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d'après une peniture par Sir Peter Lely, actuellement au Collège
de Swarthmore, Pennsylvania, U.S.A.
CHAPITRE XVII
Lancaster et les prisons de Scarborough 1663-1666
Quand j'arrivai à Swarthmoor, ils me dirent que le Colonel Kirby avait envoyé son lieutenant pour m'arrêter, que celui-ci avait fouillé les coffres et les armoires pour me trouver. 'Cette nuit-là, comme j'étais couché, je fus poussé par le Seigneur aller le jour suivant à Kirby Hall qui était la maison du Colonel Kirby, à environ cinq milles de là, pour parler avec lui, et c'est que je fis. Je le trouvai au milieu de plusieurs personnes de la, blesse du pays, et lui dis qu'ayant su son désir de me voir, je ais savoir ce qu'il désirait, et s'il avait quelque grief contre 1. Il me dit que, sur son honneur de gentilhomme, il n'avait contre moi, mais qu'il ne fallait pas que « Mistress Fell » tint grandes assemblées, parce que cela était contraire à la loi... Je répondis que la loi visait les fauteurs de désordre, ceux qui !conspiraient contre le roi, ce qui n'était pas notre cas; qu'il savait très bien que ceux que recevait Margaret Fell étaient ses voisins, des gens paisibles.
Il me serra la main en répétant qu'il n'avait rien contre moi ; plusieurs de ses visiteurs dirent que j'étais un digne homme; sur quoi je me retirai et rentrai à Swarthmoor.
BRUITS DE COMPLOT
Au mmeme moment, quelques juges et officiers se réunissaient en conférence secrète à Holker Hall, chez le juge Preston, et signaient un mandat d'arrêt contre moi. J'en eus connaissance le soir même. J'aurais pu facilement m'enfuir, car je n'avais en vue aucune réunion; mais je songeai que si le bruit courait d'un complot dans le Nord, cela retomberait sur de pauvres Amis, tandis que si je me livrais, ils s'en contenteraient peut-être et laisseraient les Amis tranquilles: je décidai donc de me laisser prendre.
Le lendemain, un officier armé d'une épée et d'un pistolet, vint m'arrêter. Je lui dis que je le savais depuis la veille et aurais pu m'enfuir mais que je me livrais volontairement parce qu'étant innocent, peu m'importait ce qu'ils me feraient. Je le priai de Ille montrer son mandat, mais il mit la main sur son épée et m'ordonna de le suivre devant les lieutenants chargés de m'interroger. Je n'avais qu'à obéir; Margaret Fell m'accompagna à Holker Hall.
Nous y trouvâmes une réunion de juges parmi lesquels Rawlinson, le vieux Thomas Preston, Sir Georges Middleton et beaucoup d'autres qui m'étaient inconnus.
Le but de leur réunion était de me condamner. Ils avaient cité pour témoigner contre moi Thomas Atkinson, qui avait répété, à un nommé Knipe, certaines paroles de moi à propos d'un complot qui se tramait dans le Nord contre le Roi et contre lequel j'avais écrit…On me reprocha également de connaître les langues étrangères…Puis Georges Middleton m'accusa de nier Dieu, et l'Eglise, et la Foi, et d'être un rebelle ... Il était dans une telle colère qu'il s'arrêta, suffoqué ... Alors je frappai de ma main sur la table et lui dis que j'avais souffert vingt fois plus que lui et que tous ceux qui se trouvaient là ; car j'avais été jeté dans le donjon de Derby et y avais passé six mois consécutifs, endurant de grandes souffrances parce que je ne voulais pas prendre les armes contre le Roi, avant la bataille de Worcester. Je lui dit que j'avais été envoyé comme prisonnier de mon propre pays par le Colonel Hacker à Olivier Cromwell, comme ayant comploté pour promouvoir le Roi Charles en l'année 1654; et que je, n'éprouvais que de l'amour pour le Roi dont je désirais le bien éternel plus qu'aucun autre de ses sujets.
Ils revinrent alors sur la question du complot, me demandèrent si j'en avais eu connaissance, par qui, et le nom de ceux qui y étaient impliqués ... « J'ai su, dis-je par le Haut Sheriff du Yorkshire, qu'il y avait un complot dans le Nord » mais j'ajoutai que je ne connaissais pas un seul des conjurés.
- Pourquoi alors avez-vous écrit contre le complot ?...
- Parce que dis-je, vous êtes assez présomptueux pour confondre les innocents et les coupables. J'ai écrit pour dégager la vérité de ce fouillis, et empêcher les imprudents de s'y jeter tête baissée !... J'ai envoyé des exemplaires de cet écrit dans le Westmoreland, dans le Cumberland, dans le Yorkshire et à vous ici. J'en ai envoyé un exemplaire au Roi et à son conseil, peut être est-il imprimé à l'heure qu'il est.
L'un d'eux s'écria: « Oh ! Cet homme a un grand pouvoir ! »
- « Non, » répondis-je; « moi et mes Amis amenons tous les hommes à l'esprit de Dieu qui est au dedans d'eux pour qu'ils mortifient les actions de la chair. Cela les amène à faire le bien et par conséquent à soulager les magistrats qui sont chargés de punir ceux qui font le mal.
Ainsi, nous affermissons la loi, nous venons en aide aux magistrats, et nous ne sommes opposés à aucun bon gouvernement, au contraire, nous en sommes partisans ».
Alors George Middleton s'écria: « Apportez le Livre et faites lui prêter le serment d'Obéissance et de Fidélité. » Comme lui-même était un Papiste, je lui demandai si lui, qui croyait pouvoir jurer, avait prêté ce serment d'Obéissance. Quant à nous, nous ne pouvions pas jurer du tout, parce que Christ et les Apôtres l'avaient défendu. Quelques-uns d'entre eux auraient voulu qu'on ne me fît pas prêter serment, et qu'on me mît en liberté; mais les autres ne voulurent pas y consentir; car c'était leur dernier atout, ils n'avaient pas d'autre moyen de me mettre en prison, puisque je m'étais disculpé sur tous les autres points. Ils se disposaient à signer un mandat d'arrêt pour m'envoyer à la prison de Lancaster; mais, se ravisant, ils se contentèrent de me donner l'ordre de me présenter à la Session, et me renvoyèrent pour cette fois. Je retournai alors avec Margaret Fell à Swarthmoor.
Le jour de la session, je me présentai devant le tribunal à Lancaster. Il y avait le juge Fleming, le juge Spencer, le Colonel West et le vieux juge Rawlinson, chargé de soutenir l'accusation' ; il avait une telle haine contre la Vérité et les Amis, que je crus, un instant qu'il allait en étouffer, mais la puissance du Seigneur l'arrêta. Le public était nombreux ; je m'avançai et me tint devant le Tribunal, mon chapeau sur la tête et les regardant fixement. Quand le silence fut bien établi, je dis par deux fois : « La Paix soit avec vous. » Mais mon chapeau les offusquait, la discussion s'engagea, je refusai de l'enlever. « Comment alors, dit le Président, entendez-vous marquer votre respect au Tribunal ? » «En me présentant quand il m'appelle », répondis-je. Il ordonna au geôlier de m'enlever mon chapeau ... Puis il y eut un long silence, et je sentis que la puissance du Seigneur agissait.
Et puis l'histoire du complot recommença !... Le vieux Rawlinson, qui présidait, me demanda si j'en avais eu connaissance. Je fis les mêmes réponses et donnai les mêmes explications qu'à la précédente session, détaillant de nouveau tout ce que j'avais écrit contre les conspirateurs.
J'affirmai de nouveau nos sentiments de fraternité humaine, selon la loi du Seigneur et notre attachement pour le Roi. Ils voulurent alors me faire prêter le serment d'Obéissance et de Fidélité ; je m'y refusai, par les raisons déjà données : Christ et ses Apôtres l'ont défendu. Ils s'y prirent de toutes les façons pour m'obliger à jurer, me tendirent des pièges, dans lesquels, par la grâce du Seigneur, je ne tombai pas, l'esprit de Dieu m'inspirant les raisonnements victorieux prouvant leur erreur !... Enfin, après que la discussion se fut prolongée longtemps, ils me condamnèrent à la prison. Je voulais qu'il fût donné lecture publique du papier que j'avais écrit contre les complots et que j'avais sur moi, mais ils refusèrent ... Ainsi, ayant été condamné pour refuser de jurer, je leur dis à eux et à tous ceux qui étaient présents de constater que je souffrais pour la doctrine du Christ et pour mon obéissance à Ses commandements. J'appris ensuite que le Colonel Kirby, qui avait affirmé aux Juges qu'il n'avait rien contre moi, les avait secrètement engagés à me condamner.
Plusieurs autres Amis furent condamnés à la prison, les uns pour s'être réunis pour adorer Dieu, certains pour avoir refusé de jurer; de sorte que la prison était pleine. Comme un grand nombre d'entre eux étaient de pauvres gens qui n'avaient que leur travail pour faire vivre leurs familles, plusieurs femmes allèrent trouver les juges et leur dirent que si l'on retenait leurs maris en prison parce qu'ils voulaient être fidèles à la vérité de Christ et à leur conscience, elles amèneraient leurs enfants aux juges pour qu'ils se chargent de les entretenir. La puissance du Seigneur ·s'emparait des Amis et leur donnait une grande hardiesse. D'autres Amis qui étaient prisonniers écrivirent aux juges, leur faisant porter le poids de leurs souffrances, et leur montrant à la fois leur injustice et leur manque de compassion envers leurs pauvres citoyens qu'ils connaissaient pour des gens honnêtes, consciencieux et paisibles qui, par délicatesse de conscience, ne pouvaient pas prêter serment. Plusieurs de ceux qui avaient été emprisonnés pour ce motif étaient connus pour avoir servi le Roi pendant les guerres, ils avaient exposé leurs vies sur le champ de bataille pour sa cause, et avaient versé leur sang pour lui, ils lui étaient resté fidèles du commencement à la fin, et n'avaient jamais reçu aucun salaire. Se voir ainsi récompensés pour leurs loyaux services et pour leurs souffrances, et cela de la part de ceux qui prétendaient être les amis du Roi, leur paraissait être de la dureté, de la méchanceté et de l'ingratitude. A la fin, les juges se voyant sans cesse assiégés par des plaintes de ce genre, relâchèrent quelques-uns des Amis mais ils en gardèrent d'autres en prison.
Il y eût quatre Amis qui allèrent en prison pour n'avoir pas payé les dîmes, (envoyés en prison par un proces de la comtesse de Derby), qui avait été là pendant presque deux ans et demi. L'un d'entre eux était Oliver Atherton, qui avait la santé fragile dûe à un dur et long emprisonnement dans en lieu froid, humide et malsain. Sa santé physique se détériora au point, qu'il ne semblait plus avoir aucune espérance de vivre à moins qu'il fût libéré. Par conséquent, une lettre écrite en son nom fût envoyé à la comtesse, elle fût envoyé par son fils Godfrey Atherton, il y écrivit les raisons pourquoi lui et les autres ne pouvaient pas payer les dîmes: ‘parce que s'ils l'avaient fait ils auraient reniés Christ venu en chair, qui par sa venu mît fin aux dîmes, et au sacerdoce auquel ils avaient été donné, et au commandement par lequel ils avaient été payés en vertu de la Loi. Il lui parla aussi de sa faible condition, et de l'apparente probabilité de sa mort, si elle continuait de le maintenir là; Espérant qu'elle puisse être mû par la pitié et la compassion. Il l'avertie également de ne pas attirer la culpabilité du sang innocent sur elle-même.' Mais quand son fils alla chez elle avec la lettre de son père, l'un des serviteurs le maltraita, le pluma de son chapeau et le lança au loin, et le mit à la porte. Néanmoins, la lettre lui fût livrée en main propre, mais elle se ferma à toute pitié et toute tendresse, et elle le garda en prison jusqu'à sa mort. Quand le fils retourna voir son père en prison, et qu'il lui raconta tandis que son père était étendu sur son lit de mort, que la comtesse avait refusée sa liberté, il dit seulement, ‘Elle a été la cause de beaucoups de sangs versés, mais celui-ci sera le sang le plus lourd qu'elle aura jamais versé,' et peu de temps après sa mort. Les Amis ayant amenés son corps afin qu'il soit enseveli, comme is le portèrent de la prison vers Ormskirk, la paroisse où il avait vécu. Ils collèrent, sur les traverses des marchés, (un endroit pour les annonces publiques), de Garstang, Preston, et des autres villes là où ils s'adonnèrent à passer, des feuillets portant cette inscription:
'Voici Oliver Atherton, de la paroisse deOrmskirk, qui fût persécuté à mort par la comtesse de Derby pour l'intérêt de sa bonne conscience envers Dieu et Christ, parce qu'il ne pouvait lui remettre de dîmes.
Ces feuillets expliquait les raisons pourquoi il ne pouvait payer de dîmes, la durée de son emprisonnement, les difficultés qu'il dût subir, de l'insensibilité de la comtesse envers lui, et de la manière dont il mourut.
Après sa mort , Richard Cubban, un autre de ses prisonniers pour des dîmes, lui écrivît une longue lettre, en son nom et au nom de ses Amis prisonniers, exposant leurs innocence devant elle. ‘Que ce n'était pas par obstination , par entêtement, ou par convoitise,qu'ils refusèrent de payer leurs dîmes, mais purement par bonne conscience envers Dieu et Christ; lui laissant savoir,que même si elle persistait à les garder là jusqu'à ce que chacun d'eux meurent, comme elle fît à leur camarade souffrant, Oliver Atherton, ils ne pourraient pas la payer quand même. Et lui demandant donc de reconsidérer leurs cas avec un esprit chrétien, et aussi de ne pas amener leur sang sur elle-même.' Malgré tout elle ne leurs montra aucune pitié ni de compassion, eux qui depuis deux ans et demi avaient souffert un lourd emprisonnement à cause d'elle. au lieu de cela, elle envoya à la ville de Gtarstang, et menaca de porter plainte au Roi et au conseil, et de leurs causer des ennuis , pour avoir permit que ce papier concernant la mort d'Oliver Atherton soit collé sur la traverse du marché. La colère qu'elle exprima firent que les gens la craignirent d'autant plus, et quelques uns d'entre eux dirent, 'les Quakers lui avaient présenté un os pour qu'elle le prenne.' Mais elle, qui n'avait aucune considération pour une vie innocente souffrant pour Christ, ne vécue pas longtemps elle-même après. Trois semaines après que le corps de Oliver Atherton fût transporté à Ormskirk pour être enseveli, elle mourut; et son corps fût emmené dans la même ville pour y être enseveli. Ainsi le Seigneur poursuivit l'insensible persécutrice.
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Je fus retenu jusqu'aux Assises; comme c'était le tour du juge Turner et du juge Twisden, je fus amené devant le juge Twisden le 14e du Premier mois, appelé mars, vers la fin de l'année 1663 (D’après l’ancienne façon de compter, l'année 1664 commença le 25 mars.). Quand je fus devant le tribunal, je dis : « La paix soit avec vous tous. » Le juge me regarda et dit : « Comment ! Vous vous présentez devant la Cour avec votre chapeau sur la tête ? » Sur quoi le geôlier me l'enleva mais je protestai, disant: « L'honneur qui vient de Dieu n'est pas dans un chapeau. » Alors le juge me demanda: « Voulez-vous prêter le serment d'Obéissance, George Fox? » Je répondis: « Je n'ai jamais prêté serment dans ma vie, ni pris d'engagement d'aucune espèce.» « Je suis un chrétien, et Christ me commande de ne pas jurer, l'apôtre Jacques aussi, juge toi-même d je dois obéir à Dieu ou aux hommes. » « Je vous demande encore, dit-il, si vous voulez jurer ou non. » Je lui dis qu'il avait assez d'expérience pour savoir combien d'hommes qui avaient juré obéissance au Roi s'étaient ensuite parjurés. Quant à moi, je n'avais jamais prêté serment dans ma vie; mon obéissance ne consistait pas à jurer, mais à me montrer loyal et fidèle; car j'honorais tous les hommes, à commencer par le Roi. Alors je demandai au juge s'il reconnaissait le Roi. « Oui, dit-il, je reconnais le Roi. » « Comment se fait-il, alors, demandai-je, que tu ne tiennes pas compte de sa déclaration faite à Breda, et des promesses qu'il a faites à son arrivée en Angleterre, et selon lesquelles aucun homme ne serait inquiété pour motif de religion, aussi longtemps qu'il vivrait paisiblement? Puisque tu te réclames du Roi, pourquoi me fais-tu comparaître, et veux tu me faire prêter serment, ce qui est une affaire de religion, alors que ni toi ni personne d'autre ne peut m'accuser de troubler l'ordre public ? »
", Là-dessus, il perdit son sang-froid, et me dit avec colère: « Voulez-vous jurer, drôle? » « Je ne suis pas un drôle, dis-je, mais un chrétien. » Quant à lui, vieillard et juge, se tenir là pour injurier ses prisonniers, cela ne convenait ni à ses cheveux gris ni à ses fonctions. « Moi aussi, je suis chrétien, dit-il. - Alors conduis-toi en chrétien », répondis-je. « Drôle ! Répéta-t-il, tu veux me faire peur avec tes paroles? - Je t'ai parlé avec amour, lui dis-je, parce que ce langage ne te convenait pas, à toi qui es juge. Tu devrais instruire ton prisonnier de ce qui concerne la loi, s'il est ignorant et s'il s'égare. » « Moi aussi, je te parle avec amour », dit-il. « Mais, rétorquai-je, l'amour n'injurie pas. » Alors il se ressaisit et me dit : « Je ne veux pas avoir peur de toi, George Fox; tu parles si fort que ta voix étouffe la mienne et celle de la Cour; il faut que j'appelle trois ou quatre crieurs pour couvrir ta voix; tu as de bons poumons. » « Je suis prisonnier ici, dis-je, pour l'amour de Jésus-Christ; et si ma voix était c:inq fois plus forte, je l'élèverais encore et la ferais résonner pour l'amour de Christ, lui, pour lequel je me tiens aujourd'hui devant votre tribunal, lui à qui j'obéis lorsqu'il me commande de ne pas jurer, et devant le tribunal de qui vous comparaîtrez un jour et à qui vous devrez rendre compte.» « Enfin, dit le juge, George Fox, veux-tu prêter serment, oui ou non? » Je répondis: « Je ne puis que répéter ce que j'ai déjà dit : juge toi-même si je dois obéir à Dieu ou aux hommes. »
« Alors, rétorqua le juge, emmenez-le, geôlier. » « Que le Seigneur vous pardonne à tous ! » dis-je.
Et je sentis que la force puissante du Seigneur était sur eux tous. Je restai en prison jusqu'aux assises suivantes. Quelque temps avant celles-ci, Margaret Fell fut envoyée à la prison de Lancaster par Fleming, Kirby et Preston, juges qui voulaient lui faire prêter serment et elle fut condamnée à la prison jusqu'aux prochaines sessions.
Le juge Fleming était un des juges les plus violents et les plus enragés pour persécuter les Amis, et pour envoyer ses honnêtes voisins en prison pour motif de religion; beaucoup d'Amis qui se trouvaient alors à la prison de Lancaster avaient été condamnés par lui; quelques-uns étant morts en prison, nous qui étions alors prisonniers nous nous sentîmes poussés à lui écrire ce qui suit.
Oh Juge Fleming!-
La miséricorde, la compassion, l'amour, et la bonté ornent et honorent les hommes et les magistrats. Oh! n'entendez-vous pas les pleurs des veuves, et les cris des orphelins, qui furent causés par la persécution! Ne furent-ils pas conduit comme des brebis, de constable à constable, comme s'ils avaient été les plus grands transgresseurs ou criminels de la terre? Ce qui afflige le coeur de beaucoups de gens sobres, de voir comment leur voisins et leurs compatriotes innocents, qui avaient le tempérament paisible, et qui étaient honnêtes dans leurs vies et leurs conversations parmis les hommes, furent traités and menés! Un de plus est mort, un de ceux que vous avez envoyés à la prison, ayant laissé derrière lui cinq enfants sans Père ni mère. Comment osez-vous faire autrements que prendre soins de ces enfants orphelins, de ces épouses et familles des autres? N'est-ce pas la votre place? Considerez Job Ch. 29 comment il était un père pour le pauvre, il délivra le pauvre qui criais, et l'orphelin qui était sans aide. Il brisa la machoire du méchant, et arracha la proie de ses dents. Mais oh! Mesurez votre vie et la sienne, et prenez garde au jour du jugement du Dieu Éternel, qui viendra, et la sentence et la décision du Christ, quand tous les hommes devront rendre leurs compte et recevoir la récompense selon leurs oeuvres. Alors il sera dit, "Oh! Où sont les mois qui sont passés?" Encore une fois Juge Fleming, considérez, lorsque John Stubbs fût amené devant vous. Il avait une femme et quatre petits enfants, et ils avaient peu pour vivre mais c'était honnêtement gagné et de leurs propres diligence. Aussitôt qu'il parut, vous avez criés, "Faites prêter serment à cet homme ." Et quand il confessa qu'il n'était rien qu'un pauvre homme, vous n'avez prêtés aucune attention, mais vous avez rejeté toute pitié , n'écoutant pas ce qu'il voulait vous dire.
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N'entendez-vous pas de vos oreilles le cris des orphelins, le cris des veuves et du sang des innocents qui parlent, qui par vous furent persécutés à la prison, et qui maintenant sont morts? Oh! Une lourde sentence au Jour du Jugement! Comment répondrez-vous, lorsque vous et vos oeuvres viendrez pour y être juger, quand vous serez amenés devant le Trône du Jugement du Tout-Puissant, que pendant votre prospérité avez rendu des femmes veuves et des enfants orphelins pour la cause de la justice, et la sensibilité de votre conscience envers Dieu? Le Seigneur sait et Il voit cela! Oh homme! Considérez comment, durant votre vie, vous vous êtes souillés avec le sang des innocents!
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À part celle-ci, qui fût envoyé au nom de plusieurs, Je lui envoyai aussi une ligne ou deux, écrites par moi seulement, et dirigé :
À Daniel Fleming.
AMI,-Vous avez emprisonnés des serviteurs du Seigneur, qui n'ont brisés aucune Loi, par conséquent prenez garde à ce que vous faites par crainte que la main du Seigneur se retourne contre vous. Car dans la Lumière du Seigneur notre Dieu, Il vous voit
George Fox
Ce ne fût pas très longtemps après cela, que la femme de Fleming mourut, et lui laissa treize ou quatorze enfants sans mère.
Lorsque j'étais en prison à Lancaster, il y avait aussi un prisonnier dénommé major Wiggan, il était prédicateur Baptiste. Il s'était beaucoup vanté de ce qu'il allait dire aux assises, si le serment était placer devant lui; qu'il refuserait de jurer. Mais quand vînt le temps des assises, et que le serment lui fût présenté, il demanda du temps afin d'y réfléchir; et cela lui fût accordé jusqu'aux prochaines assises, il obtint un congé pour aller à Londre avant le retour des assises, et y demeura jusqu'à ce que la peste s'abat sur Londre, et lui et sa femme en moururent. C'était un homme très mauvais, et les jugements de Dieu vinrent sur lui ; car il avait publié un livre très mauvais contre les Amis, remplis de mensonges et de blasphèmes. Voici ce qui en fût l'essence; Pendant que j'était au château de Lancaster, il avait défié les Amis dans une dispute, à ce moment j'obtint la permission du geôlier de me joindre à eux. En entâmant le discours avec lui, il affirma que, quelques hommes n'ont jamais reçu l'Esprit de Dieu, et que la vraie lumière, qui éclaire chaque personnes qui vient au monde est naturelle. Comme preuve à sa première affirmation, il cita Balaam, affirmant, que Balaam n'avait pas l'Esprit de Dieu, je déclarai et lui prouvai que Balaam avait l'Esprit de Dieu, que cet homme mauvais avait l'Esprit de Dieu, autrement comment auraient-ils pu l'éteindre, le vexer, l'attrister, et résister au Saint-Esprit, comme ces Juifs aux cou raides? À sa seconde affirmation, je répondis que, la “vraie Lumière ”, celle qui éclaire chaque homme qui viens au monde, c'est la “Vie” venu dans le monde, et qu'elle est divine et éternelle, et non pas naturelle. Il pourrait aussi bien dire que la parole est naturelle, quant à dire que la Vie dans la parole est naturelle. L'homme méchant fût éclairé par cette Lumière, autrement comment aurait-il pu la détester? Il est expressément dit qu'ils l'ont détesté; et la raison en est que leurs actions sont mauvaises; et ils n'iraient pas vers elle parce qu'elle les réprimande; et qu'elle doit être en eux afin de les réprimander. En outre, cette Lumière n'est pas les Écritures du Nouveau Testament; car elle fût témoin bien avant que le Nouveau Testament ait été écrit ; ainsi ce doit être la Lumière divine, cette même Lumière qui est en Christ, la Parole est bien avant que les écritures ne fussent. Et la grâce de Dieu, qui apporte le salut, est apparut pour tout homme, et a enseigné les saints; mais ceux qui se sont détourné d'elle pour aller se vautrer dans le libertinage, et qui ont marché contrairement contre l'esprit de grâce, étaient mauvais. Encore une fois, l'esprit de vérité, le Saint-Esprit, le Consolateur, qui conduit les disciples de Christ dans toute vérité, celui là même devrait réprimander ce monde du péché contre la droiture, du jugement, et de leur incrédulité. Donc le monde méchant l'ont eu mais Il les a réprouvé. Et les vrais disciples, ce sont ceux qui écoute Christ, ceux qui croient en la lumière comme étant les commandements que Christ leur donne afin de les guider. Mais le monde qui ne croient pas en la Lumière, bien qu'ils en furent éclairés, mais qu'ils l'ont méprisé au lieu de croire en elle, et ils ont aimé les ténèbres plutôt qu'elle, ce monde a une justice et un jugement, avec lesquels le Saint-Esprit les a réprimandés pour leur incrédulité. Après avoir prouvé que le bon comme le méchant avaient été éclairés, que la grâce de Dieu était venu sur tous, et que tous avait goûté l'Esprit de Dieu, afin que personne ne soit vexés ou attristé, J'ai dit au major Wiggan, le plus petit bébé pourrait le percevoir; et tout de suite Richard Cubham se leva et lui montra par les écritures qu'il était un antichrist et un séducteur. Puis le geôlier me ramena à ma cellule. Par après Wiggan a écrit un livre au sujet de sa dispute, et y ajouta d'abominables mensonges en abondance; mais son livre fût vite réfuté en impression, quant à lui, il fût retranché peu après, comme ce fût mentionné avant.
Le sixième mois, 1664, les Assises se réunirent de nouveau à. Lancaster. Après avoir examiné plusieurs accusés, ils me firent comparaître et le président me demanda si je n'avais pas refusé de prêter serment aux dernières Assises. « Si, lui dis-je, les juges, les prêtres, les docteurs, peuvent me prouver que, après que le Christ et les Apôtres ont défendu aux chrétiens de jurer, ils leur ont ensuite ordonné de le faire, je prêterai serment.» « Je ne suis pas là, dit le Président, pour discuter s'il est ou non légitime de jurer, mais pour savoir si vous avez prêté serment ... » « Je ne puis, dis-je que répéter ce que j'ai déjà dit. » Il s'impatienta: « Ce n'est pas une réponse! Avez-vous refusé ou voulez-vous que je fasse jurer à ces hommes présents que vous avez prêté serment ? ... » « Il serait, dis-je, plus à propos de faire jurer à ces hommes que j'ai refusé de prêter serment. » Sur quoi hi Cour éclata de rire. Je fus affligé de constater une telle légèreté dans une Cour, où tant de choses solennelles sont traitées, et je leur demandai si cette Cour était un théâtre.
Alors le greffier lut l'acte d'accusation, et je dis au président que j'avais à parler, parce que cet acte était plein d'erreurs. Il me dit qu'il entendrait ensuite les raisons que je pourrais avoir à alléguer pour l'empêcher de rendre son jugement. Je m'adressai alors aux jurés et je leur dis qu'ils ne pouvaient pas me déclarer coupable d'après cet acte d'accusation, parce qu'il était mal rédigé et plein d'erreurs grossières. Le président me dit que je n'avais pas le droit de m'adresser au jury, mais que lui leur parlerait, parce que j'avais refusé de prêter serment aux dernières Assises; et il ajouta: « Je puis déférer le serment à n'importe qui en ce moment et le mettre en accusation pour ne pas l'avoir prêté; cet homme l'a refusé, vous devez le déclarer coupable! » Je dé, clarai alors au jury que c'était une question de conscience et qu'il aurait à répondre de ses actes devant le trône du Seigneur Dieu; et je l'adjurai de me rendre justice. Le jury rendit une sentence de culpabilité.
Dans l'après-midi je fus appelé de nouveau pour entendre ma sentence. Margaret Fell demanda que la sienne fût remise jusqu'au lendemain matin. Je ne demandai, moi, qu'une chose: qu'on appliquât la loi et la justice à mon égard, sachant que la miséricorde était réservée aux voleurs; je priai seulement le juge d'envoyer quelqu'un visiter ma prison, car elle était si mauvaise qu'ils ne voudraient pas y mettre une créature vivante quelle qu'elle fût; je lui dis que le colonel Kirby, qui siégeait alors au i tribunal, avait dit que je devrais être enfermé, et qu'aucun être humaine devrait avoir la permission de venir me voir. Le juge secoua la tête et dit que, quand la sentence serait prononcée, il me remettrait au bon plaisir' du geôlier. Une grande partie de la noblesse du pays' était assemblée pour entendre le verdict ; le bruit courait que je serais déporté. Mais ils furent tous déçus; car la sentence étant renvoyée jusqu'au lendemain, je regagnai ma prison. D'après les réclamations que j'avais faites à ce sujet, quelques juges, dont le colonel Kirby, vinrent la voir; mais ils osèrent à peine entrer tant le plancher était mauvais et vermoulu et le local exposé à la pluie et au vent. L'un d'entre eux remarqua: « C'est vraiment une sentine. » Quand le colonel Kirby le vit et qu'il entendit ce que les autres en disaient, il s'excusa de son mieux, disant que je serais transféré sous peu dans un local plus convenable.
Le jour suivant, vers la onzième heure, je fus convoqué de nouveau pour entendre le verdict; Margaret Fell, qui fut appelée la première à la barre, avait un avocat pour l'assister ; il trouva beaucoup d'erreurs dans son acte d'accusation; le juge, les ayant reconnues, il fallut surseoir. Le juge demanda alors ce qu'on avait à observer au sujet de mon acte d'accusation. Je n'étais pas disposé à laisser qui que ce fût plaider pour moi; d'ailleurs Margaret Fell, quoiqu'elle eût quelqu'un pour plaider pour elle, prit elle-même la parole tant qu'elle le voulut. Mais, avant d'arriver à la barre, je me sentis poussé intérieurement à prier Dieu de confondre leur méchanceté et leur envie, de manifester Sa vérité devant tous, et d'exalter Son Peuple. La Voix se fit entendre dans un tonnerre:« je t'ai glorifié et te glorifierai encore.» Et je fus tellement inondé de gloire qu'il me semblait que ma tête et mes oreilles en étaient remplies; quand, après cela, j'entendis les trompettes et je vis les juges, ils me semblèrent irréels. Et le Seigneur entendit et répondit, et Il confondit ceux qui intriguaient contre moi; et il fut prouvé que les erreurs les plus grossières se trouvaient dans mon acte d'accusation.
Je lui dis que j'avais encore beaucoup d'autres choses à dire pour empêcher le verdict et je parlai.
Je demandai : « Suis-je libéré et exempté de toutes les poursuites qui m'ont été intentées à ce sujet ? » « Oui, dit le juge, vous êtes libéré de toute poursuite. Mais, ajouta-t-il, en colère, je puis déférer au serment n'importe qui ici, et c'est ce que je vais faire pour vous. » Je lui fis remarquer qu'il avait vu la veille un nombre suffisant de serments et de parjures, soit parmi les juges soit dans le jury, car j'avais pu constater de mes yeux que les uns et les autres s'étaient parjurés. Il s'obstina à me demander de prêter serment. Je lui enjoignis de me faire justice, après que j'avais été emprisonné injustement tout ce temps; en effet, quel motif y avait-il à cette longue captivité ? Je lui déclarai que je devrais être mis en liberté. « Vous êtes en liberté, dit-il, mais je vais vous déférer au serment. » Alors je regardai autour de moi et dis : « Vous tous qui êtes ici, vous êtes témoins que c'est un piège qu'on me tend, que je devrais être libéré du geôlier et de cette Cour. » Mais le Président s'écria: « Donnez-lui le livre ». Le sheriff et les juges répétèrent: « Donnez-lui le livre.» Alors la puissance des ténèbres s'éleva en eux comme une montagne ; et un greffier me montra un livre. Je restai immobile et je dis: « Si c'est une Bible, mettez-la dans ma main. » « Oui, oui, dirent le président et les juges, mettez-la dans sa main.» Je pris donc le livre, je l'ouvris et je dis : « Je vois bien que c'est une Bible; j'en suis content. »
Il fit appeler le Jury à qui il avait donné l'ordre de se tenir à sa disposition et je devinai alors qu'il comptait, si j'étais libéré, revenir à la charge ; mais le témoin de Dieu tressaillit en lui quand nos yeux se rencontrèrent ... Il vit que je l'avais pénétré ... Mais il se raidit, donna l'ordre de me lire la formule, et demanda si enfin je voulais, oui ou non, prêter serment. Alors je dis: « Vous m'avez tendu ce livre pour que je le baise et pour que je jure sur lui; ce livre dit : « Baisez le Fils; » et le Fils dit dans ce livre : « Ne jurez pas du tout ». C'est aussi ce que dit l'apôtre Jacques. Je ne fais que répéter ce que dit ce livre. Comment ce livre qui me dit de ne pas jurer est-il en liberté, au milieu de vous, vous qui m'emprisonnez parce que j'obéis à ce livre? » Comme je disais ces mots, et que je tenais la Bible ouverte dans ma main pour leur montrer le passage où Christ interdit de jurer, ils arrachèrent le livre de mes mains; et le président s'écria: « C'est George Fox que nous allons emprisonner. » Cependant le bruit se répandit dans tout le pays qu'on avait voulu me faire jurer sur un livre qui commandait de ne pas jurer du tout; et que la Bible était en liberté, et moi en prison pour avoir obéi à l'ordre de la Bible.
Quand le Président me pressa encore de jurer, je lui répétai tout ce que j'avais longuement dit dans mes précédentes défenses, que mon: OUI ou mon NON me liait plus que ne faisait le serment des autres, puisqu'ils avaient vu ce jour même les juges et la Cour se parjurer. Alors le sheriff et le président me dirent tous deux : « L'ange de l'Apocalypse a juré. » Je répondis: « Quand Dieu a envoyé Son Fils premier-né dans le monde, Il a dit : « Que tous les anges de Dieu L'adorent; » et ce Fils a dit: « Ne jurez pas du tout ! » « Assez, dit le président, je ne veux pas discuter ! »
Ils me regardaient tous et il y eut un grand silence, puis le geôlier m'emmena.
Dans l’après-midi, le jury 'ayant décidé de me poursuivre pour avoir refusé de prêter serment, je fus ramené à la barre; et le président me demanda ce que j'avais à dire. Je les priai de me lire l'acte d'accusation, car je ne voulais pas répondre sans savoir de quoi il s'agissait. Le greffier en donna lecture, mais il lisait de telle façon que je pouvais à peine le comprendre. Quand il eut fini, le président me demanda ce que j'avais à répondre. Je répondis que, le document étant très considérable, et la lecture ayant été faite très loin de moi, je n'avais pas pu entendre tout, mais que si l'on pouvait me remettre une copie de l'acte, et me laisser le temps de la réflexion, j'y répondrais. Ils furent interdits. Au bout de quelques instants, le président me demanda combien de temps je demandais. Je répondis: « Jusqu'aux Assises prochaines. » « Mais, me demanda-t-il, plaiderez-vous coupable ou non coupable ? » Je répartis: « Je ne suis pas du tout coupable d'un refus volontaire et obstiné de prêter serment; mais selon la loi du Christ notre parole doit suffire Si nous ne sommes pas fidèles à notre oui et à notre non, qu'on nous condamne aux mêmes peines que celles qui sont - ou qui devraient être - infligées aux parjures. » J'ajoutai que nous avions adressé cette demande au Roi, et qu'elle avait été reconnue raisonnable.
Je fus alors renvoyé en prison jusqu'aux prochaines Assises; le Colonel Kirby donna ordre au, geôlier de me garder au secret, et de ne permettre à aucun être vivant de m'approcher, « car, disait-il, je ne méritais pas qu'on m'adressât la parole. »Je fus alors placé dans une tour où la fumée des autres chambres arrivait en flots si épais qu'elle se posait comme de la vapeur sur les murs; elle était parfois si épaisse que je pouvais à peine voir la flamme de la chandelle. Comme j'étais enfermé aux triples verrous, le sous geôlier consentait à peine, quand la fumée était épaisse, à venir ouvrir une des portes supérieures, tant il avait peur de cette fumée; j'étais parfois presque étouffé. En outre, il pleuvait sur mon lit ; bien des fois, quand je me levais pour essayer d'empêcher la pluie d'entrer, pendant la froide saison d'hiver, ma chemise était humide comme une éponge tant la pluie l'avait transpercée. Comme le local était situé tout en haut de la maison et exposé à tous les vents, il arrivait souvent que, le vent soufflant avec violence, ouvrît la fenêtre 'que j'avais essayé de fixer solidement. C'est ainsi que je passai tout ce long hiver froid, jusqu'aux prochaines Assises; à ce moment-là, j'étais tellement affamé, j'avais tant souffert du froid et de la pluie que mon corps était tout enflé et mes membres ankylosés.
Les Assises s'ouvrirent le 16e jour du mois appelé mars, 1664-5· Les juges Twisden et Turner siégeaient de nouveau; mais c'était le juge Twisden qui était au banc de la Couronne, et devant qui je comparaissais. Je m'étais, cette fois encore, enquis des erreurs contenues dans l'acte d'accusation. Car, bien qu'aux précédentes Assises, le juge Turner eût dit aux officiers de la Cour de veiller à ce que l'acte fût légalement rédigé, il y avait cependant beaucoup d'erreurs, et des erreurs importantes, dans cet acte d'accusation comme dans l'autre. Sûrement, la main du Seigneur avait été à l'œuvre pour confondre les mauvais desseins qu'ils avaient conçus à mon égard, et pour les frapper d'aveuglement'; de sorte que, bien que le juge eût lu et examiné lui-même, en collaboration avec les clercs, les mêmes grossières erreurs y subsistaient encore; cependant ils allaient de l'avant avec confiance, croyant que tout était correct.
Quand je parus à la barre et qu'on eut appelé le jury pour l'assermenter, le greffier me demanda d'abord si j'avais une objection à présenter au sujet d'un membre quelconque du jury. Je répondis que je n'en connaissais aucun. Après avoir assermenté les jurés, ils voulurent faire jurer à trois officiers de la Cour que le serment m'avait été déféré aux dernières Assises, conformément à l'acte d'accusation. « Allons, allons », dit le président, « cela ne s'est pas passé dans un coin. » Puis il me demanda ce que j'avais à dire, et si j'avais prêté serment aux dernières Assises. Je répétai ce que j'avais déjà dit, c'est-à-dire que le livre sur lequel on avait volume faire jurer disait: « Ne jurez pas du tout »; je leur dis bien des choses que j'avais déjà dites auparavant, à mesure qu'elles revenaient à ma mémoire. Sur quoi le président dit: « Je ne veux discuter avec vous que sur des points de légalité. » «Dans ce cas, dis-je, j'ai quelque chose à dire au jury concernant l'acte d'accusation. » Il me dit que je n'étais pas autorisé à parler au jury, mais 'que si j'avais quelque chose à dire je devais m'adresser à lui. Je lui demandai alors si le serment devait être prêté par les seuls "jets du Roi ou s'il pouvait l'être par les sujets de princes ~angers. Il répondit : «Par les sujets de ce royaume. » Et il ajouta: « Je ne discuterai avec vous que les points relatifs à la légalité. » « Alors, dis-je, regarde l'acte d'accusation, et tu verras que le mot sujet a été omis comme dans le précédent. C'est pourquoi', du moment que le serment ne peut être demandé qu'à des sujets de ce royaume et que je ne suis pas désigné comme étant un sujet du Roi, la Cour ne doit pas tenir compte de cet acte d'accusation.» J'avais à peine achevé de parler que le juge s'écria: « Emmenez-le, geôlier, emmenez-le.» Je fus donc emmené en hâte. Le geôlier et le public se demandaient quand on me ferait rentrer; mais je ne fus plus appelé devant la Cour, quoique j'eusse encore beaucoup de graves erreurs à signaler dans l'acte d'accusation.
Quand je fus parti, le président demanda aux jurés s'ils étaient d'accord. Ils répondirent: « Oui », et se prononcèrent pour le Roi contre moi, comme on me le répéta. Mais je ne fus pas appelé pour entendre ma sentence et il n'yen eut aucune prononcée contre moi, pour autant que j'en fus informé. J'appris que, après avoir regardé l'acte de plus près, ils se rendirent compte qu'il ne valait rien. De plus, il paraît que, après m'avoir fait partir en si grande hâte, ils m'inscrivirent dans leur registre comme ayant été condamné; c'était tout à fait illégal. Car, non seulement j'aurais dû être présent pour entendre la sentence prononcée contre moi, mais encore ils auraient dû me demander ce que j'avais à objecter à cette sentence. Ils savaient que j'avais tant à dire que, si l'on m'avait laissé parler, ils n'auraient pas pu rendre leur arrêt.
PRESSENTIMENTS
"Lorsque j'étais prisonnier au château de Lancaster, il y avait beaucoups de bruit et de conversations Turcs envahissant la Chrétienté , puis une grande crainte s'empara de plusieurs. Mais un jour, tandis que j'allais et venais dans la cellule de ma prison, Je vis la Puissance du Seigneur se tourner contre les Turcs , et qu'ils battaient en retraite . Je déclarai à quelques uns ce que le Seigneur m'avait laissé voir, alors que la crainte de l'envahisseur se répandait de toutes parts; et moins d'un mois après cette nouvelle vînt, où il fût rapporté, "qu'ils l'avaient défait."
Une autre fois, comme j'arpentais ma chambre, mes yeux fixés sur le Seigneur, je vis l'ange du Seigneur avec une épée étincelante dirigée vers le sud, et il me semblait que la Cour était en flammes. A quelque temps de là, éclata la guerre avec la Hollande, puis ce fut l'épidémie, et enfin l'incendie de Londres; c'était bien là l'épée du Seigneur.
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J'étais physiquement très affaibli par cette longue période de captivité dans une prison malsaine ; mais la puissance du Seigneur fut sur moi, elle me soutint à travers tout cela, elle me rendit capable de travailler pour Lui, pour Sa vérité et pour le peuple, autant que les circonstances le permettaient. En effet, je pus répondre par écrit à plusieurs ouvrages pendant mon emprisonnement à Lancaster.
IL QUITTE LA PRISON DE LANCASTER
Après les Assises, ma présence à Lancaster causa un véritable malaise au colonel Kirby et à quelques autres juges; car je les .avais piqués au vif pendant les séances du procès, et ils firent de grands efforts pour me faire envoyer dans quelque coin reculé. Environ six semaines après les Assises, ils obtinrent du Roi et du Conseil un mandat ordonnant de me faire sortir de Lancas1:er; ils produisirent en outre une lettre du Comte d'Anglesea disant que, si j'étais coupable des choses dont on m'accusait, je ne méritais ni indulgence ni pardon : pourtant leur principal 'grief contre moi était que je ne pouvais pas désobéir au commandement de Christ en jurant.
Quand les préparatifs de mon départ furent achevés, le sous Sheriff et l'ordonnance du sheriff en chef, vinrent, accompagnés de quelques huissiers, me chercher dans la prison du Château; j'étais si débilité par mon séjour que je ne pouvais ni marcher ni me tenir debout. Ils m'emmenèrent dans la maison du geôlier où : se trouvaient William Kirby, un juge et plusieurs autres personnes, 'et ils demandèrent qu'on m'apportât du vin. Je leur dis que je ne nous voulais pas de leur vin. Ils crièrent alors : « Amenez les chevaux. » Je les priai de me montrer un exemplaire de leur mandat ~s'ils avaient l'intention de m'emmener; mais ils refusèrent de me faire voir autre chose que leurs épées. Je leur dis qu’aucune sentence n'avait été prononcée contre moi, que, pour autant que je n’étais informé, je n'étais pas sous mandat d'arrêt; que je n'étais donc pas le prisonnier du Roi, mais celui du sheriff; qu'ils savaient bien - et tout le pays le savait aussi - qu'on ne m'avait pas entendu jusqu'au bout aux dernières Assises, que je n'avais eu la permission de montrer toutes les erreurs qui se trouvaient dans l'acte d'accusation, erreurs qui auraient été suffisantes l'annuler, et qu'on m'avait gardé en prison d'une session à l’autre, en vue de me faire comparaître. Au lieu de me montrer leur mandat, ils me soulevèrent et me firent asseoir sur un des chevaux du sheriff. Quand je fus à cheval dans la rue, la foule se rassemblant pour me voir, je dis .aux officiers qu'ils ne s'étaient montrés vis-à-vis de moi ni chrétiens, ni civils, ni humains. Ils m'emmenèrent précipitamment jusqu'à Bentham, qui était à environ quatorze milles d~ là, quoique je fusse si faible que c'était à peine si je pouvais me tenir sur ma monture; et mes vêtements sentaient si fort la fumée que j'en étais moi-même dégoûté. Le méchant geôlier, un jeune homme nommé Hunter, venait de temps en temps donner un coup de fouet au cheval pour le faire ruer et sauter; en sorte que, faible comme je l'étais, j'avais beaucoup de peine à me tenir d'aplomb; alors il s'approchait et me regardait en disant: « Comment allez-vous, M. Fox ? » Je lui dis que c'était mal d'agir ainsi. Le Seigneur le retrancha peu après.
Quand nous arrivâmes à Bentham, nous rencontrâmes beaucoup d'hommes de troupe et un officier ; une grande partie des notables du pays se trouvaient là et une foule considérable était réunie pour me contempler. Comme j'étais très faible et fatigué, je demandai la permission de m'étendre sur un lit, ce qu'on m'accorda.
Le lendemain, nous allâmes dans une ville de marché où Robert Widders et divers autres Amis vinrent me trouver sur la route. La nuit suivante, je demandai aux soldats où ils avaient l'intention de m'emmener, quelle était ma destination. Quelques-uns dirent : « De l'autre côté de la mer; » d'autres : « Au château de Tynemouth. » Ils étaient en proie à une grande inquiétude, craignant qu'on ne vînt m'arracher à leurs mains; mais ces craintes étaient vaines.
UNE TERRIBLE PRISON
Nous arrivâmes à York la nuit suivante; l'officier me mit dans une grande chambre où un grand nombre de soldats vinrent me voir.
Je fus poussé à leur annoncer la parole de vie, et beaucoup d'entre eux se montrèrent très bien disposés. Le soir, Lord Frecheville, qui commandait ces cavaliers, vint vers moi; il fut fort courtois et aimable. Je lui racontai ma captivité et je lui annonçai beaucoup de choses concernant la Vérité. On me garda à York pendant deux jours. Après quoi l'officier et quatre ou cinq soldats furent chargés de m'escorter au château de Scarborough. Quand nous fûmes arrivés, ils m'amenèrent dans une auberge et avertirent le gouverneur qui envoya six soldats pour me garder cette nuit-là. Le lendemain, ils me conduisirent au Château et me mirent dans une chambre sous la garde d'une sentinelle. Comme j'étais extrêmement faible et sujet à m'évanouir, ils me permirent de sortir quelquefois respirer l'air avec la sentinelle. Bientôt, ils me firent quitter cette chambre et me mirent dans une autre où la pluie entrait; elle était remplie de fumée, ce qui m'était très pénible.
Un jour, le gouverneur, Sir John Crosland, vint me voir, amenant avec lui Sir Francis Cobb. Je priai le gouverneur d'entrer dans ma chambre pour se rendre compte de quelle façon j'étais logé. J'avais fait faire un peu de feu et la fumée était telle qu'une fois entré dans la chambre, il put à peine trouver son chemin jusqu'à la porte; comme il était Papiste, je lui dis qu'on m'avait mis dans son Purgatoire. Je fus obligé de dépenser quelque chose comme cinquante shillings pour empêcher la pluie d'entrer et pour me défendre contre la fumée. Quand j'eus fait cette dépense et que la chambre fut devenue à peu près tolérable, on me transféra dans une chambre plus mauvaise encore où il n'y avait ni cheminée ni foyer. Comme on était au bord de la mer et pas le moins du monde à l'abri, le vent chassait la pluie de telle façon que l'eau venait sur mon lit et coulait dans la chambre, en sorte que je devais la recueillir dans une écuelle. Quand mes vêtements étaient humides, je n'avais pas de feu pour les sécher; aussi mon corps était-il paralysé par le froid et mes doigts enflèrent tant que l'un était devenu aussi gros que deux. Quoique j'eusse fait pas mal de frais, là aussi, je ne réussis pas à me défendre contre le vent et la pluie. En outre, on ne permettait qu'à un petit nombre d'Amis de venir me voir, quelquefois à aucun, pas même pour m'apporter un peu de nourriture; je fus obligé, pendant le premier trimestre, de payer une personne du dehors pour qu'elle m'apportât des vivres. Parfois, les soldats voulaient les lui prendre, et elle se battait avec eux pour les en empêcher.
Plus tard, je payai un soldat pour qu'il aille me chercher du pain et de l'eau, et quelquefois pour qu'il me fasse du feu, quand j'étais dans une chambre où cela était possible. Un pain de trois pennies me durait trois semaines, parfois plus longtemps, ma boisson ordinaire était de l'eau dans laquelle on avait fait bouillir ou macérer de l'absinthe.
Ils me gardaient très strictement. Mais, si les Amis n'étaient 'a pas autorisés à venir, on m'amenait d'autres soit pour m'examiner, soit pour discuter avec moi. Un jour, une nombreuse compagnie de Papistes vint pour s'entretenir avec moi; ils affirmaient que le Pape était infaillible, et qu'il l'avait toujours été depuis le temps de Pierre. Je leur démontrai le contraire, au moye n de l'histoire; en effet, l'un des évêques de Rome (nommé Marcellinus) renia la foi et sacrifia aux idoles; il n'était donc pas infaillible. Je leur dis que s'ils vivaient dans l'esprit infaillible, ils n'auraient pas besoin de prisons, d'épées et de bâtons, de piloris et de tortures, de bûchers et de fagots, de fouets et de galères, pour maintenir leur religion.
Je leur répétai encore ce qui m'avait été dit par un membre de leur société. Il s'agissait une femme qui vivait dans le Kent, et qui, non seulement avait été Papiste elle-même, mais en avait converti plusieurs à cette religion. Ayant été convaincue de la vérité divine et conduite par elle au Christ, son Sauveur, elle exhorta les Papistes à faire de même. L'un d'entre eux, un tailleur qui était occupé à travailler chez elle tandis qu'elle lui démontrait la fausseté de la religion papiste, la menaça de son couteau; mais elle continua à lui parler hardiment en lui ordonnant de rentrer son couteau. Je demandai à la femme ce que, d'après elle, il s'apprêtait à faire avec son couteau. Elle répondit qu'il l'aurait frappée. « Te frapper ! M’exclamai-je, pourquoi t'aurait il frappée? Pour ta religion ? » « Oui, répondit-elle, c'est le principe des Papistes que, si quelqu'un se détourne de leur religion, on a le droit de le tuer. » Je racontai cette histoire à ces Papistes, en leur faisant remarquer que je la tenais d'une personne qui avait été des leurs, mais qui avait abandonné leurs principes et dénoncé leurs pratiques. Ils ne nièrent pas que ce principe ne fût le leur; mais, demandèrent-ils : « Allez-vous répandre cela ? » « Oui, rétorquai-je, cela doit être répandu; afin qu'on sache combien votre religion est contraire au véritable Evangile. » Sur quoi ils s'en allèrent dans une grande colère.
J'eus encore la visite du docteur Witt y, physicien de grand renom, et de Lord Falconbridge; le gouverneur du Château de Tynemouth les accompagnait ainsi que plusieurs chevaliers. Comme on avait fait appel à Witt y, il entreprit de discuter avec moi, et il me demanda pourquoi j'étais en prison. Je lui répondis: « Parce que je n'ai pas voulu désobéir au commandement du Christ en jurant. » Il dit que je devrais prêter serment d'obéissance au Roi. Comme il était grand Presbytérien, je lui demandai s'il n'avait pas prêté serment contre le Roi et la Chambre des Lords, en adhérent au covenant d'Ecosse, et s'il n'avait pas depuis lors prêté serment pour le Roi: à quoi donc lui avait-il servi de jurer ? « Mon serment, continuai-je, ne consiste pas à jurer, mais à: observer la vérité et la fidélité. » Après que la discussion se fut poursuivie quelques instants, je fus renvoyé dans ma prison .J'appris ensuite que le Dr Witt y s'était vanté dans la ville, parmi ses clients, qu'il l'avait emporté sur moi. Quand j'eus connaissance de ces vanteries, je dis au gouverneur que c'était un mince sujet de gloire pour lui de se proclamer vainqueur d'un prisonnier. Je lui demandai d'inviter le Dr Witt y à revenir me voir lors de sa prochaine visite au Château.
Il revint en effet quelque temps après avec seize ou dix-sept grands personnages; il fut encore plus mal inspiré que précédemment. Il affirma devant tous que le Christ n'avait pas éclairé tout homme venant au monde; que la grâce de Dieu, qui apporte le salut, n'était pas apparue à tous les hommes; enfin que le Christ n'était pas mort pour tous les hommes. Je lui demandai quels étaient ces hommes que le Christ n'avait pas éclairés, à qui Sa grâce n'était pas apparue, et pour lesquels Il n'était pas mort. Il me répondit: « Le Christ n'est pas mort pour les adultères, les idolâtres et les impies. » Je lui demandai si les adultères et les impies n'étaient pas des pécheurs. Il répondit affirmativement. « Le Christ n'est-il pas mort pour les pécheurs ? Continuai-je, « N'est-il pas venu pour appeler les pécheurs à la repentance? » « Oui », répondit-il. « Alors, lui dis-je, te voilà en contradiction avec toi-même. »
Une autre fois, le gouverneur m'amena un prêtre, mais il eut vite la bouche fermée. Peu après, il revint avec deux ou trois membres du Parlement qui me demandèrent si je reconnaissais l'autorité des ministres et des prêtres. Je répondis que oui, s'il s'agissait de ceux que le Christ avait envoyés, ceux qui, ayant reçu gratuitement, donnaient gratuitement, ceux qui avaient été qualifiés et qui vivaient dans la même puissance et le même Esprit qui étaient ceux des apôtres. Quant à leurs évêques et à leurs docteurs, qui se contentaient de toucher une large prébende, non je ne reconnaissais pas leur autorité; car ils n'avaient rien de commun avec les apôtres. Le Christ a dit à Ses ministres: « Allez et prêchez l'évangile à toutes les nations » ; mais vous, membres du Parlement, qui avez donné à vos prêtres et à vos évêques des situations si grassement payées, vous les avez ruinés par là même. Vous imaginez-vous qu'ils vont aller prêcher dans toutes les nations ? Qu’ils plus loin qu'il rie faut pour toucher une large prébende ? »
Il vint encore la veuve de celui qu'on appelait le vieux Lord Fairfax, accompagnée d'une nombreuse société, parmi laquelle un prêtre. Je fus poussé à leur annoncer la vérité ; le prêtre me demanda pourquoi nous disions Tu et Toi aux gens; il dit qu'en le faisant, nous nous conduisions comme des imbéciles et des idiots. Je lui demandai si ceux qui avaient traduit les Ecritures, et ceux qui avaient fait la grammaire, étaient des imbéciles et des idiots, étant donné qu'ils avaient traduit les Ecritures et constitué la grammaire de telle façon que Tu s'appliquait à une seule personne et Vous à plusieurs. S'ils étaient des imbéciles et des idiots, pourquoi donc lui, et ceux qui, comme lui, se considéraient comme des hommes sensés, n'avaient-ils pas modifié la grammaire et la Bible, en y introduisant le pluriel à la place du singulier ? Beaucoup de ceux qui étaient là reconnurent la vérité et se laissèrent assez facilement toucher. Quelques-uns auraient voulu me donner de l'argent, mais je ne voulus pas l'accepter.
Puis vint un docteur appelé Craddock qui me posa toutes sortes de questions. « Qu'appelles-tu l'église? Lui demandai-je » « Eh bien, me répondit-il, c'est ce que vous appelez la maison à clocher. » Je lui demandai alors si le Christ avait versé son sang pour la maison à clocher; et si c'était elle qui avait été rachetée et sanctifiée par Son sang. « Puisque l'Eglise est la fiancée et l'épouse du Christ, et qu'Il est le chef de l'Eglise, crois-tu que la maison à clocher soit l'épouse, et la fiancée du Christ? Est-il le chef de cette vieille maison ou de Son peuple ? » « Non, répondit-il, le Christ est le chef de son peuple et c'est lui qui constitue l'Eglise. » A quoi je répondis. « Mais vous avez donné le titre d'église, qui devrait s'appliquer au peuple, à une vieille maison, et vous avez inculqué cette croyance au peuple. »
A PROPOS DES DI MES ET DU MARIAGE
Je lui demandai encore de quel droit il persécutait les Amis parce qu'ils ne payaient pas leurs dîmes. Dieu avait-il jamais commandé aux Gentils de payer des dîmes ? Le Christ n'avait-il pas aboli les dîmes quand il avait aboli le sacerdoce des Lévites qui percevaient les dîmes ? Et quand Il avait envoyé ses disciples prêcher, ne leur avait-Il pas commandé de donner gratuitement ce qu'ils avaient reçu gratuitement? Je vis qu'il ne désirait pas insister sur ce sujet, car il en aborda un autre en disant: « Vous mariez bien, mais j'ignore de quelle façon. » « Pourquoi ne viens-tu pas voir ? » lui répondis-je. Alors il menaça d'user de nouveau de son pouvoir à notre égard comme il l'avait déjà fait. Je l'avertis de prendre garde, car il était âgé. Je lui demandai alors s'il pouvait me citer, de la Genèse à l'Apocalypse, un mariage béni par un prêtre ? « Et, continuai-je, tu as excommunié un de mes amis, deux ans après sa mort, à cause de son mariage : pourquoi n'excommunies-tu pas Isaac, Jacob, Booz et Ruth ? Pourquoi n'uses-tu pas de ton pouvoir contre eux ? Nous ne voyons pas qu'ils aient jamais été mariés par des prêtres; ils s'unissaient l'un à l'autre dans l'assemblée des justes, en présence de Dieu et de Son peuple; c'est ce que nous faisons. Nous avons donc pour nous tous les saints hommes et les saintes femmes que l'Ecriture mentionne à ce sujet. » Nous discutâmes longtemps' ainsi, mais voyant qu'il ne pouvait pas avoir l'avantage sur moi, il se retira avec ceux qu'il avait amenés.
La plupart des gens qui venaient au Château désiraient me parler, et j'eus avec eux bien des discussions et des polémiques. Mais pour ce qui est des Amis, j'étais comme enterré vivant; quoique qu'un grand nombre vinssent et de loin, pour me voir, on n'en laissait entrer que quelques-uns; quand un Ami venait au Château pour ses affaires, il ne pouvait pas jeter un regard de mon côté sans exciter leur colère. Au bout de quelque temps, le gouverneur de la prison eut des ennuis; un corsaire qu'il avait envoyé en mer se saisit de navires qui faisaient partie non de la flotte ennemie, mais de la flotte du pays ; le gouverneur en subit le contrecoup; depuis ce moment-là, il se montra plus amical à mon égard. Avant cela, on m'avait confié à la garde d'un sous officier qui était chargé de m'extorquer de l'argent, mais je ne me sentais pas libre de lui· donner un centime ; quand ils virent qu'il ne pouvait rien obtenir de moi, ils le déplacèrent. Les officiers me menaçaient de me faire pendre aux murs de la ville. Le sous-gouverneur lui-même me dit que le Roi, sachant que j'étais très connu, m'avait envoyé là afin que, si quelque trouble survenait dans le pays, on puisse me pendre aux murs de la ville, pour calmer l'effervescence populaire. Quand ce gouverneur se montra plus bienveillant je lui demandai, au moment où il s'apprêtait à se rendre au Parlement, à Londres, de voir Esquire Marsh, Sir Francis Cobb, et quelques autres, et de leur faire savoir depuis combien de temps et pour quel motif j'étais détenu y consentit. A son retour, il me dit que Esquire Marsh, avait déclaré qu'il ferait volontiers cent milles en marchant nupieds pour obtenir ma liberté, tant il me connaissait bien; plusieurs autres avaient aussi parlé favorablement de moi. Depuis ce temps,' le gouverneur se montra très affectueux envers moi.
VAINQUEUR SANS COUP FÉRIR
Il Y avait, parmi les prisonniers, deux très mauvais hommes qui restaient souvent assis à boire avec les officiers et les soldats; ils étaient très mal disposés à mon égard parce que je refusais de boire avec eux. Un jour, ces deux prisonniers étant ivres, l'un, d'eux, (un nommé William Wilkinson, Presbytérien, qui avait été, capitaine), s'avança vers moi et me mit au défi de me battre avec lui. Voyant dans quel état il se trouvait, je me détournai de lui; le lendemain matin, comme il était sobre, je lui montrai combien' c'était lâche de sa part de défier au combat un homme qui avait pour principe, il le savait bien, de ne pas se battre, et, si on le frappait sur une joue, de tendre l'autre. Pourtant, puis qu'il' m'avait jeté ce défi, je venais maintenant à sa rencontre les mains' dans les poches : « Tenez, lui dis-je, en m'avançant vers lui" « voici mes cheveux, voici mes joues, voici mon dos. » Là-dessus, il s'éclipsa et passa dans la chambre voisine.
MISE EN LIBERTÉ
Après être demeuré plus d'un an dans le Château de Scarborough, j'envoyai au Roi une lettre dans laquelle je lui rendais compte de ma captivité et des mauvais traitements auxquels j'avais été soumis en prison; je lui disais aussi avoir appris qu'aucun homme, sauf lui, ne pouvait me délivrer.
A la suite de cela, John Whitehead qui se trouvait à Londres et connaissait Esquire Marsh, alla le voir pour lui parler de moi; il fut entendu que John Whitehead rédigerait un mémoire à mon sujet et que Marsh transmettrait cette pièce au maître des: requêtes, nommé Sir John Birkenhead, pour tâcher d'obtenir' mon affranchissement. Ainsi fut fait et le maître des requêtes obtint du Roi mon élargissement.
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Aussitôt que cet ordre eut été remis au gouverneur, il réunit les officiers, me libéra gratuitement et me donna le certificat suivant :
« Le porteur, George Fox, emprisonné récemment au Château de Scarborough et mis en liberté par ordre de Sa Majesté est autorisé à vaquer tranquillement à ses affaires, sans être aucunement molesté. Signé de ma main au Château de Scarborough, ce premier jour de septembre, 1666.
JORDAN CROSLANDS, »
gouverneur du Château de Scarborough.
Après avoir été relâché, j'aurais voulu offrir un présent au gouverneur pour le remercier de la courtoisie et de la bonté qu'il m'avait témoignées depuis quelque temps; mais il ne voulut rien accepter, disant qu'il ferait désormais à moi et à mes amis tout le bien possible. Dans la suite, quand le maire de la ville lui demandait des soldats pour interrompre les réunions des Amis, s'il en envoyait, il leur recommandait secrètement de « ne pas intervenir ». Il persévéra dans ces sentiments jusqu'à ses derniers jours. Les officiers et les soldats changèrent eux aussi d'attitude et devinrent très respectueux à mon égard. Ils avaient coutume de dire de moi : « Il est ferme comme un arbre et pur comme une cloche, car nous n'avons jamais réussi à le faire fléchir. »
LE GRAND INCENDIE DE LONDRES
Le lendemain même de ma libération, l'incendie éclata à Londres et le bruit s'en répandit rapidement dans tout le pays. Je vis alors que le Seigneur était fidèle et juste dans Sa parole car Il m'avait donné la vision de ce qui allait arriver quand j'étais prisonnier à Lancaster, ainsi que je l'ai raconté précédemment.
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