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CHAPITRE XVIII
Ma captivité au Château de Scarborough ayant pris fin, je me rendis à environ trois milles de là, à une grande assemblée générale qui avait lieu chez un Ami, autrefois officier de police ; tout se passa bien et tranquillement. Le Quatrième jour qui suivit, je retournai à Scarborough où je tins une réunion en ville chez Peter Hodgson. Une dame se trouvait là ainsi que plusieurs grands personnages, dont un jeune homme, fils du bailli de la ville, qui avait été converti pendant que j'étais en prison. Il commença à discuter et à me parler hébreu; je lui répondis en gallois et l'exhortai à la crainte de Dieu; il devint plus tard un Ami. Le jour suivant, deux Amis s'apprêtant à s'unir par le mariage, il y eut une grande réunion à laquelle j'assistai. (Il y vint des centaines de mendiants et ce fut eux, non les riches, que les Amis régalèrent). Je fus poussé à expliquer à l'assemblée ce qu'était pour nous le mariage, comment les enfants de Dieu s'unissaient l'un à l'autre devant l'assemblée des Anciens, comment Dieu avait uni l'homme et la femme avant la chute. Après la chute, les hommes avaient pris sur eux de prononcer des mariages, mais sous la nouvelle alliance c'était à Dieu seul qu'il appartenait d'unir l'homme et la femme, ce qui était un mariage honorable et légitime: nulle part dans les Ecritures, depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse, nous ne voyons qu'un mariage ait été béni par un prêtre. Je leur exposai, ensuite, les devoirs du mari et de la femme, comment ils devraient servir Dieu, étant héritiers l'un et l'autre de la vie et de la grâce. Je me rendis de là dans la maison d'un prêtre dont la femme était convaincue; lui-même devenu très bien disposé à mon égard, témoignait du plaisir à me voir car il avait été convaincu de la vérité éternelle de Dieu. C'était pourtant le même prêtre qui, en 1651, avait proféré des menaces contre moi disant que, s'il me revoyait jamais, il aurait ma vie ou moi la sienne; il avait dit aussi qu'il voulait bien être décapité si je n'étais pas réduit à néant dans un mois. Je visitai ensuite les Amis jusqu'à ce que j'arrivasse à York. Après cela j'allai voir le Juge Robinson, un ancien juge de paix, qui avait été très affectueux pour moi et pour les Amis dès le commencement. Il y avait avec lui un prêtre qui me dit avoir appris que nous n'aimions personne que nous-mêmes. Je lui répondis que nous aimions tous les hommes puisqu'ils avaient été créés par Dieu et qu'ils étaient tous enfants d'Adam et d'Eve; et que nous aimions tous les frères par le Saint-Esprit. Cela le fit taire. Après avoir échangé quelques autres propos, nous nous séparâmes amicalement et continuâmes notre chemin. Après avoir visité des Amis à York, nous nous rendîmes chez' Thomas Taylor, autrefois capitaine, et nous eûmes là une réunion' bénie. Tout près de la maison de Thomas Taylor vivait un chevalier qui avait été très mécontent en apprenant que j'allais probablement sortir de prison; il m'avait menacé, si le Roi me mettait: en liberté, de me renvoyer en prison le jour suivant. Pourtant; quoique je tinsse cette réunion si près de lui, la puissance du Seigneur l'empêcha d'intervenir et notre réunion fut tranquille. Le Colonel Kirby, également, qui avait été l'auteur principal de mon emprisonnement à Lancaster et à Scarborough, quand il apprit que j'étais libre, se procura un mandat d'arrêt contre moi; il dit qu'il ferait quarante milles à cheval et qu'il donnerait quarante livres pour m'arrêter. Cependant, quelque temps après, je tins' une réunion à deux milles de chez lui; il avait alors une attaque' de goutte et dut garder le lit. De chez Thomas Taylor, j'allai voir des Amis et j'arrivai ainsi à Synderhill Green où je dirigeai une grande assemblée générale. Le prêtre de l'endroit, en ayant entendu parler, envoya la police' chercher un mandat d'arrêt chez les juges, et les sergents firent' courir .leurs chevaux si fort qu'ils faillirent les estropier ; mais comme ils avaient été avertis tardivement et que le chemin était long, la réunion était terminée avant qu'ils arrivassent. Je n'entendis plus parler d'eux jusqu'au moment où je sortis de la maison à la fin de la réunion; un Ami vint alors m'avertir qu'ils étaient en train de fouiller la maison où je me rendais, afin de me trouver. Comme je passais le long des clos qui avoisinaient cette maison, je rencontrai les officiers de police, les gardes, et le greffier. Je passai au milieu d'eux; ils me regardèrent et se dirigèrent vers la maison qu'ils venaient de fouiller. Ainsi la puissance du Seigneur les enchaîna et me préserva d'eux; les Amis se séparèrent et tous leur échappèrent. Ainsi, après avoir traversé bien des comtés, visitant des Amis, et tenant au milieu d'eux beaucoup de grandes et précieuses réunions, j'arrivai enfin à Londres. Mais j'étais si affaibli, pour avoir subi pendant près de trois ans une dure et cruelle captivité, mes jointures et mon corps étaient si raides et si ankylosés, que je pouvais à peine monter à cheval ou plier les genoux; et je ne pouvais plus supporter le feu ou la viande chaude, car j'en avais été longtemps privé. Etant à Londres, je vis la cité dans l'état qui m'avait été prédit par la parole du Seigneur plusieurs années auparavant. Je fus alors poussé par le Seigneur Dieu à fonder et à organiser cinq assemblées mensuelles d'hommes et de femmes dans la Cité de Londres (en plus des assemblées des femmes et des assemblées trimestrielles), pour veiller à la gloire de Dieu, admonester et exhorter ceux dont la conduite était déréglée et relâchée et qui ne se conformaient pas à la Vérité. Les Amis n'avaient eu jusqu'alors que des réunions trimestrielles; maintenant que la Vérité s'était répandue au loin et que le nombre des Amis s'était accru, je fus poussé par le Seigneur Dieu à encourager la fondation d'assemblées mensuelles à travers tout le pays. Le Seigneur me révéla ce que je devais faire, comment je devais organiser ces assemblées mensuelles et trimestrielles d'hommes et de femmes et les instituer dans ce pays et dans d'autres; j'écrivis aux Amis de faire de même dans les endroits où je ne pouvais aller personnellement. Quand les choses furent bien organisées à Londres, quand la vérité du Seigneur, sa puissance, son Evangile et sa vie régnèrent et resplendirent sur tous dans la Cité, je passai dans l'Essex; j'y établis les assemblées mensuelles, puis je me rendis dans le Suffolk et dans le Norfolk, où je fis de même. A notre arrivée dans le Bedfordshire, nous nous heurtâmes à une grande opposition, mais la puissance du Seigneur en triompha. Après cela, nous nous rendîmes dans le Nottinghamshire où les assemblées furent instituées également. Passant alors dans le Lincolnshire, nous eûmes une réunion composée de membres masculins de toutes les sociétés d'Amis du comté; tout se passa tranquillement. Après cela, nous retournâmes dans le Nottinghamshire en passant par Trent, et nous réunîmes quelques-unes des assemblées du comté. De là, nous nous rendîmes dans le Leicestershire, dans le Warwickshire et dans le Derbyshire, et, franchissant les Peak Hills où il faisait grand froid, à ce moment-là, nous arrivâmes dans le Staffordshire. Nous eûmes chez Thomas Hammersley une assemblée générale d'hommes où les affaires furent réglées conformément à l'évangile et où les assemblées mensuelles furent instituées aussi. J'étais d'une telle faiblesse que je pouvais à peine me tenir à cheval, mais j'avais si profondément à cœur le travail que le Seigneur m'avait confié et pour lequel il m'envoyait partout que je poursuivis mon voyage, ayant confiance que le Seigneur me donnerait la force de mener à bien mon travail, ce qu'Il fit en effet. Nous arrivâmes dans le Cheshire et nous y tînmes une assemblée générale d'hommes et on y organisa les assemblées mensuelles. Après m'être déchargé de tout ce qui m'était confié dans cette région, je passai dans le Lancashire où des assemblées mensuelles furent également instituées. De là, j'envoyai des écrits en Westmoreland, Bishoprick, Cleveland, Northumberland, Cumberland et en Ecosse, exhortant les Amis à fonder des assemblées mensuelles; ce qu'ils firent par la puissance du Seigneur. Je passai dans le Shropshire et de là au Pays de Galles, et les assemblées mensuelles furent instituées là aussi. Après beaucoup de réunions d'Amis dans le Worcestershire, nous eûmes une assemblée générale d'hommes au cours de laquelle les assemblées mensuelles furent créées également. Nous eûmes à Shrewsbury une réunion très précieuse. Apprenant que j'étais en ville, le maire réunit les officiers pour savoir ce qu'il convenait de faire de moi, car, disaient-ils: « Le grand Quaker d’Angleterre est dans cette ville »; mais, comme ils n'étaient pas d'accord à ce sujet, je leur échappai. J'arrivai à Bristol et tandis que j'étais couché, la parole du Seigneur se fit entendre en moi, m'ordonnant de retourner à Londres. Je m'y résolus donc, car j'allais, dans la puissance du Seigneur, là où Il lui plaisait de me conduire. Quittant Bristol, nous passâmes dans le Wiltshire où nous instituâmes les réunions mensuelles d'hommes, et nous visitâmes des Amis jusqu'à notre arrivée à Londres. ENCORE A PROPOS DU MARIAGE Quand j'eus visité les Amis dans la Cité et que j'y fus demeuré quelque temps, je me sentis poussé à les exhorter à se marier toujours à la fois dans les assemblées d'hommes et de femmes, afin que les fidèles fussent informés, et qu'ainsi on pût éviter les désordres qui s'étaient produits quelquefois. En effet, bien des mariages avaient été contractés, contrairement à l'avis de la parenté; quelques jeunes gens sans expérience qui s'étaient joints à nous avaient pactisé avec le monde. Des veuves s'étaient remariées sans avoir veillé à ce que l'entretien des enfants du premier mariage fût assuré. Vers 1653, alors que la Vérité était encore peu répandue dans le pays, j'avais publié un écrit au sujet du mariage dans lequel je conseillais aux Amis qui voulaient se marier d'en informer les fidèles avant de rien conclure, et de l'annoncer ensuite à la fin d'une réunion, ou sur la place du marché, selon qu'ils y seraient poussés. Quand tous les points seraient éclaircis, si personne n'avait rien à objecter et si la parenté était satisfaite, ils pouvaient fixer une réunion dans laquelle ils déclareraient vouloir s'unir, en présence d'au moins douze témoins fidèles. Cependant, ces directives n'avaient pas été observées, et le nombre des témoins de la Vérité ayant augmenté, il fut décidé, par la même puissance et le même esprit de Dieu, que les mariages seraient annoncés dans les assemblées mensuelles et trimestrielles d'hommes, ou dans les assemblées que nous étions en train d'instituer ; en sorte que les Amis pussent s'assurer que les parents de ceux qui contractaient le mariage étaient satisfaits ; que les deux parties étaient libres de tout autre lien; que, en cas de remariage, les veuves avaient pourvu à l'entretien des enfants du premier mari; qu'ils pussent, en un mot, s'informer de tout ce qu'il importait de connaître, afin que tout se passât dans la décence et la pureté, selon la justice et pour la plus grande gloire de Dieu. Il fut décidé ensuite, dans cette même sagesse divine, que si l'une des parties contractantes appartenait à un pays, à un comté ou à une assemblée mensuelle différente de l'autre, elle devrait produire un certificat de l'assemblée mensuelle dont elle faisait partie, et le présenter à l'assemblée mensuelle où les futurs époux annonçaient. lur intention de contracter mariage. FONDATION D'ÉCOLES Ces choses, et beaucoup d'autres choses concernant le service de Dieu, ayant été réglées et organisées dans les églises de la Cité, je quittai Londres, conduit par la puissance du Seigneur. Ensuite, retournant à Londres par Waltham, je conseillai de fonder une école pour instruire les garçons; et une autre école pour les filles à Shacklewell, pour leur enseigner toutes les choses convenables et utiles de la création. J'allai ensuite dans le Buckinghamshire où les assemblées mensuelles d'hommes de ce comté furent fondées. Après que ces réunions eurent été instituées, conformément à l'évangile et sur le fondement de Jésus-Christ, je me rendis dans l'Oxfordshire. Comme il y avait là une assemblée à laquelle prenaient part des délégués de toutes les autres assemblées, les assemblées mensuelles de ce comté furent établies, et les Amis en furent très contents. Après la réunion, nous nous rendîmes à Minehead où nous passâmes la nuit. Pendant cette nuit, je fus mis à l'épreuve, un esprit des ténèbres me travailla, cherchant à troubler l'Eglise du Christ. Le lendemain matin, je fus poussé à écrire quelques lignes aux Amis pour les mettre en garde à ce sujet, en ces termes:
Le jour suivant, quelques Amis de Minehead nous accompagnèrent dans le Devonshire et en Cornouailles, où nous visitâmes des Amis jusqu'à ce que nous arrivâmes à Land's-End. Alors, passant par la partie méridionale de ce comté, nous allâmes à Tregangeeves, où, chez Loveday Hambley, nous eûmes une assemblée générale pour tout le comté, dans laquelle les assemblées mensuelles furent organisées. Plusieurs, qui s'étaient égarés furent amenés au repentir et rentrèrent au bercail. Quand les choses furent bien réglées, nous allâmes dans le Somersetshire et dans le Dorsetshire, où les assemblées mensuelles d'hommes furent organisées. Nous nous rendîmes alors à Southampton, où l'assemblée générale d'hommes du Hampshire fut établie ainsi que les assemblées mensuelles. Après cela, je me rendis dans des réunions d'Amis du Sussex et du Kent puis j'arrivai à Londres. J'écrivis aussi, par l'entremise d'Amis fidèles, en Irlande, en Ecosse, en Hollande, à la Barbade et en différentes parties de l'Amérique, conseillant aux Amis d'organiser des assemblées mensuelles d'hommes, car ils avaient déjà leurs assemblées générales trimestrielles. Étant retourné à Londres , J'y restai quelque temps, pour visiter des Amis' dans les réunions, et dans la ville. Lorsque j'était à Londres, j'allai un jour visiter celui que l'on apellait le chatelain Marsh, qui avait démontré beaucoups de gentillesse aux Amis et à moi. J'arrivai là dans l'heure du diner. Il n'eut pas tôt fait d'entendre mon nom, qu'il dépêcha quelqu'un afin de m'amener à lui, et désira que je m'asseoie avec lui pour dinner ; mais je n'eut pas la liberté de faire ainsi. Plusieurs grand personnage dinaient avec lui ; et il dit à l'un d'eux qui était un grand Papiste, 'voici un Quaker, que vous n'avez jamais vu auparavant.’Le Papiste me demanda si je reconnaissais le baptême des enfants. Je lui répondis que cette pratique n'était pas fondée sur l'Ecriture. « Comment ! s'écria-t-il, le baptême des enfants ! » « Non », répondis-je. Je lui expliquai que nous reconnaissions un seul baptême, celui de l'Esprit, mais que, jeter un peu d'eau sur la figure d'un enfant, et appeler cela un baptême, il n'y a aucune Écriture pour cela. Il me demanda si je reconnaissais la foi catholique. Je répondis que oui mais j'ajoutai que ni le Pape ni les Papistes n'appartenaient à cette foi catholique ; car la vraie foi agit par l'amour et purifie le cœur; s'ils appartenaient à cette foi, qui donne la victoire, et qui ouvre l'accès auprès de Dieu, ils ne parleraient pas au peuple d'un Purgatoire après la mort. La foi véritable, précieuse, divine, dont Christ est l'auteur, donne la victoire sur le Diable et sur le péché. Si eux, les Papistes, étaient dans la vraie foi, ils n'auraient pas recours à la torture, à l'emprisonnement, aux amendes, pour convertir de force à leur religion ceux qui ne partageaient pas leur foi. Ce n'est pas ainsi qu'agissaient les apôtres et les chrétiens de l'Eglise primitive, eux qui avaient été les témoins et les bénéficiaires de la vraie foi du Christ ; cette pratique convenait aux Juifs et aux païens incrédules. « Mais, poursuivis-je, puisque toi, qui es un grand homme et une autorité parmi les Papistes, toi, qui as été enseigné et élevé sous la direction du Pape, tu affirmes qu'il n'y a pas de salut en dehors de l'Eglise, je te demande de me dire ce qui, d'après toi, procure le salut dans votre Eglise. » « Une bonne vie, » répondit-il. « Rien d'autre ? » demandai-je. « Si, répondit-il, les bonnes œuvres. » « C'est cela qui procure le salut, dans votre Eglise, une bonne vie et de bonnes œuvres ? Ce sont bien là votre doctrine et vos principes ?» « Oui, » dit-il. « Alors, dis-je, ni toi, ni le Pape, ni aucun des Papistes ne savez ce qui procure le salut. Car ce qui a apporté le salut à l'Eglise, au temps des apôtres, nous l'apporte encore, c'est « la grâce de Dieu, qui, dit l'Ecriture, apporte le salut, et a été révélée à tous les hommes; c'est elle qui a enseigné les saints dans le passé et nous enseigne encore aujourd'hui à renoncer à l'impiété et aux convoitises du monde, à vivre dans la pitié, la sobriété et la justice. Ainsi ce ne sont pas les bonnes œuvres ni la bonne vie qui procurent le salut, mais la grâce. « Comment ! s'écria le Papiste, est-ce que cette grâce, qui procure le salut, est apparue à tous les hommes ?» « Oui, répondis-je. Alors continua-t-il, je le nie. » Mais je lui répliquai: « Tous ceux qui nient cela sont des faiseurs de sectes, ils ne sont pas dans la foi universelle, dans la grâce et dans la vérité qui étaient celles des apôtres. » « Oh ! dit Esquire Marsh au Papiste, vous ne connaissez pas cet homme; si seulement il voulait aller de temps en temps à l'Eglise, ce serait le meilleur homme du monde. » La conversation se prolongea encore un moment; après quoi je me retirai dans une autre chambre avec Esquire Marsh pour parler des Amis ; car il était juge de paix à Limehouse, et comme il était en outre attaché à la Cour, les autres juges lui remettaient la direction d'un grand nombre d'affaires. Il me confessa son très grand embarras vis-à-vis de nous et de quelques autres Dissidents. « Car, continua-t-il, vous ne pouvez jurer; les Indépendants, les Baptistes, d'autres encore, disent aussi qu'ils ne peuvent pas jurer; comment donc distinguerai-je entre vous et eux, puis qu'eux et vous dites que c'est par conscience que vous ne pouvez pas jurer ? » « Je vais t'apprendre comment, répondis-je. Ceux, ou la plupart de ceux dont tu parles peuvent jurer dans certains cas, mais nous ne pouvons jurer en aucun cas. Si un homme leur volait leurs vaches ou leurs chevaux, et que tu leur demandes s'ils peuvent jurer que' ces animaux leur appartiennent, ils le feraient volontiers. Mais si tu essaies avec nos Amis, tu verras qu'ils ne peuvent pas plus jurer en ce qui concerne leurs biens. Sur quoi je lui racontai un procès qui avait eu lieu dans le Berkshire de la façon suivante :
Le juge Marsh rendit dans la suite de très grands services aux Ainis. Il put éviter à plusieurs d'entre eux, d'être mis en accusation dans les endroits où il exerçait ses fonctions de juge. Quand des Amis lui furent amenés, aux époques de persécutions, il mit beaucoup d'entre eux en liberté; quand il ne pouvait pas éviter de les envoyer en prison, il ne les y laissait que quelques heures, ou une nuit. A la fin, il alla trouver le Roi et lui dit qu'il était contre sa conscience de nous envoyer en prison. Il dit également au Roi, que, s'il lui plaisait d'instituer la liberté de conscience, tous les troubles s'apaiseraient comme par enchantement car, alors, plus personne n'aurait aucun prétexte à être mécontent. Il fut vraiment très utile aux Amis et à la Vérité. Nous eûmes un grand service à Londres, cette année-là; la vérité du Seigneur vint sur tous; beaucoup de ceux qui s'étaient éloignés de la Vérité revinrent, confessant et condamnant leurs erreurs.
CHAPITRE XIX Voyage en Irlande 1669 Vers cette époque, je fus poussé par le Seigneur à me rendre en Irlande, pour visiter les enfants de Dieu qui se trouvaient dans ce pays. Robert Lodge, James Lancaster, Thomas Briggs et John Stubbs m'accompagnèrent. Nous attendîmes près de Liverpool un bateau et un vent favorables. Le capitaine et plusieurs des passagers se montrèrent pleins de bonté. Comme nous étions en mer" le Premier jour de la semaine, je fus poussé à leur annoncer la Vérité; sur quoi le capitaine dit aux passagers: « Ecoutez, vous; n'avez jamais rien entendu de pareil. » En débarquant à Dublin, il me sembla que la terre et l'air étaient imprégnés de la corruption de ce pays; l'odeur était différente de celle de l'Angleterre; ce que j'attribuai aux massacres commis par les Papistes et au sang répandu. Nous passâmes quatre fois parmi les officiers de la douane qui cependant ne nous fouillèrent pas. Nous allâmes dans une auberge et envoyèrent chercher quelques Amis, ils nous accueillirent avec une grande joie. Nous restâmes là pour la réunion hebdomadaire, où la puissance et la vie de Dieu se manifestèrent avec force. Nous nous rendîmes de là à une assemblée qui dura deux jours; nous nous y occupâmes des pauvres, puis il y eut une assemblée générale où le Seigneur agit avec puissance. La Vérité exerça son influence bienfaisante et les Amis furent réconfortés. Poursuivant notre route, nous eûmes à quelque vingt milles de là, une réunion très bonne et réconfortante; mais quelques Papistes qui y assistèrent montrèrent une grande fureur. Quand je l'appris j'envoyai chercher l'un d'eux, qui était maître d'école; mais il refusa de venir. Je le mis alors au défi, lui et tous les frères, moines, prêtres et Jésuites, de s'avancer et de mettre à l'épreuve leur Dieu et leur Christ, qu'ils avaient fabriqué avec du pain et du vin. Ils ne répondirent pas. Je leur dis alors qu'ils étaient pires que les prêtres de Baal; car ceux-ci mirent au moins à l'épreuve leur dieu de bois qu'ils avaient fabriqué, tandis qu'eux n'osaient pas en faire autant avec leur dieu de pain et de vin ; les prêtres de Baal et leurs adeptes ne mangeaient pas leur dieu comme eux le faisaient, pour s'en fabriquer un autre après. Celui qui était à cette époque le maire de Cork était plein de haine contre la Vérité et les Amis, et il retenait un grand nombre de ceux-ci en prison; apprenant que j'étais dans le pays, il avait lancé quatre mandats d'arrêt contre moi; les Amis désiraient donc que j'évite de traverser Cork à cheval. Mais, pendant mon séjour à Bandon, j'avais eu une vision: un homme très laid de visage, noir et sombre m'était apparu. Je le frappai dans la force de Dieu, je le fis piétiner par mon cheval qui mit son pied sur sa joue. Beaucoup d'Amis m'accompagnaient, je leur dis que le Seigneur m'ordonnait de traverser Cork à cheval, mais de n'en pas parler. Ils essayèrent de m'en détourner, objectant que mon cheval ne pourrait tenir sur la route glissante ... Je persistai, et prenant pour me guider à travers la ville l'un d'eux, Paul Morriee, je poursuivis ma route, et lorsque je passai devant la maison du Maire ... ce dernier, me vit et s'écria: « Voilà George Fox ... » mais il n'avait pas le pouvoir de m'arrêter. Mais, oh quelle rage chez ceux qui me voyaient passer, et qui, pour la plupart me connaissaient! Arrivé près de la prison, les prisonniers en me voyant tremblèrent pour moi ... Mais je passai tranquillement au milieu des sentinelles et, traversant le pont, nous arrivâmes à la maison d'un Ami. Il nous dit l'effervescence qui régnait dans la ville et combien de mandats d'arrêt les magistrats avaient lancés contre moi. Pendant que je me reposais un moment, je sentais le mauvais esprit à l'œuvre dans la ville contre moi, mais je sentais aussi la puissance du Seigneur en lutte contre lui. Je remontai à cheval avec un Ami qui me servait de guide et nous continuâmes notre route. Le maire et les notables de la ville, furieux d'avoir manqué l'occasion, firent l'impossible pour me prendre, mais sans succès. Dans la suite, il ne se passa guère de réunion publique sans que des espions fussent envoyés pour savoir si j'étais là. Les magistrats et les prêtres pleins de haine s'envoyaient les uns aux autres des informations à mon sujet, décrivant mes cheveux, mon chapeau, mes habits et mon cheval, en sorte que, quand je fus à environ cent milles de Cork, la population était renseignée sur ma personne, bien avant que je fusse arrivé dans la ville. Un magistrat très malveillant, qui était à la fois prêtre et juge, obtint contre moi du juge des Assises un mandat d'arrestation valable dans toute sa circonscription qui couvrait presque cent milles. Mais le Seigneur anéantit tous leurs projets et fit échouer tous les desseins qu'ils avaient conçus à mon égard ; il nous accorda de nombreuses occasions de faire aux Amis des visites précieuses et bénies, et de répandre la Vérité à travers ce pays. Les réunions étaient très nombreuses, les Amis y affluaient de près et de loin, et le peuple de Dieu y accourait en foule. La Présence et la Puissance du Seigneur se faisaient sentir au milieu de nous; par elles, beaucoup de gens du monde furent convaincus et amenés à la Vérité; le troupeau du Seigneur s'accrut, les Amis furent grandement encouragés et réconfortés en éprouvant l'amour de Dieu. Oh ! Combien leurs cœurs étaient dilatés par cette vie débordante ! Aussi, mûs par la puissance et l'esprit du Seigneur, beaucoup entonnaient-ils, même à haute voix, des cantiques de louanges, chantant de tout leur cœur au Seigneur. Je passai ainsi dans une autre province, et j'allai à l'assemblée générale qui dura deux jours, et où il y avait autant de gens à pied et à cheval que dans une foire. De là, je me rendis au pays des Fox, où quelques-uns se réclamaient de leur parenté avec moi, mais moi je leur dis que mes parents étaient ceux qui demeuraient dans la vie et la puissance de Dieu. De là, voyageant vers le nord, et, comme j'étais couché dans la maison d'un Ami, je sentis de nouveau le mauvais esprit qui était à l'œuvre. Comme j'étais toujours aux aguets, je vis un gaillard sombre et farouche qui cherchait à m'attacher les jambes avec une corde et j'eus beaucoup de peine à dégager mes pieds. Nous poursuivîmes ainsi notre route jusqu'à Grange où nous eûmes une grande réunion; de là nous fîmes près de trente milles, et je sentais que l'esprit malin était plus fou que jamais. J'arrivai ainsi dans une ville où des Amis me rejoignirent. Je leur dis : « Laissons le Diable se démener à sa guise ; mais tenez-, vous prêts, quoiqu'il arrive, à partir à deux heures du matin; car je n'attendrai personne. » Cette heure nous était devenue assez coutumière, et pourtant nous restions debout jusqu'à onze heures du soir. Je partis donc, accompagné d'un Ami, les autres devant nous rejoindre plus tard. L'Ami me dit: « George, nous n'allons pas nous restaurer dans la ville, car c'est là qu'habitent l'évêque et son diacre. » « Ne vous mettez pas en peine, leur dis-je; la puissance du Seigneur Dieu est sur eux. » Au bout d'un petit moment, nous continuâmes notre chemin et nous rejoignîmes les autres, Arrivé à Dublin, je pris un logement près de Lazy Hill; j'envoyai James Hill retenir nos places à bord. Il rencontra sur sa route un homme, - un soldat, - qui lui fit part de ses regrets de n'avoir pu assister à la grande réunion, disant qu'on lui avait parlé d'un homme tel qu'on n'en avait jamais vu venir d'Angleterre auparavant. Tel était l'attrait qu'exerçait la Vérité dans toute la contrée. C'est à cette époque que je fus poussé à m'adresser à tous les Amis, alors dans le ministère, en ces termes :
........................................................................................................................................................................... Le bateau étant prêt et le vent favorable, nos prîmes congé des Amis avec beaucoup de tendresse et d'émotion, conscients comme nous l'étions de la vie céleste et de la puissance qui s'étaient manifestées parmi nous. Il y a dans ce pays un bon noyau d'hommes fidèles et droits, conscients de la puissance du Seigneur et dociles à Sa voix; leurs réunions sont très bien ordonnées, ils prennent parti pour la sainteté et la justice et s'opposent à toute iniquité. Ils ont connu le temps de la visitation, et il y a en eux un excellent esprit qui les rend dignes de cette visitation. Je pourrais écrire bien d'autres choses sur ce pays et les voyages que j'y ai faits, si je voulais entrer dans tous les détails; mais j'ai tenu à m'exprimer de façon à ce que les justes puissent se réjouir des progrès de la Vérité. James Lancaster, Robert Lodge et Thomas Briggs revinrent avec moi; John Stubbs, ayant encore un travail à accomplir, resta derrière nous. Nous passâmes deux nuits en mer; pendant l'une d'elles, une violente tempête s'éleva et mit le navire en danger. La pluie et le vent faisaient rage. Mais je vis que la puissance de Dieu dominait les vents et les orages ; et la même puissance du Seigneur Dieu qui nous avait protégés à travers ces périls nous fit arriver à bon port. Nous atterrîmes à Liverpool et nous allâmes chez Richard Johnson. Le capitaine du bateau prétendit alors que j'avais passé toute la nuit à boire à Liverpool, et il raconta cette histoire à son retour à Dublin. Des Amis l'ayant appris (deux d'entre eux qui étaient des hommes éminents m'avaient accompagné et savaient que je n'étais pas demeuré plus d'un quart d'heure dans cette ville) lui donnèrent l'occasion de se repentir de cette calomnie. Quand il quitta Dublin, son navire fit naufrage; ainsi les justes jugements de Dieu s'exercèrent sur lui. |
