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CHAPITRE XXI Voyage en Amérique 1671-1673
En 1671, mon service en Angleterre pour le Seigneur étant achevé, je partis pour Gravesend avec ma femme et les douze Amis qui devaient voyager avec moi: Thomas Briggs, William Edmundson John Rous, John Stubbs, Solomon Eccles, James Lancaster, John Cartwright, Robert Widders, George Pattison, John Hull, Elizabeth Hooton et Elizabeth Miers. Le bateau était un yacht nommé: L'Industrie, portant environ 50 passagers, dont le capitaine se nommait Thomas Foster. Le lendemain matin nous faisions voile sur les Downs, où nous arrivâmes le surlendemain ; il y avait un arrêt de quelques heures avant le départ définitif, et je me séparai affectueusement de ma femme et de nos amis personnels qui avaient voulu m'accompagner jusqu'au point extrême où je quitterais l'Angleterre. Un officier vint par ordre du Gouverneur prendre nos noms par écrit, bien que cela eût été déjà fait la veille à Gravesend. Puis ce fut un Officier de douane qui vint examiner les bagages, percevoir des droits ... Toutes ces formalités prirent du temps,ce qui permit à un grand nombre de navires marchands en partance pour l'étranger de gagner sur nous plusieurs lieues. Enfin nous fîmes voile. Notre yacht était très rapide, par contre il faisait eau, de sorte que passagers et hommes d'équipage, étaient occupés jour et nuit à pomper l'eau, et cet exercice les maintenait en bonne santé. ( Ce récit du voyage en Amérique a été composé après coup et ce u'est pas Fox qui en est l'auteur, bien qu'on parle à la première personne.) Un jour, ils constatèrent qu'en deux heures de temps, il était entré seize pouces d'eau dans le réservoir ... Il y avait à la quille une longue ouverture où l'on pouvait passer la main. Quand on la boucha, il y avait des petits poissons dans le bateau ... Il y avait trois semaines que nous étions en mer quand nous aperçûmes un navire à environ quatre lieues derrière nous. Notre capitaine dit que c'était un bateau de guerre qui semblait nous, donner la chasse. « Allons souper, ajouta-t-il, et quand il fera sombre, il nous perdra de vue. » Il parlait ainsi pour rassurer les passagers qui se montraient très inquiets. Mais les Amis n'en avaient pas besoin car la foi en Dieu ôtait toute crainte de leurs esprits. Quand le soleil fut couché, je vis que le navire s'approchait de nous. A la nuit tombante, nous changeâmes de direction pour l'éviter; mais il en fit autant et gagnait de vitesse sur nous. Pendant la nuit, le capitaine accompagné d'autres hommes entra dans ma cabine et me demanda ce qu'il fallait faire. Je leur dis que je n'étais pas marin et leur demandai leur avis. Je leur dis que c'était une épreuve de notre foi, nous devions nous en remettre au Seigneur et lui demander de nous diriger. Je me recueillis donc et le Seigneur me montra que Sa vie et Sa puissance s'interposeraient entre nous et le navire qui nous poursuivait. C'est ce que j'exposai au capitaine et à ses compagnons, ajoutant que ce que nous avions de mieux à faire était de virer de bord et de nous en tenir à notre itinéraire normal. Je leur conseillai d'éteindre toutes les lumières sauf celle qui servait au gouvernail, et de recommander à tous les passagers de demeurer tranquilles. Vers onze heures du soir, la sentinelle avertit que le navire nous arrivait dessus. Je me levai et, regardant par le hublot, grâce au clair de lune, je vis qu'il était, en effet, très près de nous. Je fus sur le point de sortir de ma cabine, mais me rappelant la parole du Seigneur d'après laquelle Sa vie et Sa puissance s'interposeraient entre eux et nous, je me recouchai. Soudain, la lune ayant tout à fait disparu, un coup de vent s'éleva et le Seigneur nous cacha à leur vue; nous continuâmes allègrement notre route et ne les revîmes plus. Le lendemain étant le Premier Jour de la semaine, nous eûmes une réunion publique à bord, usage que nous observâmes pendant toute la traversée, et la présence du Seigneur se fit sentir puissamment parmi nous. J'exhortai l'auditoire à se rappeler la miséricorde du Seigneur: ils auraient pu être tous à cette heure entre les mains des Turcs, si le Seigneur ne les avait pas sauvés. Plus tard, pendant que nous étions aux Barbades, nous vîmes un marchand anglais de Sallee ; il raconta qu'un des navires de guerre de Sallee avait vu en mer un yacht monstrueux, le plus grand du monde qu'il ait jamais vu, qu'il lui avait donné la chasse pendant trois jours, et qu'il avait failli l'atteindre, mais qu'il y avait dans ce bateau un esprit dont il n'avait pas pu se saisir. Cela nous confirma dans la conviction que le Seigneur nous avait délivrés de ses mains. Je n'eus pas le mal de mer pendant le voyage, contrairement à beaucoup, mais les nombreux coups et blessures que j'avais reçus précédemment, les infirmités que j'avais contractées en Angleterre par suite du froid et des privations auxquels j'avais été soumis pendant mes longues périodes de captivité, se firent sentir à nouveau pendant la traversée; j'avais l'estomac très malade et de violentes douleurs dans les membres et dans les os. Pendant près de trois semaines, j'eus des transpirations abondantes, principalement à la tête; des éruptions se formaient sur mon corps, mes jambes et mes pieds enflaient de telle façon que je ne réussissais à ôter mes bas et mes pantoufles qu'au prix de grands et douloureux efforts. Tout à coup, la sueur cessa et, quand nous fûmes dans un climat très chaud où mes compagnons de voyage transpiraient abondamment, je ne pouvais plus transpirer du tout; ma chair était sèche et brûlante; l'inflammation qui avait causé les boutons se porta sur mon estomac et sur mon cœur, j'étais très malade, d'une faiblesse inimaginable; d'autres que moi en seraient morts. Je demeurai dans cet état jusqu'à la fin du voyage, c'est-à-dire environ un mois. Le troisième jour du Huitième Mois, tôt dans la matinée, nous découvrîmes l'île des Barbades, mais ce ne fut qu'entre neuf et dix heures du soir que nous pûmes jeter l'ancre dans la baie de Carlisle. Nous débarquâmes dès que ce fut possible; je me rendis avec quelques autres dans la maison d'un Ami, un marchand nommé Richard Forstall. Cette promenade si courte me fatigua au point que j'arrivai épuisé. Pendant plusieurs jours, je fus gravement malade, et quoiqu'on me donnât des remèdes variés pour me faire transpirer, on n'y arriva pas. Il semblait au contraire que tout cela ne servait qu'à faire empirer mon état. Je demeurai ainsi pendant près de trois semaines, avec de telles douleurs dans les os, les jointures et tout le corps que je ne pouvais goûter presque aucun repos; pourtant j'étais assez gai et mon moral n'était pas atteint. La maladie ne m'empêcha pas de vaquer au service de la Vérité; en effet, soit pendant la traversée, soit après mon arrivée aux Barbades, alors que j'étais incapable d'aller et venir, je composai plusieurs mémoires (un Ami écrivant sous ma dictée, John Hull), et je profitai de la première occasion pour envoyer plusieurs d'entre eux en Angleterre afin de les faire imprimer. Tandis que mon état de faiblesse ne me permettait pas de me rendre aux assemblées, les autres Amis qui m'avaient accompagné, s'activaient au service du Seigneur. Mon état de faiblesse se prolongea d'autant plus que mon esprit était oppressé par l'impureté, la corruption et l'injustice de cette population. Mais quand j'eus passé un mois dans l'île, mon esprit éprouva quelque allègement, je commençai à recouvrer dans une certaine mesure ma santé et mes forces, et à pouvoir aller et venir parmi les Amis. Comme je n'étais pas tout à fait en état de voyager, les Amis de l'île décidèrent de tenir leur assemblée d'hommes et celle de femmes pour le service de l'Eglise chez Thomas Rous où je demeurais couché; de cette façon, je fus présent à chacune de ces assemblées, et je pus y être très utile à la cause du Seigneur. Ils avaient en effet besoin d'être instruits sur bien des points, certains désordres s'étant introduits chez eux, par manque de soin et de vigilance. Je les exhortai, particulièrement à l'assemblée d'hommes, à se montrer prudents et vigilants en ce qui concernait les mariages, à empêcher les Amis de se marier entre proches parents, à empêcher les remariages trop rapides après la mort d'un mariou d'une femme; j'insistai sur les égards qu'il convenait d'avoir en pareil cas pour la mémoire du conjoint décédé. En ce qui concerne les enfants des Amis, dont certains se mariaient trop jeunes, dès l'âge de treize ou quatorze ans, je leur fis voir quels inconvénients et quelles conséquences fâcheuses pouvaient entraîner ces mariages d'enfants. Je leur recommandai également de prendre bien garde à ne rien dire, en dehors de leurs réunions, qui fût de nature à ternir et à salir la réputation d'aucun d'entre eux. De même, en ce qui concerne l'enregistrement des mariages, des naissances, des enterrements, je leur conseillai de consigner exactement ces événements, dans des registres séparés ; de tenir aussi un registre spécial où seraient mentionnés la condamnation de ceux qui s'écartaient de la Vérité pour commettre des actes répréhensibles, et le rerour à Dieu de ceux qui venaient à résipiscence. Je leur recommandai encore d'avoir soin de se procurer des emplacements convenables pour l'enterrement des Amis, ce qui faisait encore défaut en certains endroits. Je leur donnai aussi des instructions concernant les testaments, les legs faits par les Amis pour des institutions publiques, et autres choses ayant trait aux affaires de l'Eglise.
CONSEILS A PROPOS DES ESCLAVES En ce qui concerne leurs nègres, je les engageai à tâcher de les ,élever dans la crainte du Seigneur, aussi bien ceux qui avaient été achetés par eux que ceux qui étaient nés dans leurs familles, afin que tous pussent parvenir à la connaissance du Seigneur; en sorte que chaque chef de famille pût répéter avec Josué: « Moi et ma maison, nous servirons le Seigneur. » Je leur conseillai de les libérer après quelques années de servage. Bien des choses douces 'et précieuses furent révélées dans ces réunions par l'Esprit, et dans la puissance du Seigneur, pour l'édification, l'affermissement et le développement des Amis, dans la foi et la sainte discipline de l'évangile. Nos réunions étaient très nombreuses, et le gouverneur ne fit rien pour les troubler, quoique les prêtres envieux et quelques bigots tentassent d'exciter les magistrats contre nous. Quand ils virent qu'ils n'y réussissaient pas, quelques Baptistes vinrent à la réunion de la ville, où se trouvaient des gens de toutes catégories sociales. Ils avaient amené une suite nombreuse; ils produisirent un libelle calomnieux, écrit par John Pennyman, mais le Seigneur i m'inspira des paroles pleines de sagesse pour répondre à leurs ergoteries ; de sorte que la majorité des auditeurs furent satisfaits. Quand les querelleurs eurent assez de s'égosiller, ils s'en furent mais les autres auditeurs restèrent, et la réunion continua; nous pûmes nous expliquer plus à loisir sur les points en litige; la vie et la puissance du Seigneur vinrent sur nous tous. Mais la rage et l'envie de nos adversaires ne désarmèrent pas; ils répandirent des mensonges et des écrits diffamatoires contre les Amis à travers toute l'île. C'est pourquoi, aidé de quelques Amis, je rédigeai un mémoire, au nom de ceux qu'on appelait les Quakers, pour disculper la Vérité et les Amis de ces fausses accusations, adressé « Au Gouverneur des Barbades, au Conseil et à l'Assemblée, et à tous ceux qui détiennent l'autorité, soit civile soit militaire, dans cette îlç, au sujet de ceux qu'on nomme « Quakers ». Après être demeuré trois mois à peu près aux Barbades, et y avoir visité les Amis, établi les assemblées, et effectué le service pour lequel le Seigneur m'y avait amené, je me sentis la conscience déchargée et décidai de me rendre à la Jamaïque. J'en avertis le gouverneur et son conseil, afin que mes allées et venues dans l'île ayant eu lieu au grand jour, il en fût de même pour mon départ. Avant de quitter l'île j'écrivis la lettre suivante à ma femme pour la mettre au courant de ce qui me concernait et de la façon dont s'effectuait mon voyage:
DÉPART POUR LA JAMAIQUE Je m'embarquai aux Barbades pour la Jamaïque le 8e jour du 1 le mois, 1671 ; Robert Widders, William Edmondson, Solomon Eccles et Elizabeth Hooton m'accompagnaient. Thomas Briggs et John Stubbs, John Rous et William Barley, restèrent aux Barbades. Nous eûmes une traversée rapide et facile jusqu'à la Jamaïque où nous retrouvâmes nos Amis James Lancaster, John Cartwright et George Pattison qui avaient travaillé là-bas au service de la Vérité; nous nous mîmes tout de suite à l'œuvre avec eux, voyageant à travers toute l'île, qui est grande; c'est un brave pays, quoiqu'une grande partie de ses habitants soient vicieux. Nous fîmes là un bon service. Nous tînmes là beaucoup de réunions, qui furent bien suivies et très tranquilles. La population se montra convenable et pas une voix ne s'éleva contre nous. J'allai deux fois voir le gouverneur et quelques autres magistrats, qui tous furent très bienveillants pour moi. Après être demeurés sept semaines et un jour à la Jamaïque, y avoir établi un assez bon ordre parmi les Amis, et fondé plusieurs assemblées et propagé la vérité dans tout le pays, nous nous embarquâmes pour le Maryland, laissant les Amis et la Vérité en bonne voie à la Jamaïque. Nous nous embarquâmes le 8e jour du Premier Mois, 1671(-2); les vents étant contraires, nous fûmes toute une semaine à louvoyer avant de perdre de vue la Jamaïque. Ce fut un voyage difficile et dangereux, spécialement la traversée du golfe de Floride où nous fûmes bien éprouvés par la tempête. Mais le grand Dieu, qui domine la terre et les mers, et qui plane sur les ailes du vent, nous préserva alors que notre navire semblait sur le point d'être renversé par la violence de l'ouragan, et qu'il subissait bien des avaries. Nous fîmes l'expérience que le Seigneur était un Dieu tout proche, et qu'il entendait les supplications de Ses enfants. En effet, alors que les vents faisaient rage, que la tempête sévissait avec la plus extrême violence, que les marins désemparés renonçaient presque à lutter contre les éléments déchaînés, nous invoquâmes le Seigneur, et Il calma les vents et la mer. Que le saint nom du Seigneur soit loué et béni ! La traversée de la Jamaïque au Maryland dura de six à sept semaines.
EN AMÉRIQUE Nous trouvâmes John Burnyeat qui avait l'intention de s'embarquer sous peu pour l'Angleterre; mais, à notre arrivée, il changea ses projets et se joignit à nous pour le service du Seigneur. Il avait convoqué une assemblée générale pour tous les Amis de la Province de Maryland, pour leur faire ses adieux; nous eûmes ainsi une occasion propice pour voir ensemble tous les Amis de la Province. Ce fut une très grande assemblée qui \dura quatre jours; il Y vint, outre les Amis, beaucoup de gens du de, dont certains très notoires : cinq ou six juges de paix, un membre de leur parlement et plusieurs autres personnes de marque ; ils parurent très satisfaits de la réunion. Quand les réunions publiques furent finies, commencèrent les réunions d'hommes et celles de femmes; j'exposai aux Amis qui y prenaient part en quoi consistait leur service et ils furent entièrement satisfaits. Après cela, nous nous rendîmes à un endroit nommé « Les Falaises », où une autre assemblée générale devait avoir lieu. A cette réunion-là aussi se rendirent beaucoup de gens du monde, ils reçurent la parole avec respect. Nous eûmes aussi une réunion d'hommes et une réunion de femmes et plusieurs réunions consacrées aux affaires de l'Eglise furent instituées. Puis nous nous séparâmes, nous répartissant différentes régions, pour le service de la Vérité. James Lancaster et John Cartwright s'embarquèrent pour la Nouvelle-Angleterre; William Edmundson et trois autres Amis partirent pour la Virginie où beaucoup de désordre s'était introduit; John Burnyeat, Robert Widders, George Pattison et moi, accompagnés de plusieurs Amis de la Province, prîmes le bateau pour La Rive Orientale de Chesapeake Bay, et nous tînmes là une réunion le Premier jour; plusieurs des notables de la région s'y trouvaient, entre autres deux juges de paix; un grand nombre des assistants reçurent la vérité avec joie, et les Amis furent grandement restaurés. Ce fut une grande réunion où l'on se sentait près du Ciel. Je fus poussé par le Seigneur à convoquer à cette réunion l'empereur des Indiens et ses rois. L'empereur vint et assista à l'assemblée; mais ses rois, qui habitaient à une plus grande distance arrivèrent plus tard avec leurs chefs Indiens. J'eus le soir deux bonnes occasions de m'entretenir avec eux ; ils entendirent volontiers la parole du Seigneur et lui rendirent témoignage. Je les exhortai à annoncer à leur peuple le message qu'ils avaient entendu de moi. Ils se comportèrent avec beaucoup de courtoisie et d'aménité, ils demandèrent où aurait lieu la prochaine réunion pour pouvoir s'y rendre; pourtant ils avouèrent qu'ils avaient eu à soutenir, avant de venir nous rencontrer, une grande discussion avec leur Conseil. Le jour suivant, nous nous mîmes en route, par la voie de terre, pour la Nouvelle-Angleterre, avec deux guides indiens; ce fut un pénible voyage dans la forêt et la brousse, à travers les marais et les grands fleuves. Un jour, un Indien isolé s'approcha de moi; au bout d'un moment, il se mit à me palper et à me tripoter en disant que mon sang était bon; une secrète intuition me fit deviner ses intentions; quoique je fusse seul, je ne ressentis aucune peur; à la fin, j'élevai ma main vers le ciel et je la laissai retomber vers la terre en lui déclarant que le grand Dieu le consumerait ; un autre l'ayant rejoint, ils chuchotèrent un moment ensemble et se retirèrent. Après avoir campé dans les bois, le lendemain, nous atteignîmes la rivière Saxifrax que nous traversâmes dans des « canoes », nos chevaux suivant à la nage. Nous arrivâmes à cheval au fleuve de Bohemia que nous franchîmes de la même manière. Nous nous reposâmes un moment dans une plantation, mais nous ne pûmes nous y arrêter longtemps car il nous restait encore trente milles à faire dans l'après-midi pour pouvoir atteindre la ville hollandaise de Newcastle, ce à quoi nous tenions beaucoup, aussi pressâmes-nous nos montures. Nous y réussîmes le 9e jour du Troisième mois; nous étions extrêmement fatigués et mouillés jusqu'à la peau. Le lendemain, nous partîmes de là et nous traversâmes le fleuve Delaware, non sans grand danger pour quelques-uns d'entre nous. Quand nous fûmes de l'autre côté, il nous fallut chercher de nouveaux guides qui furent très difficiles à trouver et se montrèrent très exigeants. Il y avait encore une région déserte à traverser, des forêts vierges où l'on disait qu'aucun cavalier n'avait encore passé; aucun Anglais ne s'y trouvait lorsque nous le traversâmes. Il nous est arrivé de voyager un jour entier sans rencontrer âme qui vive, sans voir une maison où une habitation quelconque. Parfois nous couchions dans les bois près d'un feu, parfois dans les huttes des Indiens. Nous arrivâmes un soir à une ville indienne, et nous logeâmes dans la maison du roi, qui était un très digne homme. Lui et sa femme, nous reçurent très affectueusement. Nous arrivâmes enfin à Middleton, une plantation anglaise à l'est de Jersey; il Y avait là quelques Amis, mais nous ne nous arrêtâmes point, car nous nous sentions intérieurement pressés de nous rendre à la réunion biannuelle des Amis, à Oyster-Bay, dans Long-Island, dont nous étions très rapprochés. La réunion biannuelle commença le ne jour du Troisième Mois, et dura quatre jours. Nous eûmes les premier et second \jours des réunions d'adoration, ouvertes au public; des gens du monde y assistèrent; le Troisième jour avaient lieu les assemblées d'hommes et de femmes où l'on discutait des affaires de l’Eglise. Nous rencontrâmes là quelques personnes animées d'un mauvais esprit qui s'étaient écartées de la Vérité pour suivre les préjugés, la controverse et l'opposition contre l'ordre de la vérité et des Amis qui persévérèrent en elle. De plus ils furent très embarrassants pour les Amis durant réunions et en d'autres endroits, et il était probable qu'ils veuillent encore nous importuner, mais je ne voulus pas que le service de la réunion de nos hommes et de nos femmes fût entravé et compromis par les arguments frivoles de ces gens là. Je leur fis savoir que, s'ils avaient quoi que ce soit à objecter contre l'ordre de la Vérité qui nous régissait, nous convoquerions un autre jour une réunion dans le but d'entendre leurs objections. Et en effet, j'y travaillais fort, et voyageai plus durement pour parvenir à cette réunion, nous nous attendions à ce que plusieurs de ces disputeurs soient présents; parce que j'avais compris qu'ils avaient considérablement réfléchi à mon sujet pendant mon absence. Les assemblées d'hommes et de femmes étant terminées, nous eûmes le Quatrième jour une réunion avec tous les gens mécontents qui souhaitaient venir, également tous les Amis qui désiraient être présent; la puissance du Seigneur éclata glorieusement de façon à confondre les contradicteurs. Quelques-uns de ceux qui avaient été à l'origine de ce conflit mal intentionné essayèrent de m'enjôler en rejetant la faute sur les autres; mais cet esprit de tromperie fut jugé et condamné, la glorieuse vérité de Dieu fut exaltée et domina toutes choses ; ils furent tous humiliés et abattus ; ce qui fut très utile à la Vérité et d'une grande satisfaction et d'un grand réconfort pour les Amis ; Gloire en soit rendue au Seigneur ! Après que les Amis furent repartis pour leurs domiciles respectifs, nous séjournâmes quelques jours dans l'île; nous y tînmes des réunions de différents côtés, et nous eûmes là un bon service pour le Seigneur. Quand nous nous sentîmes ainsi déchargés vis-à-vis de l'île, nous retournâmes à Oyster-Bay, attendant que le vent pût nous pousser vers Rhode Island, qu'on estimait être à environ deux cents milles. Nous y fûmes accueillis joyeusement par les Amis. Nous logions chez Nicolas Easton qui était à ce moment-là gouverneur de l'île. Le Premier jour qui suivit, nous eûmes une grande réunion à laquelle assistèrent le sous-gouverneur et plusieurs juges qui furent profondément touchés par la Vérité. La semaine suivante, l'Assemblée annuelle pour tous les Amis de la Nouvelle-Angleterre et des colonies adjacentes se réunit dans l'île; un grand nombre d'Amis y vinrent de toutes parts, entre autres John Stubbs qui arriva des Barbades, et James Lancaster venant d'une autre direction avec John Cartwright. Cette assemblée dura six jours, les quatre premiers jours étant consacrés à de grandes réunions religieuses publiques auxquelles se rendirent en foule des gens du monde venant de diverses autres colonies; en effet, comme il n'y avait pas de prêtres dans l'île, aucune restriction n'était imposée à l'exercice du culte, quel qu'il fût; le gouverneur et le sous-gouverneur, ainsi que plusieurs juges de paix, fréquentaient quotidiennement les réunions; ce qui encouragea tellement la population qu'elle affia de toutes les parties de l'île. Nous eûmes là un bon service et la Vérité fut bien accueillie. J'ai rarement vu des gens écouter avec plus d'attention, d'ardeur et d'affection que ne le fit, d'une façon générale cette assemblée pendant quatre jours consécutifs; et d'autres Amis firent la même remarque. Quand ces réunions publiques eurent pris fin, commença l'assemblée des hommes qui fut nombreuse et importante; le jour suivant avait lieu l'assemblée des femmes qui fut aussi nombreuse et très solennelle. Ces deux réunions étaient consacrées aux affaires de l'Eglise et beaucoup de choses importantes y furent exposées et communiquées aux assistants. Au cours de ces deux séances plusieurs réunions d'hommes et de femmes furent instituées pour veiller aux soins des pauvres et à d'autres affaires de l'Eglise; quand cette grande assemblée générale de Rhode Island fut terminée, les Amis eurent quelque peine à sé séparer, car la puissance glorieuse du Seigneur qui était sur eux tous, les avaient si étroitement unis et liés les uns aux autres qu'il leur fallut deux jours pour se séparer et prendre congé. Robert Widder et moi prolongeâmes encore un peu notre séjour dans l'île; nous trouvions là une bonne occasion de servir le Seigneur, grâce à l'ouverture de cœur de la population, et à l'affluence constante de nouveaux venus qui continuèrent à arriver d'autres colonies quelque temps après l'assemblée générale; en sorte que nous pûmes avoir parmi eux pendant plusieurs jours de grandes et utiles réunions. Nous eûmes ensuite le 30e jour du Quatrième Mois, à Providence, une réunion qui fut très nombreuse et qui groupait des gens de toutes conditions et de diverses sectes; j'étais en grand travail d'esprit au sujet de cette réunion, car les assistants étaient, en général, plus imbus de théories que les prêtres eux-mêmes; quelques-uns étaient même venus exprès pour disputer. Mais le Seigneur, sur lequel nos comptions, fut avec nous, et Sa puissance domina toute l'assemblée; Sa Semence bénie fut exaltée devant tous. Les disputeurs gardèrent le silence, la réunion fut tranquille et se termina sans encombre; loué soit le Seigneur ! Les gens s'en allèrent entièrement satisfaits et très désireux d'avoir une autre réunion. Après cela, nous allâmes à Narraganset, à environ vingt milles de Rhode Island; le gouverneur était avec nous. Le 13e jour du Cinquième Mois, nous eûmes une réunion dans la maison d'un juge, où les Amis ne s'étaient encore jamais réunis. La plus grande partie des habitants y assistaient, il vint aussi des gens du Connecticut et d'autres endroits, dont quatre juges de paix. La plupart d'entre eux n'avaient jamais entendu des Amis; ils furent profondément impressionnés par cette réunion, une grande aspiration vers la vérité se manifesta parmi eux ; notre réunion put donc être très profitable; que le Seigneur en soit béni éternellement! Dans un autre endroit j'entendis quelques-uns des magistrats qui se disaient l'un à l'autre que, s'ils avaient assez d'argent, ils m'engageraient pour être leur ministre. C'est qu'ils ne nous comprenaient pas bien, nous et nos principes; mais, quand j'en entendis parler, je dis: « C'est le moment que je m'en aille, car si leurs yeux sont ainsi fixés sur moi, ou sur l'un de nous, ils ne parviendront pas à leur vrai Maître. » En effet, ce désir d'engager des ministres leur avait fait du tort, en les empêchant de perfectionner leurs propres talents: notre travail à nous était de mener tous les hommes en leur propre Maître, en eux-mêmes. Nous allâmes ensuite à Shelter Island. Le jour suivant étant le Premier jour de la semaine, nous eûmes une réunion. J'en eus une autre, la même semaine, parmi les Indiens; le roi, son conseil et .environ une centaine d'Indiens y assistaient. Ils restèrent assis comme des Amis et écoutèrent très attentivement pendant que je leur parlais au moyen d'un interprète. Après la réunion, ils se montrèrent très affectueux et confessèrent que ce qui leur avait été dit était la vérité. Le Premier jour qui suivit, nous eûmes dans l'île une grande réunion à laquelle vinrent beaucoup de gens du monde qui n'avaient jamais encore entendu des Amis. Ils furent très satisfaits et, quand ce fut fini, ils ne voulurent pas partir avant d'avoir parlé avec moi ; et je vis qu'ils étaient vraiment saisis par la vérité ; de bons désirs avaient pris naissance en eux, et un grand amour. J'ai organisé parmi eux une réunion bimensuelle, et un Ami, Joseph Silvester, doit leur lire l'Ecriture. Que le Seigneur soit béni, Son nom se fait connaître, il sera grand parmi les nations et terrible parmi les Gentils. D'Oyster-Bay, nous fîmes environ trente milles pour arriver à Flushing, où nous eûmes une très grande réunion. Nous passâmes ensuite par la ville de Jamaïca pour aller à Gravesend, à environ vingt milles de Flushing, et nous eûmes là trois précieuses réunions; beaucoup auraient voulu y venir de New York, mais le temps les en empêcha. UNE GUÉRISON INATTENDUE Pendant que nous étions près de Shrewsbury, survint un accident qui fut, au moment même, une grande épreuve pour nous. John Jay, un Ami, un aimable et riche planteur des Barbades, qui était venu avec nous de Rhode Island et qui avait l'intention de nous accompagner à travers bois jusqu'au Maryland, venait d'enfourcher un cheval qu'il essayait; le cheval le désarçonna, il tomba sur la tête et se rompit la nuque, à ce qu'on crut. Ceux qui se trouvaient là le crurent mort, et le déposèrent sur un tronc d'arbre. Je le rejoignis aussitôt que je le pus; l'ayant tâté, je vis qu'il était mort. Comme j'étais debout près de lui, m'apitoyant sur lui sur la nombreuse famille qu'il laissait, je le pris par les cheveux et je vis que sa tête ballottait dans tous les sens, tant le cou était désarticulé. Sur quoi, posant ma canne et mes gants, je pris sa tête entre mes mains, et, appuyant mes genoux contre l'arbre, je soulevai sa tête. Je m'aperçus alors qu'il n'avait rien de cassé. Mettant ensuite une main sous son menton et l'autre derrière sa tête, je levai sa tête deux ou trois fois de toute ma force et je la remis en place. Je constatai bientôt que son cou redevenait ferme ; il commença alors à faire des bruits de gorge et peu après à respirer. Les gens étaient stupéfaits : mais je leur dis d'avoir bon courage et de le porter dans la maison. C'est ce qu'ils firent et ils l'installèrent près du feu. Je leur dis de lui préparer une boisson chaude et de le mettre au lit. Un moment après son entrée dans la maison, il commença à parler; mais il ne se souvenait pas ce qui s'était passé. Nous partîmes le jour suivant et il nous accompagna, en assez bon état; nous fîmes environ seize milles pour aller à une· réunion à Middletown, à travers des bois, des marécages et une rivière que nos chevaux passèrent à la nage et dont nous fîmes la traversée sur un tronc d'arbre. Après cela il voyagea plusieurs centaines de milles avec nous. Après la réunion, nous allâmes à Middletown Harbour, à environ cinq milles, afin de commencer, le lendemain matin, notre long voyage dans la direction du Maryland; nous avions engagé des Indiens comme guides. Après bien des difficultés, nous arrivâmes à Newcastle, autrefois New Amsterdam; nous étions très fatigués. Après avoir remonté les fleuves Sasapas, couché dans les bois, traversé des rivières et des marécages impraticables, nous arrivâmes à Miles River dans le Maryland où nous eûmes une réunion. Puis, après avoir fait vingt-deux milles, nous en eûmes une autre sur le Kentishshore ; un des juges y assista; quand un Ami alla l'inviter à cette réunion, il répondit qu' « il irait aussi loin qu'aucun de ceux qui l'avaient invité pour entendre parler M. Fox, car il le tenait pour un homme instruit. » J'avais eu précédemment une bonne rencontre avec des Indiens. Je leur avais parlé au moyen d'un interprète; ils avaient écouté attentivement la vérité et s'étaient montrés très affectueux. Cette réunion fut bénie et très utile, soit pour convaincre, soit pour affermir dans la vérité. L'empereur dit qu'il croyait que j'étais un très honnête homme. Loué soit le Seigneur, qui permet à Sa vérité bénie de se propager ! Après la réunion, une femme dont le mari était l'un des juges de la région et un membre de l'assemblée, vint me trouver ; elle me dit que son mari était malade et ne paraissait pas pouvoir guérir, et elle me demanda d'aller le voir avec elle. Sa maison était à trois milles de là ; comme je sortais encore tout échauffé de la réunion, c'était dur pour moi de partir tout de suite; cependant, puisqu'il s'agissait du service, je pris un cheval et je me rendis avec elle auprès de son mari à qui je transmis le message que le Seigneur m'avait donné pour lui : cet homme fut grandement restauré et admirablement ranimé par la puissance du Seigneur; il vint, dans la suite, à nos réunions. Je retournai ce soir-là vers les Amis; puis nous repartîmes le 36 jour du Huitième Mois pour aller à l'Assemblée générale de tous les Amis du Maryland. qui dura cinq jours. Beaucoup de protestants de différentes catégories et quelques papistes assistèrent aux réunions publiques ; parmi ces derniers se trouvaient plusieurs magistrats et leurs femmes, et d'autres notables du pays. Le public était si nombreux (sans compter les Amis) qu'à une de ces réunions on estima à un millier le nombre des participants. Je faisais chaque jour quatre ou cinq milles en bateau pour m'y rendre et il y avait tant de bateaux sur la rivière qu'on aurait pu se croire sur la Tamise. Les gens disaient qu'on n'en avait jamais vu autant. L'un des juges déclara qu'il n'avait jamais vu d'assemblée aussi nombreuse dans le pays. Ce fut une réunion vraiment céleste, où la présence du Seigneur se manifesta glorieusement, où les Amis furent délicieusement rafraîchis, la plupart des assistants satisfaits, et beaucoup convaincus. Ils disaient qu'ils n'avaient jamais entendu expliquer les Ecritures d'une façon si claire, car, ajoutaient-ils : « Il les connaît sur le bout du doigt; il en parle comme s'il lisait dans un livre ouvert devant lui. » Quand les réunions publiques eurent pris fin, les assemblées d'hommes et de femmes commencèrent. Le 10 e jour du Huitième Mois, nous partîmes de là; nous fîmes environ trente milles en bateau, passant par Crane Island, Swan Island et Kent Island; le temps était très mauvais et pluvieux, en sorte que nous fûmes considérablement mouillés et nous courûmes en outre un grand danger; beaucoup, parmi les gens du monde, croyaient que nous n'en réchapperions pas jusqu'au moment où ils nous virent atterrir le lendemain matin, sains et saufs. Nous fîmes voile ensuite pour la Virginie et nous arrivâmes au bout de trois jours à un endroit nommé Nancemum, à environ deux cents milles du Maryland. Nous eûmes à faire face, au cours de ce voyage, aux mêmes difficultés que dans les précédents: mauvais temps, pluie, tempêtes, nuits passées dans les bois, auprès d'un feu. A Nancemum, se trouvait une Amie, la veuve Wright. Nous eûmes chez elle, le lendemain de notre arrivée, une réunion à laquelle assistaient des Amis et d'autres gens. Il y avait entre autres le colonel Dewes, ainsi que plusieurs autres fonctionnaires et magistrats, qui furent saisis par la vérité qu'on leur annonçait. Après cela, nous nous hâtâmes vers la Caroline; nous tînmes cependant en cours de route plusieurs réunions fructueuses; l'une, à environ quatre milles de Nancemum Water, qui fut très précieuse et où fut fondée une réunion d'hommes et de femmes pour prendre en mains les affaires de l'Eglise. Nous eûmes aussi une très bonne réunion chez William Yarrow, à Pagan Creek ; elle était si nombreuse que nous faillîmes renoncer à la faire à l'intérieur, la maison n'étant pas assez grande pour contenir tout ce monde. Il y eut là une grande ouverture des cœurs, la Vérité résonna au loin, elle pénétra dans les cœurs comme un parfum; que le Seigneur en ait la gloire à jamais! Après cela, notre chemin vers la Caroline devint plus mauvais encore; il était le plus souvent fangeux, plein de marécages affreux et de fondrières ; nous étions en général mouillés jusqu'aux genoux et nous couchions dans les bois, près d'un feu, à part une nuit que nous passâmes dans une pauvre maison à Sommertown, couchés auprès du feu. La maîtresse de cette maison avait le sens des choses de Dieu. Le bruit de notre voyage s'était répandu jusque-là et avait amené quelques personnes des environs de Sommertown à cette maison, dans l'espoir de nous voir et de nous entendre (tant la Vérité avait accès dans cette contrée sauvage) ; mais elles nous manquèrent. Le jour suivant, le 21e du Neuvième Mois, après une rude étape à travers les bois, les fondrières et les marécages, nous atteignîmes Bonner's Creek; nous y passâmes la nuit dans une maison au coin d'un feu, la femme nous prêta une natte pour nous étendre. Ce fut la première maison où nous entrâmes en Caroline; c'est là que nous laissâmes nos chevaux exténués par le voyage. De là, nous descendîmes la crique en canoe jusqu'à Macocomocock River; nous arrivâmes à la maison de Hugh Smith, où des gens du monde vinrent nous voir (car il n'y avait pas d'Amis dans cette région). Beaucoup d'entre eux nous reçurent avec joie. Parmi ceux-ci se trouvait Nathaniel Batts, qui avait été gouverneur de Roanoke. Il s'informa auprès de moi d'une femme de Cumberland dont il avait entendu dire qu'elle avait été guérie par nos prières et l'imposition des mains, après avoir été longtemps malade et abandonnée par les médecins; il désirait avoir la confirmation de ce fait. Je lui dis que nous ne tirions pas gloire de ces choses, mais que beaucoup de guérisons semblables avaient été accomplies par la puissance du Christ. Non loin de là, nous eûmes une réunion et les assistants furent saisis par la vérité : que le Seigneur en soit béni ! Descendant ensuite la rivière Roanoke en canoe, nous arrivâmes à la baie de Coney-Hoe où nous entrâmes dans la maison d'un capitaine, qui fut très aimable et nous prêta son bateau, car nous étions bien mouillés dans le canoe où l'eau entrait et nous éclaboussait. Le gouverneur et sa femme nous reçurent ensuite affectueusement ; mais il y avait chez eux un docteur qui voulait absolument discuter avec nous. Son opposition nous rendit grand service en nous donnant l'occasion d'expliquer au peuple beaucoup de choses concernant la lumière et l'esprit de Dieu. Le Docteur niait que la Lumière puisse être en tout homme, affirmant qu'elle est absente chez les Indiens. Sur quoi, je fis venir un Indien, et lui demandai si, oui ou non, lorsqu'il mentait ou causait du tort à quelqu'un, n'y avait-il pas en lui quelque chose qui le lui reprochait? Il répondit qu'effectivement il y avait en lui quelque chose qui le lui reprochait. et qu'il avait honte lorsqu'il agissait mal ou bien qu'il parlait faussement. Le Docteur eût tellement honte devant le Gouverneur et le peuple; tellement que le pauvre homme allongea ses arguments si loin qu'au bout du compte il finit par renier les Écritures. Après avoir visité la partie nord de la Caroline et ouvert un petit accès à la Vérité parmi ses habitants, nous reprîmes le chemin de la Virginie, tenant en chemin plusieurs réunions ; les gens étant d'une façon générale bien disposés et accessibles. Nous apprîmes par des Amis que William Edmundson, après avoir été à Rhode Island et à la Nouvelle-Angleterre, était reparti pour l'Irlande; que Solomon Eccles, revenant de la Jamaïque et ayant atterri à Boston en Nouvelle-Angleterre y avait été arrêté dans une réunion et banni aux Barbades ; que John Stubbs et un autre Ami étaient partis pour New Jersey, et que plusieurs autres Amis s'étaient rendus aux Barbades, à la Jamaïque et aux îles Leeward. Ce fut pour nous un sujet de joie d'apprendre que l'œuvre du Seigneur continuait et prospérait et que les Amis étaient infatigables et zélés dans le service. Le 27e jour, nous eûmes une réunion très précieuse dans un débit de tabac; le jour suivant, nous retournâmes chez James Preston, à environ dix-huit milles de là. Quand nous y arrivâmes, nous vîmes que sa maison avait été brûlée de fond en comble la nuit précédente, par suite de la négligence d'une servante; nous dûmes donc passer trois nuits couchés sur le sol près du feu, par un froid très vif. Nous avions laissé dans cette même maison nos malles avec nos vêtements et d'autres objets nécessaires, ainsi que mon grand coffre et celui de James Lancaster, et tout était brûlé. Nous avions ensuite l'intention d'aller à Anamessic; le 12 du mois, nous partîmes en bateau; voyageant de nuit, nous nous ensablâmes dans une crique près de Manokin River. Nous fûmes obligés de rester là jusqu'au matin, où la marée souleva notre bateau. Pendant ce temps, assis dans un bateau découvert, par un froid intense, quelques-uns d'entre nous faillirent perdre l'usage de leurs mains gelées et paralysées par le froid. ...Il y avait a cette réunion une femme vivant à Anamessic, qui depuis plusieurs années avait l'esprit troublé, et quelque fois pouvait s'asseoir et broyer du noir pendant près de deux mois sans arrêt; elle pouvait à peine parler ou s'occuper de quoique ce soit. quand on me parla d'elle par, Je fus poussé par le Seigneur à aller la voir, et lui dire, 'que le salut était entré dans sa maison.' Après lui avoir parlé la parole de vie, et intercédé auprès du Seigneur pour elle, elle fût guéri. Elle vînt aux réunions dans le secteur avec nous, et depuis ce temps, se porte bien; Béni soit le Seigneur! ... Etant ainsi déchargés vis-à-vis de ces régions, nous quittâmes Anamessic le 7, et, après avoir fait environ cinquante milles en bateau, nous arrivâmes à la maison d'une aimable femme à Hunger River. Nous eûmes une très rude traversée pour arriver à cet endroit, et nous fûmes en grand péril, car le bateau faillit être retourné; je perdis mon chapeau et mon bonnet ; nous réussîmes cependant à les retrouver, au prix de grands efforts; et par la bonne providence de Dieu, nous arrivâmes sains et saufs; loué soit Son nom ! Nous eûmes une réunion en cet endroit; parmi les personnes présentes se trouvaient deux Papistes, un homme et une femme; il était très bien disposé et elle confessa la vérité. Nous eûmes beaucoup de réunions dans différentes parties de ce pays. La plupart de celles-ci furent nombreuses, beaucoup de gens du monde y prenant part, dont plusieurs étaient parmi les plus considérables d'après l'opinion du monde. La puissance du Seigneur, Sa présence vivante fut avec nous, et elle se manifesta abondamment parmi le peuple; par elle les cœurs furent attendris et s'ouvrirent pour recevoir la vérité, qui les pénétra comme un parfum de bonne odeur; que le Seigneur soit béni éternellement !
RETOUR EN ANGLETERRE Après avoir voyagé à travers la plus grande partie de ce pays et visité la plupart des plantations, comme notre séjour avait été fructueux et que nous avions fait entendre un cri d'alarme devant tous ceux que nous avions rencontrés et proclamé parmi eux le jour du salut de Dieu, nous nous sentîmes déchargés vis-à-vis de cette partie du monde et attirés de nouveau vers la vieille Angleterre. Cependant, nous nous sentîmes libres vis-à-vis du Seigneur de rester pour l'Assemblée générale du Maryland, afin de voir, avant de partir, la plupart des Amis réunis. Et la Providence qui nous avait accompagnés et gardés à travers notre voyage veilla sur notre retour et nous ramena sains et saufs ; que les actions de grâces et les louanges soient données à Son saint nom à jamais ! Nous eûmes à bord beaucoup de douces et précieuses réunions pendant ce voyage (en général deux par semaine), où la présence bénie du Seigneur nous restaura grandement et où les assistants furent souvent attendris et brisés. Nous atterrîmes l'après-midi et nous allâmes à Shirehampton où nous louâmes des chevaux; ce soir-là, le 28e jour du Quatrième Mois, nous arrivâmes à cheval à Bristol où les Amis nous reçurent avec grande joie. J'écrivis dans la soirée à ma femme pour lui annoncer notre retour. Entre mon retour et la foire, ma femme descendit du Nord à Bristol accompagnée de son gendre Thomas Lower et ainsi que deux de ses filles. Son autre gendre John Rouse, William Penn et son épouse, et Gérard Roberts vinrent de Londres, (et plusieurs amis venant de partie de la nation à la foire), et nous eûmes là plusieurs glorieuses réunions, car la puissance et la vie infinie du Seigneur était sur tous. À la lumière de ces fraîches ouvertures, je fus poussé à proclamer au sujet de trois domaines et de trois enseignants. Après que j'eus fini mon service pour le Seigneur dans cette ville, je quittai pour le Gloucestershire, où nous eûmes plusieurs grandes et précieuses réunions; et la puissance qui dure à toujours du Seigneur se déversa sur tous. Du Gloucestershire je me dirigeai dans le Wiltshire, où nous eûmes aussi plusieurs réunions bénies. A Slattenford dans le Wiltshire, nous eûmes une très bonne réunion, même si nous avions rencontré beaucoup d'opposition de la part de plusieurs, qui s'étaient dressés contre les réunions féminines; desquelles je me fut senti incité par le Seigneur à recommander à certains amis, au bénéfice de l'Église du Christ. ‘Donc, ces femmes fidèles, appelées à la croyance de la vérité, rendues participantes de cette même foi précieuse, et héritières de ce même évangile de vie et de salut qui dure à tout jamais, comme les hommes le sont, pourraient de cette manière venir à posséder et pratiquer l'ordre de l'Évangile. Là, elles peuvent devenir partenaires avec les hommes dans la restauration, dans le service de la vérité, et dans les affaires de l'Église, comme elles le sont à l'extérieur dans le civil ou les choses temporelles. Pour que la famille entière de Dieu, les femmes comme les hommes, puisse savoir, posséder, exécuter et s'acquitter de leurs fonctions et services dans la maison de Dieu. De cette manière, le pauvre pourrait être celui dont on s'occupe le mieux; les plus jeunes, instruits, informés et éduqués dans la voie de Dieu; ceux de moeurs relâchées et désordonnés réprouvés et réprimandés dans la crainte du Seigneur; la clarté des personnes se demandant en mariage, plus rapprochées et strictement questionnées dans la sagesse de Dieu; et tous les membres du corps spirituel de l'Église pourraient se surveiller et s'entraider l'un l'autre dans l'amour. ' Après que ces opposants rencontrèrent beaucoup de conflits et de querelles, la puissance du Seigneur terrassa l'un de leurs chefs, Coleman, pour que son esprit agonise, et il fut sensible au mal qu'il avait fait, en s'opposant à la puissance divine de Dieu. Il confessa ses erreurs devant des amis et plus tard, écrivit une lettre de réforme dans lequel il écrit, 'Il s'opposa obstinément (malgré que je l'aie souvent averti de prêter attention), jusqu'à ce que le feu du Seigneur brûle en lui, et il vit l'Ange du Seigneur avec l'épée tirée à la main, prêt à le retrancher.' {Je lui dis que s'il sentait le pardon du Seigneur, contre lequel, dans son pouvoir il s'opposa, empêchant ainsi son peuple de l'obtenir, je le lui offrirais librement. C'est alors qu'il vint à moi m'offrant ses services pour m'aider dans l'établissement des réunions féminines, mais je lui dis d'attendre jusqu'à ce qu'il ressente le pardon dans la puissance du Seigneur, car le Seigneur n'avait aucun besoin de lui dans cette condition. Nous eûmes une rencontre bénie lors de l'établissement des réunions féminines; et dans la puissance bénie de Dieu, tous ses héritiers prirent possession de l'Évangile et ses commandements. Mais Coleman et les autres, lorsqu'ils s'opposaient aux réunions féminines, me demandèrent si ce n'était pas un commandement de Dieu qu'un homme devrait dominer son épouse, et par conséquent, il la dominerait; et l'apôtre ne dit-il pas que, "Je ne permets pas à la femme d'enseigner; " donc où avons-nous lu à propos de doyennes ou de femmes-apôtres? Il dit aussi que c'était une offense aux anciens que d'instaurer des réunions féminines. Je lui dis que lui et les autres étaient des anciens dans la chute, dominant leurs femmes dans la chute; mais qu'ils ne doivent pas dominer les veuves, les jeunes femmes célibataires, et les épouses d'autres hommes. Je lui montrai que Dorcas était une disciple et que l'apôtre commanda que les doyennes soient enseignantes des bonnes choses pour les jeunes femmes. Même quand l'apôtre disait, "Je ne permets pas à la femme d'enseigner ou d'usurper l'autorité sur l'homme, comme la loi le dit aussi, car Ève fut la première pécheresse," de tels enseignements comme Ève enseignant à son mari, usurpa l'autorité de l'homme, ce qui est interdit; mais l'apôtre dit aussi que les filles et les servantes devraient prophétiser, ce qu'elles firent, dans le temps de la loi et de l'évangile. L'homme et la femme furent partenaires bien avant leur chute de l'image de Dieu avec justice et sainteté, et donc ils redeviendront partenaires à travers le rétablissement de l'homme et de la femme en Christ Jésus. Je lui dis que sa domination sur sa femme ainsi que son ancienneté restait dans la chute, car il était encore dans la transgression; et il n'était pas un ancien à l'image de Dieu, ou à Sa justice et Sa sainteté, comme c'était avant la transgression; mais après que l'homme et la femme sont restaurés à l'image de Dieu, ils redeviennent partenaires dans la souveraineté de tout ce que Dieu a fait.} ……………………………………………………………………………………………………………….. Nous repartîmes ensuite, en remontant la Tamise, visitant des Amis sur notre route, jusqu'à ce que nous arrivâmes à Kingston-upon-Thames, où ma femme et sa fille Rachel me rejoignirent. Je ne restai pas longtemps à Kingston, et repartis pour Londres où je trouvai les Baptistes et les Sociniens ainsi que quelques apostats devenus très insolents et qui avaient publié beaucoup de livres contre nous; je fus donc soumis à une grande tribulation avant d'aller assister à des réunions à Londres. Mais, béni soit le Seigneur, Sa puissance vint sur eux tous, et les mensonges, les vilenies et les calomnies contenus dans leurs livres furent réfutés. Je retournai à Londres car j'avais appris que beaucoup d'Amis étaient traduits devant les magistrats, plusieurs même déjà emprisonnés à Londres et dans d'autres villes pour avoir ouvert leurs boutiques les « jours sacrés » et les « jours de jeûne » (comme on les appelait). Or les Amis ne pouvaient faire autrement, sachant qu'aux temps des apôtres les vrais chrétiens n'observaient pas les jours sacrés des Juifs; il ne nous était donc pas loisible d'observer les jours « sacrés » des Païens et des Papistes que les soi-disant chrétiens ont instaurés depuis le temps des apôtres. Car Jésus-Christ nous a rachetés de l'observance des jours, Il nous a introduits dans Son Jour qui vient d'en haut, nous sommes en Lui, le Maître du Sabbat juif, la réalisation vivante des symboles des Juifs. Le soir, comme nous soupions tranquillement, j'eus la sensation intérieure, précise, positive, que j'allais être arrêté. Je n'en laissai rien paraître. Tout était terminé, les assistants partis depuis longtemps, j'étais au salon causant avec Thomas Lower et quelques amis, quand un prétendu juge nommé Henry Parker, se présenta accompagné d'un prêtre, nommé Rowland Hains. La bonne des enfants du juge, qui appartenait aux Amis, avait demandé à sa maîtresse la permission d'aller à la réunion pour me voir, celle-ci avertit son mari, qui, tout de suite, complota avec le prêtre (qui déjeunait chez eux) de venir nous prendre sur le fait et de m'arrêter... Seulement, quand ils arrivèrent, tout le monde était parti. On ne pouvait donc pas constater : « une réunion ». Mais c'était moi qu'il visait et j'étais dans la maison avec Thomas Lower ... Bien qu'il n'y eût pas la moindre charge à relever contre nous, il nous envoya tous deux à la prison de Worcester. |
