La Croix Manquante pour la Pureté


 



CHAPITRE XVI

A travers les Comtés 1662 -1663

Nous ne restâme pas longtemps à Londre, poussé par l'Esprit à visiter les Amis du nord, je voyageai jusqu'au Leicestershire, tenant des réunions parmit les Amis en chemin.Et à Skegby nous eûmes une grande réunions. Nous vîmes à Barnet-hills où un dénommé captaine Brown vivait, qui était un Baptiste, mais dont la femme était convaincu par la vérité. Après que la Loi qui 'interdit les réunions' fût passé au Parlement, le capitaine Brown eût peur que sa femme veuille aller aux réunions et soit jetée en prison; ainsi il quitta sa maison à Barrow, et trouva un endroit dans ces collines afin de se cacher, croyant que 'sa femme n'irait pas en prison.' Et puisque cet endroit était libre, plusieurs autres avait fuis là-bas tout comme lui, y compris des prêtres. Quoique cet homme fût en lieux sur,mais parce qu'il ne pouvait ni prendre position pour la vérité ni permetre à sa femme, bien que convaincu,de s'y tenir, le Seigneur sachant cela, fît tomber Sa main lourde sur lui pour son infidélité; de sorte qu'il fût douloureusement tourmenté, et gravement jugé en lui même pour s'être enfuit et attiré sa femme dans cet endroit privé. Nous sommes alllés voir sa femme, et en entrant dans la maison, je lui demandai comment il se portait? 'Comment je vais? (dit-il), les tourments et la vengeance de Dieu sont sur moi. Je suis un banni, un Cain. Dieu peut vouloir d'un témoin comme moi, et tel que moi ; car si tous n'étaient pas plus fidèle que je le suis, Dieu n'aurait pas beaucoup de témoins sur Terre.' Il vécu la dans cette condition avec que du pain et puis de l'eau, et pensant que cela était trop bien pour lui. Enfin il retourna chez lui avec sa femme à sa maison privée à Barrow, où plus tard il fût convaincu de la vérité éternel de Dieu, dans laquelle il mourût. Peu de temps avant sa mort il a dit, 'bien que n'ayant pas soutenu un témoignage à la vérité pendant sa vie, qu'il en rendrait témoignage dans sa mort, et serait enterré dans son vergé;' et il en fût ainsi. Il était un exemple pour tous les fugueurs Baptistesdu temps de la persécution, qui ne pouvaient supporter eux-mêmes la persecution , pourtant qui nous persécutaient quand ils en avaient le pouvoir.

De Barnet-Hills nous vîmes à Swannington, dans le Leicestershire, où William Smith et quelques autres Amis vinrent me voir; mais ils quittèrent vers le soir, me laissant chez un Ami à Swannington. Dans la soirée, comme j'étais assis dans le hall, conversant avec une veuve et sa fille, arriva un nommé Lord Beaumont accompagné d'un détachement de soldats qui se précipitèrent dans la maison, épées et pistolets en mains, en criant: « Eteignez les chandelles et fermez les portes à double tour. » Ils s'emparèrent alors des Amis qui étaient dans la maison. Sur ces entrefaites, quelques soldats m'amenèrent devant Lord Beaumont. Il me demanda mon nom ! « George Fox, dis-je, et je suis bien connu. » « Oui, répondit-il, vous êtes connu dans le monde entier. » « Connu en bien, dis-je, non en mal. » Il se mit alors à fouiller mes poches et en sortit mon nécessaire à peignes. Il ordonna ensuite à l'un de ses officiers de continuer les recherches pour trouver des lettres, prétendait-il. Je lui dis que je n'étais pas un courrier et lui demandai pourquoi il arrivait au milieu de gens paisibles avec des épées et des pistolets, sans être accompagné  d'un officier de police, contrairement à la proclamation et à l'Acte qui avait été publié récemment ; car il ne pouvait pas prétendre qu'il y eût une réunion puisque j'étais en train de causer avec une pauvre veuve et sa fille. Ces raisonnements parurent l'émouvoir; cependant il envoya chercher les officiers de police et leur dit de nous garder et de nous faire comparaître devant lui le lendemain matin.

Quand nous fûmes devant lui, le lendemain, il déclara que nous nous réunissions contrairement à l'Acte. Je le priai de nous montrer cet Acte. « A quoi bon, répondit-il, vous l'avez dans votre poche. » Je lui fis remarquer qu'il ne nous avait pas trouvés en train de tenir une réunion. Il nous demanda alors si nous consentirions à prêter le serment de fidélité et d'obéissance au souverain. Je lui dis que je n'avais jamais prêté serment dans ma vie, ni souscrit à aucune formule d'engagement. Il persista à vouloir nous forcer à prêter ce serment. Je le priai de me montrer le document afin de me rendre compte si c'était à nous qu'il était destiné, ou s'il ne visait pas plutôt les rebelles papistes. A la fin, il nous présenta un petit livre, mais nous insistâmes pour voir le code. n ne voulut pas nous le montrer et rédigea u'n mandat d'arrêt nous accusant d'avoir été sur le point de tenir une réunion. Il remit ce document aux officiers et leur donna l'ordre de nous mener à la prison de Leicester. Mais quand nous revînmes à Swannington, il fut très difficile de trouver quelqu'un qui consentît à nous accompagner, car on était au moment de la moisson, et tous répugnaient à nous escorter, à un moment où le travail pressait. On nous aurait bien remis notre mandat d'arrêt pour que nous le portions nous-mêmes à la prison; car c'était l'habitude des officiers de police d'en user ainsi avec les Amis, sachant qu'on pouvait se fier à eux. Mais nous leur déclarâmes que, bien que nos Amis eussent quelquefois accepté cette mission, nous n'étions pas disposés à nous en charger, et nous demandions que l'un d'eux nous accompagnât à la prison. Ils finirent par engager un pauvre manœuvre qui s'exécuta à contrecœur bien qu'il fût payé.

 

LA PRÉDICATION SUR LA ROUTE DE LA PRISON

Nous partîmes donc à cheval pour Leicester, au nombre de cinq; les uns portaient à la main leur Bible ouverte, annonçant la vérité aux passants sur leur route, dans les champs ou à travers les villes, déclarant que nous étions les prisonniers du Seigneur Jésus-Christ et que nous allions endurer la captivité en Son nom et pour l'amour de la vérité. Une de nous portait sur ses genoux son rouet pour filer en prison; et les gens étaient très impressionnés.

A Leicester, nous entrâmes dans une auberge. Le maître de la maison fut troublé en apprenant que nous devions aller en prison ; il envoya chercher des hommes de loi de la ville pour se renseigner auprès d'eux car il aurait voulu garder le mandat d'arrêt et nous héberger dans sa maison au lieu de nous envoyer en prison. Mais je dis aux Amis que ce serait une grande dépense de loger à l'auberge; que, de plus, comme beaucoup d'Amis et d'autres gens viendraient sans doute nous voir, ce serait une grande responsabilité pour l'aubergiste de nous laisser tenir des réunions dans sa maison; qu'enfin nous avions déjà beaucoup d'Amis en prison, et qu'il valait mieux que nous fussions avec eux. Nous exprimâmes donc à notre hôte notre reconnaissance pour sa bonté, et nous allâmes bel et bien en prison.

Le geôlier s'était montré méchant et cruel. Six ou sept Amis étant en prison avant notre arrivée, il leur avait cherché querelle, et les avait jetés parmi des criminels dans un donjon où ils avaient à peine la place de se coucher. Nous passâmes tout le jour dans la cour de la prison et nous demandâmes au geôlier de nous procurer un peu de paille. Il répondit aigre ment : « Vous n'avez pas l'air de gens qui couchent sur la paille. » Au bout d'un moment, William Smith, un Ami, vint vers moi, et, comme il connaissait la maison, je lui demandai ce qu'elle contenait en fait de chambres, et où les Amis avaient été logés avant qu'on les mît dans le donjon. Je lui demandai aussi si c'était le geôlier ou sa femme qui gouvernait. Il me répondit que c'était la femme; que, quoiqu'elle fût infirme et le plus souvent assise sur sa chaise, elle battait son mari s'il ne lui obéissait pas. Après réflexion, je me dis que beaucoup d'Amis viendraient sans doute nous voir, et que nous pourrions bien plus facilement nous entretenir avec eux si nous avions une chambre à nous. C'est pourquoi je priai William Smith d'aller parler à la femme et de l'informer que, si elle nous permettait d'avoir une chambre, si elle laissait nos Amis sortir du donjon et s'en remettait à nous pour le paiement, elle s'en trouverait bien. C'est ce qu'il fit, et après avoir parlementé un moment avec elle, il obtint son consentement. On nous conduisit alors dans une chambre.

 

LE CULTE EN PRISON

Quand le Premier jour arriva, je dis à un de mes compagnons de prison de prendre un tabouret, de l'installer dans la cour et d'annoncer aux prisonniers pour dettes et aux criminels, qu'il y aurait dans la cour une réunion où tous ceux qui voudraient entendre la parole du Seigneur étaient conviés. Ils y vinrent et nous eûmes une réunion très bénie, où le geôlier n'intervint pas. Je "dis à mes compagnons de captivité que si l'un d'entre eux avait à apporter un message de la part du Seigneur, il pouvait le faire et que, si le geôlier se montrait, je lui parlerais. Ainsi, nous eûmes une réunion chaque Premier jour, aussi longtemps que nous restâmes en prison; et plusieurs venaient à nous, de la ville et de la campagne. Beaucoup furent convaincus, quelques-uns y reçurent la vérité du Seigneur et ont continué depuis à lui rendre fidèlement témoignage.

 

DEVANT LE TRIBUNAL

Quand arriva la session nous fûmes amenés devant les juges avec beaucoup d'Amis qui avaient été arrêtés et envoyés en prison depuis notre arrivée - une vingtaine environ. A notre entrée dans la salle du Tribunal, le geôlier nous fit mettre à la place réservée aux voleurs, et quelques-uns des juges voulurent nous faire prêter le serment de fidélité et d'obéissance. Je leur dis que je n'avais jamais prêté serment de ma vie, et qu'ils savaient que nous ne pouvions pas le faire puisque Christ et ses apôtres le défendaient; c'était donc un piège qu'ils nous tendaient.

Je leur demandai de lire le mandat d'arrêt où l'on nous accusait d'avoir été sur le point de tenir une réunion. Je leur dis que, d'après l'Acte, Lord Beaumont n'avait pas le droit de nous mettre en prison à moins de nous avoir pris au cours d'une réunion et d'avoir constaté que nous étions bien les délinquants désignés par l'Acte; c'est pourquoi nous lui demandions de lire le mandat et de se rendre compte combien injustement nous avions été traités. Ils ne voulurent pas prendre connaissance du mandat d'arrêt, mais nommèrent un jury et insistèrent pour nous faire prêter le serment d'obéissance et de fidélité.

Le jury revint au bout de peu de temps nous déclarant coupables ; après quoi les juges échangèrent quelques mots à voix  basse et dirent au geôlier de nous ramener en prison. Comme il y avait un grand concours de peuple, beaucoup nous suivirent quoique le crieur et les huissiers eussent tenté de les rappeler à la Cour. Nous annonçâmes la Vérité dans les rues tout le long du parcours, jusqu'à la prison, au milieu d'une grande foule. Un moment après notre retour dans notre chambre, le geôlier entra et pria tous ceux qui n'étaient pas prisonniers de sortir. Quand ils furent partis, il nous dit: « Messieurs, c'est le bon plaisir de la Cour que vous soyez tous mis en liberté, excepté ceux qui sont en prison pour leur refus de payer les dîmes d'église; vous savez aussi que vous me devez plusieurs choses ; mais je m'en remets à vous et vous me donnerez ce que bon vous semblera. »

Ainsi, nous fûmes soudainement mis en liberté et chacun de nous s'en retourna à son service particulier.
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Quelque temps après je voyageai dans le Kent, Thomas Briggs étant avec moi. Après avoir eu deux réunions paisibles et bénies à Ashford et à Cranbrook, nous tînmes une réunion à Tenterden à laquelle beaucoup d'Amis vinrent, de différents côtés. Beaucoup de gens du monde y vinrent aussi et furent saisis par la Vérité.

La réunion terminée, je me rendis avec Thomas Briggs dans l'enclos où l'on préparait nos chevaux, et y trouvai un fort détachement de soldats portant des mousquets et des lumières, conduits par un capitaine qui demanda: « Où est George Fox ? .. » « C'est moi, dis-je. » Il parut troublé, mais donna l'ordre de m'arrêter, ainsi que Thomas Briggs et beaucoup d'autres. Mais la puissance du Seigneur était sur nous … Il me déclara, assez poliment, qu'il m'emmenait ainsi que tous les autres. Je lui fis observer qu'un pareil déploiement de force était bien inutile avec des gens paisibles comme nous.
 
Arrivés à la ville, on nous conduisit dans une auberge qui était la maison du geôlier. Le Maire de la ville et le Lieutenant, faisant tous deux fonctions de juges, me dirent que j'étais venu troubler l'ordre dans le pays, mais qu'il y avait une loi interdisant formellement les réunions quakers. « J'ignore cette loi, » répondis-je.

Ils produisirent alors l'Acte concernant les Quakers et d'autres aussi.

Je leur fis remarquer que cela concernait spécialement ceux qui répandaient l'effroi parmi les sujets du roi, ceux qui étaient des ennemis et professaient des opinions dangereuses pour le gouvernement, et que par conséquent cela ne nous concernait pas, car nous possédions la Vérité; nos principes n'étaient pas dangereux pour le gouvernement, nos réunions étaient paisibles, comme ils le savaient. Ils m'accusèrent alors d'être un ennemi du Roi. Je répondis que nous aimions tous les hommes et que nous n'étions les ennemis de personne; que, en ce qui me concernait personnellement, j'avais été jeté dans le donjon de Derby pour avoir refusé de prendre les armes contre lui, que j'avais été ensuite amené a Londres comme conspirateur en faveur du roi Charles, et qu'on m'avait retenu en prison jusqu'à ce qu'Olivier Cromwell m'eût mis en liberté. Ils me demandèrent si j'avais été en prison lors de l'insurrection. Je répondis que oui, que j'y avais été aussi depuis, et que c'était par ordre du Roi lui-même que j'avais été libéré. Je leur montrai l'Acte et leur fis voir la récente déclaration du Roi; je leur citai l'exemple d'autres juges et leur fis connaître les commentaires de la Chambre des Lords à ce sujet.

Je leur parlai ensuite de ce qui les concernait personnellement, les exhortant à vivre dans la crainte de Dieu, à se montrer bons envers leurs prochains, à se rappeler la sagesse du Dieu par qui toutes choses ont été faites et créées, afin qu'ils puissent arriver à la recevoir, à être dirigés par elle, et, par elle, à diriger toutes choses pour la gloire de Dieu. Ils voulurent alors nous faire promettre de ne plus revenir là; mais nous n'y consentîmes pas. Quand ils virent qu'ils ne pouvaient pas nous amener à composition, ils nous firent constater la mansuétude dont ils usaient à notre égard, car c'était le bon plaisir du maire de nous mettre tous en liberté. Je leur dis que cette mansuétude était noble, et nous nous séparâmes ainsi.
 

De chez Loveday Hambley nous passâmes chez Francis Hodge, près de Falmouth et de Penryn, où nous eûmes une grande réunion. De là, nous allâmes à Helston où quelques Amis vinrent nous visiter ; le jour suivant nous nous rendîmes chez Thomas Teage où nous eûmes une grande réunion dans laquelle beaucoup furent convaincus. Les gens reçurent avec joie l'évangile et la parole de vie ; ce fut une réunion bénie et glorieuse où le nom du Seigneur et sa vérité éternelle furent exaltés. Je sortis à la fin de la réunion; comme je rentrais j'entendis du bruit dans la cour; je m'approchai et je trouvai le propriétaire de la maison qui parlait aux ouvriers et à d'autres personnes, leur disant que c'était la vérité éternelle qui venait de leur être annoncée; et la plupart lui rendaient témoignage.
 
De là nous allâmes à Land's End, chez John Ellis, où nous eûmes une précieuse réunion.
 
Nous allâmes à Truro où quelques-unes des autorités de la ville exprimèrent le désir de causer avec moi, entre autres le Colonel Rouse. Je me rendis chez eux où nous eûmes un long entretien sur les choses de Dieu. Au cours de la discussion, ils dirent que l'évangile n'était pas autre chose que les quatre livres de Matthieu, Marc, Luc et Jean; et ils ne voyaient là rien que de naturel. Je leur dis que l'évangile était la puissance de Dieu, qui avait été prêchée avant que les livres de Matthieu, Marc, Luc et Jean et de n'importe qui eussent été imprimés ou écrits, qu'elle avait été prêchée à toutes les créatures (dont un grand nombre n'avaient peut-être jamais entendu parler de ces quatre livres), en sorte que toutes les créatures devaient obéir à la puissance de Dieu; car Christ, l'Homme spirituel, jugerait le monde selon cet évangile, c'est-à dire selon Sa puissance invisible.Quand ils eurent entendu ces choses, ils ne purent y contredire, car la vérité vint sur eux. Je les conduisis à leur maître, à la Grâce de Dieu, je leur montrai qu'elle était suffisante, qu'elle leur apprendrait comment ils devaient vivre, de quoi ils devaient se détourner, que s'ils lui obéissaient, elle leur apporterait le salut. Et les ayant recommandés à cette grâce, je les quittai.

« COMMENT PEUT-ON S'ÉDIFIER SANS PAROLES ? »

Les prêtres et les dévots de tout acabit étaient très opposés aux. réunions silencieuses des Amis; ils venaient parfois à nos réunions et quand ils voyaient cent ou deux cents personnes silencieuses s'attendant au Seigneur, ils manifestaient de la surprise et du mépris; quelques-uns disaient: « Voyez ces gens qui sont là à marmotter silencieusement! Comment peut-on s'édifier sans paroles ? Allons-nous en ! Qu'avons-nous à faire à rester ici pour voir des gens assis sans rien dire ? » Ils ajoutaient qu'ils n'avaient jamais rien vu de pareil.

Il arrivait quelquefois que quelques Amis étaient poussés à leur parler et à dire: « Vraiment, vous n'avez jamais rien vu de, pareil ? Regardez à votre propre paroisse et que le prêtre voie lui-même comment ses ouailles sont assises à « marmotter silencieusement » et à dormir sous sa garde pendant toute leur vie ; lui qui les maintient asservies à son enseignement afin de leur extorquer de l'argent!»
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En Cornouailles, je fus informé de la présence d'un Colonel Robinson, un homme très méchant qui, avant l'avènement du Roi avait quitté le pays pour enlever une femme; après quoi il avait été fait juge de paix et persécutait cruellement les Amis dont il avait emprisonné un grand nombre. Entendant dire que ceux-ci obtenaient de la faveur du geôlier quelques petites libertés (celle d’aller quelquefois voir leurs femmes et leurs enfants, par exemple), il porta plainte contre le geôlier devant le juge des Assises ; sur quoi le geôlier fut condamné à une amende de cent marks, et les Amis furent soumis pendant quelque temps à un régime très sévère. Après que le colonel Robinson revint des assises, il exprima à un Juge voisin le désire d'aller à la chasse aux fanatiques avec lui. Ainsi quand arriva le jour prévu et qu'il fût enfin prêt pour la chasse aux fanatiques, il envoya son homme au devant avec les chevaux, et lui marcha lui-même de sa maison jusqu'au bâtiment là où était gardées ses vaches et la laiterie, et où ses domestiques trayaient alors. Quand il vînt là, il demanda où était son taureau. Les domestiques-bonnes dirent, qu'ils l'avaient envoyé au champ parce qu'il était indiscipliné et qu'il dérangeait leur traite. Alors il alla dans le champ trouver le taureau; et autrefois étant accoutumé à jouer avec lui il commença à le clôturer à lui avec son personel comme il avait l'habitude de faire. Mais le taureau le renifla, et passa un peu en arrière; alors se retourna et, courut violamment sur lui, puis lui fonca dans la cuisse avec ses cornes, et le souleva sur ses cornes, il le jeta par dessus son dos, et déchira sa cuisse jusqu'à son ventre. Quand il revînt au sol il l'encorna, et le roula violemment par terre dans sa fureur, en rugissant, et en lèchant le sang de son maître. La domestique en entendant crier son maître, courut dans le champ, et prit le taureau par les cornes afin de le tirer loin de son maître. Le taureau, sans la blesser, la poussa doucement sur le côté avec ses cornes , mais cherchait quand même à retourner sur son maître, et à lécher son sang. Alors elle courut chercher quelques hommes qui ne travaillaient pas très loin de là afin qu'ils puissent secourir son maître; mais ils furent incapables de venir à bout du taureau, jusqu'à ce qu'ils mirent des chiens mastifs à ses trousses; qui alors finit par s'enfuir en grande colère. Après en avoir reçu le message sa soeur vînt et lui dit, "Alack! Mon frère, quel lourd jugement qu'est ceci  qui t'arrive!" Il répondit, "Ah! Ma soeur, c'est un lourd jugement en effet. Je t'en prie tu fera tuer le taureau, et que sa chair soit donnée au pauvres." Ils l'emmenèrent dans sa maison, mais il mourut peu de temps après. Le taureau était devenu si féroce qu'ils furent forcés de l'abattre à coup de pistolets ; car aucun homme n'avait osé s'en approcher pour le tuer. Ainsi agi le Seigneur, parfois faisant de son juste jugement sur les persécuteurs de son peuple des examples, afin que les autres puissent craindre, et qu'ils apprennent à prendre garde.
 
Quand je pus fuir de Cornouailles, je quittai Thomas Lower qui m'accompagna dans le Devonshire en passant par Horsebridge. Thomas Briggs, Robert Widders et moi nous allâmes à Tiverton; comme c'était la foire et qu'il y avait là beaucoup d'Amis, nous eûmes une réunion. Les magistrats s'assemblèrent dans la rue, mais la puissance du Seigneur les arrêta. Je les vis dans la rue tout près de la porte, mais ils n'eurent pas le pouvoir d'entrer et de nous interrompre quoique l'envie ne leur en manquât point.

Après la réunion nous passâmes à Collumpton et à Wellington, où nous eûmes une grande réunion très bénie.

 

LES AMIS DANS LA MAISON A CLOCHER

En un certain endroit, qu'on dit être Wellinborough, les officiers de la ville avertirent les Amis qu'ils eussent à se rendre à la maison à clocher. Les Amis se réunirent pour discuter de la chose et le Seigneur les poussa à y aller afin d'y tenir leur réunion. Quand ils y arrivèrent, ils s'assirent en silence dans l'attente du Seigneur, dans sa puissance et dans son Esprit, et s'occupèrent du Seigneur Jésus-Christ, leur Maître et leur Sauveur, mais nullement du prêtre. Quand les officiers s'en aperçurent, ils voulurent les faire sortir; mais les Amis leur dirent que ce n'était pas encore le moment d'interrompre leur réunion. Un moment après, quand le prêtre eut fini, on s'approcha de nouveau des Amis et on les engagea à aller dîner; mais les Amis répondirent qu'ils n'avaient pas l'habitude d'aller dîner, qu'ils se nourrissaient du pain de vie. Ainsi ils restèrent assis dans la compagnie invisible du Seigneur, jouissant de Sa puissance et de Sa présence, jusqu'à ce qu'Il leur ordonnât de partir. Ainsi les paroissiens s'offensaient de ce qu'ils ne pouvaient pas les faire aller dans la maison à clocher ; et, quand ils y étaient, ils s'offensaient de ce qu'ils ne voulaient pas en sortir !

Je passai dans le Gloucestershire et dans le Herefordshire, tenant de grandes réunions. A Hereford, où j'en eus une dans l'auberge, et m'en allai ensuite, les magistrats, entendant parler de cette réunion, vinrent fouiller l'auberge et se mirent en fureur parce qu'ils ne m'y trouvaient point. Mais le Seigneur dirigea tout pour que j'échappasse à leurs mains; et les Amis furent affermis en Christ, leur Fondement, le Rocher des Ages.
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Je traversai ensuite le pays, visitant des Amis, jusqu'à ce que j'arrivasse à l'autre bout de Holderness, allant de Scarborough,de Whitby et de Malton à York et tenant de nombreuses réunions sur ma route; et la puissance éternelle du Seigneur fut sur tous.
 
Nous allâmes de York à Boroughbridge où j'eus une glorieuse réunion. De là nous passâmes dans le Bishoprick, chez un nommé Richmond où se tint une assemblée générale ; et la puissance du Seigneur fut sur tous, quoique les gens fussent devenus excessivement grossiers à cette époque. Après la réunion, nous, allâmes chez Henry Draper où nous passâmes toute la nuit. Le lendemain matin, un Ami vint me voir comme j'allais partir et m'avertit que si les prêtres et les juges (car beaucoup de prêtres étaient nommés juges, dans le pays, à cette époque) pouvaient s'emparer de moi, ils me lieraient sur un échafaud et me brûleraient.

Ayant quitté Bishoprick, j'allai par Stainmoor dans le Yorkshire et à Sedbergh, puis dans le Westmoreland, faisant partout des visites d'Amis. De là je passai dans le Lancashire et f'arrivai à Swarthmoor. Je n'y demeurai que peu de temps avant d'aller par les Sands à Arnside, où j'eus une Assemblée générale. Quelques hommes arrivèrent pour l'interrompre; mais, apprenant que la réunion était achevée, ils tournèrent bride. J'allai chez Robert Widder, et de là à Underbarrow, où j'eus une glorieuse réunion et où la puissance du Seigneur fut sur tous. De là je passai à Grayrigg, et après y avoir visité des Amis, j'allai chez Ann Audland où ils auraient voulu me retenir pour leur réunion le jour suivant; mais j'avais un poids sur le cœur pendant que j'étais dans cette maison. J'eus l'inspiration d'aller chez John Blaykling à Sedbergh et d'assister le jour suivant à la réunion qui se tenait là.  Pendant ce temps-là, les constables allaient me chercher chez Ann Audland. Ainsi par la protection et la puissance du Seigneur, j'avais échappé à leur piège.

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Quand j'eus visité des Amis dans le Northumberland et qu'ils furent solidement établis en Christ, j'allai chez le vieux Thomas Bewley dans le Cumberland. Des Amis vinrent à moi et me de mandèrent si je venais là pour être mis en prison. Car une grande persécution sévissait dans le pays à cette époque; cependant j'eus une assemblée chez Thomas Bewley ; elle fut grande et bénie et la puissance du Seigneur fut sur tous.

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Les magistrats étaient alors si avides de fomenter la persécution dans le pays que quelques-uns offraient cinq shillings et d'autres un souverain par jour à ceux qui pourraient arrêter les orateurs parmi les Quakers; mais pour diverses raisons, cette fois, nos réunions furent tranquilles.

De Pardsbaw nous passâmes dans le Westmoreland. Nous allâmes un soir chez Francis Benson, près de la maison du juge Fleming. Ce juge Fleming était, à ce moment-là, dans une grande colère contre les Amis et contre moi en particulier ; à tel point que, comme je l'appris par Francis Benson, lors de la Session publique qui venait d'avoir lieu à Kendal, il avait promis cinq livres à qui me prendrait. Comme je me rendais à la maison de cet Ami, je rencontrai un homme revenant de la Session où l'on venait d'offrir ces cinq livres à qui me prendrait; il me reconnut; car, tandis que je passais près de lui, il dit à son compagnon: « Voilà George Fox » ; cependant il n'eut pas le pouvoir de me toucher, car la puissance du Seigneur me préserva. Ces juges désiraient ardemment me capturer; le fait que j'étais si souvent à leur portée et que je leur échappais exaspérait encore leur désir.
 
J'allai de là chez James Taylor à Cartmel, où je restai le Premier jour et où la réunion fut bénie. Après cela je me rendis par les Sands à Swarthmoor.

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