneur Dieu dans sa puissance éternelle qui nous enveloppa tous; la réunion fut tranquille jusqu'à la fin et nous nous séparâmes paisiblement. Je demeurai là jusqu'au Premier- jour suivant, visitant des Amis et recevant leurs visites.
Comme j'avais été deux Premiers Jours de suite à la réunion de Broadmead, je me sentis dégagé intérieurement vis-à-vis de Bristol; je poursuivis donc mon voyage à travers le pays, visitant des Amis au passage, jusqu'au moment où j'arrivai à Londres, après avoir participé à de grandes réunions.
<Prochain Chapitre >
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