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CHAPITRE XXII Emprisonnement à Worcester et retour à Swarthmoor 1673-1675
Emprisonné sans espoir d'être relâché avant la Session trimestrielle, j'écrivis à ma femme la lettre suivante :
J'avais appris depuis mon emprisonnement que ma mère désirait ardemment me voir avant de mourir ; quand elle apprit que j'étais arrêté, cela lui donna un coup au cœur et elle en mourut, comme je l'appris par une lettre d'un docteur de son pays. J'en eus le cœur profondément labouré, car je l'aimais autant qu'on peut aimer une mère, mais quand mon esprit eut surmonté cette crise, je vis ma mère ressuscitée, et mon père selon la chair m'apparut de la même manière. Après quelque temps de détention, nous jugeâmes convenable d'exposer notre cas devant Lord Windsor, lord lieutenant du Worcestershire et les autres magistrats. Mais cette démarche auprès du Lord Windsor ne nous valut pas d'être libérés. Thomas Lower, bien qu'il eût reçu des lettres concernant des libérations, par affection pour moi ne voulut pas l'envisager. Nous restâmes donc prisonniers jusqu'à la prochaine Session trimestrielle; à ce moment-là, plusieurs Amis venus des environs parlèrent de nous aux juges qui répondirent fort honnêtement, assurant que nous serions acquittés, car un grand nombre de juges désapprouvaient, en effet, la sévérité dont Parker avait usé envers nous et n'étaient pas disposés à nous prendre au piège en nous faisant prêter serment. Nous ne fûmes appelés que le dernier jour de la Session, le 21e jour du Onzième Mois, 1673 (-4). Quand ils nous virent entrer, ils pâlirent, et demeurèrent silencieux; si bien qu'un boucher qui se trouvait dans la salle s'écria: « Eh bien, ils ont peur! Les juges n'osent pas leur parler? » Enfin, avant qu'on nous eût adressé la parole, le juge Parker fit un long discours à la Cour, répétant ce qui était dit dans le mandat d'arrêt, mentionnant souvent les lois en usage, mais sans en indiquer aucune que nous eussions violée; ajoutant qu'il avait cru faire preuve d'indulgence en mettant deux d'entre nous en prison au lieu de nous imposer une amende de deux cents livres que nous aurions dû payer s'il nous avait appliqué la loi relative aux conventicules. En parlant ainsi, il se montrait très ignorant ou très peu véridique, car, il n'avait aucune preuve lui permettant de nous mettre en accusation, puisque aucune réunion n'avait eu lieu. Quand Parker eut terminé son discours, les juges s'adressèrent à nous, commençant par Thomas Lower qu'ils interrogèrent sur les motifs qui l'avaient amené dans ce pays ; à quoi il répondit d'une façon très complète. Quand ils curent fini avec lui, ils me demandèrent de rendre compte de mon voyage, ce que je fis. Après que i le Président et Parker chuchotèrent un moment ensemble, puis le président se leva et dit: « M. Fox, vous êtes un homme célèbre, et tout ce que vous avez dit est peut-être vrai; mais pour nous le prouver, voulez-vous prêter le serment d'obéissance et de fidélité ? » « Vous avez promis, dis-je, de ne pas nous tendre de piège, mais ce que vous demandez en est un, puisque vous savez que nous ne pouvons pas prêter serment. » Ils ordonnèrent quand même qu'on donnât lecture de la formule de serment. Je répétai la même chose ajoutant que j'avais toujours été fidèle au gouvernement; que j'avais été jeté dans le donjon de Derby et retenu prisonnier six mois pour avoir refusé de prendre les armes contre le Roi Charles au combat de Worcester ; et que, pour avoir été aux réunions, on m'avait emmené du Leicestershire et traduit devant Olivier Cromwell, m'accusant d'avoir conspiré pour faire monter le Roi Charles sur le trône. Pendant que je parlais, ils criaient : « Donnez-lui le livre » ; et je répondis : « Le livre dit: Ne jurez pas du tout. » Alors ce furent des hurlements: « Emmenez-le, geôlier » ; et comme je continuais à parler, ils continuaient tous à la fois: « Emmenez-le, geôlier ! Emmenez-le ! Sans cela nous allons avoir une réunion ici ! » Alors le geôlier me tira dehors. Me retournant, j'étendis le bras et leur dis : « Que le Seigneur vous pardonne, vous qui me jetez en prison parce que j'obéis à la doctrine de Christ. » Quand on m'eut emmené, Thomas fut retenu et on lui dit qu'il était libre. Il aurait voulu alors discuter avec eux et demander pourquoi je n'étais pas libéré aussi bien que lui, puisque nous avions été arrêtés ensemble et que nos cas étaient semblables. Mais on refusa de l'entendre en disant: « Vous pouvez aller à vos affaires, nous n'avons rien à vous dire puisque vous êtes relâché. » Il ne put rien obtenir d'autre. ......Peu de temps après Dr Crowder vînt à la prison, prétendant vouloir discuter avec moi, et aussi parler à Thomas Lower à propos de cette affaire; il avait amené quelqu'un avec lui, lui-même étant un dirigeant d'église à Worcester. Lorsqu'il entra, il me demanda pour quelle raison j'étais en prison. “Ne sais-tu pas pourquoi?” dis-je. “N'étais-tu pas sur le banc, quand les Juges Simpson et Parker voulurent me faire prêter serment?” “N'est-tu pas mêlé à cela?” Alors il dit, “Il est légale de jurer; Christ n'avait pas interdit de jurer devant un magistrat; par contre jurer par le soleil et ainsi de suite.”Je lui ai demandé de prouver cela par les écritures, mais il en était incapable. Alors il amena cette citation de Paul, “Tout m'est permis.” 1 Cor 6:12. “Et si ,”dit-il, “tout lui était permis, il lui était donc également permis de jurer.” “Par cet argument,” lui dis-je, “tu peux également affirmer que l'ivresse, l'adultère, ainsi que toute autres manières de pécher y compris la méchanceté sont également permis, tout autant que de jurer.” “Pourquoi,” a dit Dr. Crowder, “soutenez-vous que l'adultère est illégale?” “Oui,” lui dis-je, “certainement.” “Pourquoi donc,” il a dit, “cela contredit la citation de St. Paul.” À tel point que j'ai fait appel aux prisonniers et au geôlier, pour qu'ils puissent entendre ce que le Dr. Crowder avait fixé comme doctrine orthodoxe, que l'ivresse, le fait de jurer, l'adultère, et toutes ces choses étaient permises! Alors il dit, qu'il écrirait cela de sa main, et il prit une plume, mais écrivit quelque chose autre que ce qu'il avait parlé. Puis il se tourna vers Thomas Lower, et lui demanda s'il répondrait ce qu'il avait écrit là? Thomas s'en chargea. Au moment où il avait menacé Thomas Lower de le poursuivre à la court de l'évêque pour avoir parlé si abusivement, (comme il disait), de lui devant les juges, et Thomas lui dit qu'il pouvait faire comme il lui plairait, car il lui répondrait et amènerait ses paroissiens à l'évidence contre lui; Dr. Crowder très irrité s'en alla, grognant en lui-même tout en s'en allant. Quelque jours après Thomas Lower lui envoya une réponse sur ce même papier sur lequel il avait écrit ; cette réponse lui fût apporté par un Ami de Worcester, il lut la lettre et dit qu'il y répondrait; mais jamais il n'a répondu, bien qu'il envoya souvent un message disant qu'il le ferait. Peu de temps après le jugement, comme une nouvelle session se préparait, on envoya à Worcester un habeas corpus ordonnant au sheriff de me faire comparaître devant la Cour du Roi. Sur quoi, le sous sheriff ayant chargé Thomas Lower de me conduire à Londres, nous partîmes le 29 du Onzième mois et arrivâmes à Londres le 2e jour du Douzième mois, par des chemins que la pluie avait détrempés. Mais, après mon départ, le juge Parker ou quelque autre de mes adversaires fit pression sur la Cour pour que je fusse renvoyé à Worcester. On convoqua alors une nouvelle séance et ils nommèrent quatre conseillers pour plaider contre moi. George Stroude, un autre conseiller, me défendait, et il fit son plaidoyer avant que je ne comparusse devant la Cour; mais les autres ripostèrent et obtinrent des juges qu'ils me condamnent à comparaître à la session de Worcester. Ils ajoutèrent seulement que je pouvais m'engager sous caution à me présenter à la dite session et à me bien conduire en attendant. Je leur répondis que je ne m'étais jamais mal conduit de ma vie; mais qu'ils feraient aussi bien, eux les quatre juges, de me tendre ici le piège du serment plutôt que de m'envoyer à Worcester où les juges ne feraient pas autre chose pour, sur mon refus, me condamner ensuite. « Mais, ajoutai-je, si je viole mon Oui ou mon Non, je suis prêt à subir la même peine que ceux qui se parjurent. » Plusieurs pensèrent que ce changement d'attitude des juges provenait des fausses informations que mon adversaire le juge Parker leur avait données; en effet, pendant le temps qui s'écoula entre ma première comparution et la suivante, il avait fait courir à mon sujet une histoire tout à fait fausse et calomnieuse; il prétendait que, lorsqu'il m'avait arrêté, beaucoup de personnages importants appartenant à diverses parties du pays se trouvaient avec moi, que nous avions ourdi un complot ou une intrigue, et que Thomas Lower était resté avec moi en prison, longtemps après sa libération, pour travailler à l'exécution de notre plan. Cela avait été raconté dans le Palais de justice, en sorte que, si je n'avais pas été amené à Londres, on m'aurait arrêté à Worcester et Thomas Lower aurait été remis en accusation avec moi. Quoique l'inanité de ces calomnies fût facile à démontrer, à la honte de Parker, les juges ne voulurent pas modifier leur sentence et ils me renvoyèrent à la prison de Worcester; on m'accorda seulement la faveur de m'y rendre comme il me plairait, en prenant mon temps, pourvu que je comparaisse sans faute devant les Assises, qui devaient commencer le second jour du Second Mois suivant.
PRISONNIER MAIS EN LIBERTÉ Je restai donc à Londres jusque vers la fin du Premier Mois, 1674, puis je me mis en route tranquillement (car je n'étais pas en état de supporter un voyage précipité et pénible), et j'arrivai à Worcester le dernier jour du Premier Mois, c'est-à-dire la veille du jour de l'arrivée des juges. Le second jour du Second Mois, je fus amené de la prison à une auberge située près du Palais, afin d'être à portée si on m'appelait. On ne m'appela point ce jour-là; et le soir je rentrai à la prison en compagnie de Gerrard Roberts de Londres qui était avec moi à ce moment-là, sans aucune autre escorte. Le jour suivant, on me ramena de nouveau à l'auberge et on me confia à la garde d'un petit garçon âgé d'onze ans environ. Je finis par comprendre que le juge Parker et le juge de paix avaient donné l'ordre de ne pas m'inscrire sur le rôle, afin qu'on ne puisse me citer devant le juge. Je priai le fils du juge de faire une démarche auprès de la Cour pour qu'on m'appelât, et je fus conduit au tribunal devant le juge Turner, mon vieil adversaire, qui m'avait autrefois présenté la formule de serment et condamné à Lancaster. Quand le silence fut établi, il me demanda ce que je désirais. Je répondis : « Etre mis en liberté, conformément à la justice. » « Vous êtes, dit-il, tenu à prêter serment, voulez-vous le faire? Laissez-moi d'abord, dis-je, raconter la façon dont j'ai été arrêté et mis en accusation. » Il se taisait et je fis mon récit tout au long, tel qu'il est relaté ici, ajoutant que, depuis mon emprisonnement, j'avais appris que ma mère, qui était une femme âgée et sensible, et qui avait exprimé le désir de me revoir avant de mourir, apprenant que j'avais été arrêté et mis en prison au cours de mon voyage, et qu'il m'était impossible d'aller la voir, avait eu un tel coup qu'elle était morte peu après, ce qui était très dur pour moi. Quand j'eus fini, il m'invita à prêter serment; je lui répondis comme toujours que je ne pouvais prêter aucun serment pour raison de conscience. On eut l'impression que le juge avait envie de me mettre en liberté, car il voyait bien qu'il n'y avait aucun motif plausible de me condamner; mais Parker, qui était l'auteur des poursuites, chercha à l'exciter contre moi en me représentant comme un meneur ayant à sa suite un grand nombre d'hommes et il dit qu'on ne savait pas où tout cela pourrait mener; beaucoup d'autres méchancetés furent remarquées par les assistants, qui constatèrent aussi que le juge ne lui donnait aucune réponse. Cependant, le juge, voulant dégager sa responsabilité, me renvoya de nouveau à la Session, en priant la Cour d'en finir et de ne plus se laisser importuner par cette affaire. Je demeurai donc prisonnier, en grande partie (semble-t-il), par l'influence du juge Parker, qui se montra en cette affaire aussi faux que haineux, car il avait promis de me faire libérer et n'en était pas moins le pire ennemi que j'eusse à la Cour, comme plusieurs personnages l'avaient constaté et ne se firent pas faute de le répéter. D'autres juges se montrèrent très bienveillants et me promirent que l'autorisation me serait donnée de la part de la ville de loger jusqu'à la Session dans la maison d'un Ami, par égard pour ma santé; :'est ce qui eut lieu en effet, et on me témoigna beaucoup de courtoisie et d'égards. Une fois un prêtre non conformiste, accompagné de quelques personne vînt discuter avec moi.
Il me demanda si j'avais grandi dans la perfection?
Je lui dis que, Ce que je suis, je le suis par la Grâce de Dieu. Il répliqua que c'était une réponse modeste et civile. Alors il avança les paroles de Jean, “si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous.” il me demanda ce que j'avais à dire à propos de cela, Je lui dis tout comme l'Apôtre, “si nous disons que nous n'avons pas péché, nous le faisons menteur, et sa parole n'est point en nous;” lui qui est venu pour détruire le péché, et pour enleve le péché. Ainsi il y a un temps donné aux gens afin qu'ils voient qu'ils ont péché, et il y a un temps pour eux afin qu'ils puissent voir qu'ils ont des péchés; et un temps leurs est donné pour qu'ils puissent confesser leurs péchés, et de les abandonner, et “ de reconnaître que le sang de Christ nous purifie de tout péché,” 1 Jean 1:7. Alors le prêtre demanda, si Adam n'était pas parfait avant la chute? Et si toutes les oeuvres de Dieu n'étaient pas parfaite? Le prêtre dit, il doit y avoir une perfection tout comme Adam avait, et ainsi qu'une chute. Mais je lui dit, “il y a une perfection en Christ au dessus d'Adam, et au-delà de la chute; et cela fût l'oeuvre du ministère de Christ de présenter tout homme parfait en Christ; pour le perfectionnement de ceux qui ont reçu le don de Christ. Col 1:27. Par conséquent quiconque renie la perfection, renie l'oeuvre du ministère, et les dons que Christ a donné pour le perfectionnement des saints. Eph 4:11-13. Le prêtre dit, “nous devons toujours lutter.”Je répondis, c'est une inconfortable et bien triste manière de lutter, quand on croit ne jamais pouvoir vaincre.” Je lui dis également, que Paul, qui s'écria au corps mortel, aussi "remercia Dieu, qui lui donna la victoire par notre Seigneur Jesus-Christ. " 1 Cor 15:57. Donc il y avait un temps de cris pour vouloir la victoire, et un temps de louange à Dieu pour la victoire. Et Paul dit, “il n'y a aucune condamnation pour ceux qui sont en Christ Jesus.” Le prêtre disait, “Job n'était pas parfait.” Je lui dit, “ Dieu a dit que Job était un homme parfait, et qu'il se détournait du mal; Job 2:3 et le diable fût forcé d'admettre, que "Dieu avait placé une haie autour de lui ;" Job 1:9-10, ce n'était pas une haie extérieur, mais invisible, une puissance céleste.” Le prêtre dit, “Job disait, “il trouve de la folie chez ses anges , et que les cieux n'étaient pas pures à ces yeux.” Je lui dit que cela était son erreur; que ce n'était pas Job qui avait dit cela, mais Eliphaz, qui se disputait avec Job. “Très bien, dit le prêtre,“ mais que dit-tu de cette Écriture; l'homme le plus juste pèche sept fois par jours ?” “honnêtement,” dis-je, “Je dis que cela ne fait pas parti des Écritures;” et avec cela la bouche du prêtre se ferma. J'eus beaucoups d'autres services avec toutes sortes de gens entre les assises et les sessions. La prochaine session trimestrielle commença le 29e jour du Second Mois, le président était le Juge Street, juge dans le circuit de l'ouest. Quand on eut donné lecture de l'acte d'accusation, le juge me demanda si j'étais coupable. Je répondis: « Non, car c'est un tissu de mensonges». Ce que je démontrai et prouvai en citant plusieurs exemples précis; je lui demandai s'il ne savait pas en conscience que c'étaient des mensonges. Il me répondit: « C'est une question de forme. » Je répondis: « Cette forme n'est pas vraie. » « Enfin, répéta-t-il, êtes-vous coupable ?» « Non, dis-je, je ne suis coupable, ni pour le fond, ni pour la forme; je suis contre le Pape et le Papisme, je suis prêt à le déclarer et à mettre ma main au feu à ce sujet. Le juge alors signifia au jury ce qu'il avait à dire, à faire et à écrire au dos de l'acte d'accusation; ce qui fut fait. Mais, avant que les jurés ne rendissent leur verdict, je leur dis que c'était pour l'amour de Christ et par obéissance à ses commandements et à ceux des apôtres que je ne pouvais pas jurer. « C'est pourquoi, ajoutai-je, prenez garde à ce que vous faites, cal' vous comparaîtrez tous devant Son trône. » « C'est du « patois de Canaan », dit le Juge: « Si, dis-je, confesser son Seigneur et Sauveur et obéir à Ses commandements, c'est, d'après le juge d'un tribunal, parler patois de Canaan, il ne me sert pas à grand' chose de continuer à vous parler. Pourtant, vous verrez que je suis un chrétien, vous rendrez hommage au christianisme et mon innocence sera rendue manifeste. » Alors le geôlier m'entraîna; les cœurs des assistants étaient touchés comme s'ils avaient été à une de nos réunions. Je fus donc renvoyé en prison; mais, deux heures plus tard, grâce à la modération de quelques-uns des juges, j'eus la permission de m'en aller jusqu'à la session prochaine. J'appris que ces juges conciliants avaient prié le juge Parker d'écrire au Roi pour lui demander ma liberté, parce qu'ils étaient convaincus que je n'étais pas le personnage dangereux qu'on avait représenté. Il leur avait promis de le faire, paraît-il, mais il n'en fit rien. Quand j'eus obtenu une copie de mon acte d'accusation, je partis pour Londres où quelques Amis, très désireux de me soustraire à ces juges de Worcester pleins de malveillance, voulurent absolument intervenir pour que je comparaisse devant les juges de la Cour royale; je fus donc amené devant ces derniers au moyen d'un habeas corpus. Je leur tendis un papier où j'avais écrit la déclaration suivante, destinée à remplacer la formule du serment d'obéissance et de fidélité:
Mais, comme la procédure avait été engagée à Worcester, ils ne voulurent pas s'en mêler et me signifièrent d'avoir à comparaître de nouveau devant les juges de Worcester à la prochaine Session trimestrielle fixée au Cinquième Mois. - Mais, dis-je, c'est précisément pour cela que je comparais; me présenter cette formule est un piège que vous me tendez. De plus, ces formules concernent-elles les sujets du Roi ou ceux de princes étrangers ? ... - Les sujets du royaume, dit-il sèchement ... - Alors, m'écriai-je, puisque je ne figure pas dans l'acte d'accusation avec le titre de « sujet » cet acte ne me concerne pas ... - Lisez la formule! Cria-t-il en fureur. .. Eh bien, dis-je, le Roi n'est pas mentionné dans l'acte d'accusation; comment pouvez-vous juger d'une cause entre le Roi et moi, si le Roi ne figure pas dans l'acte ? ... - Le Roi y était au début de la session, interrompit-il. Je poursuivis : « Cette omission du nom du Roi constitue une grave faute de procédure, suffisante, d'après mes informations, pour faire tomber l'accusation. En outre, j'ai été poursuivi en justice sous le nom de George Fox, de Londres; mais l'acte d'accusation porte le nom de George Fox, de Tredington, dans le comté de Worcester. Comment le jury pourrait-il se prononcer sur cet acte, puisqu'il mentionne une localité qui n'est pas la mienne. » Le juge convint qu'il y avait eu des erreurs de procédure; mais il ajouta que tout cela n'était que des à-côtés. Je lui dis alors : « Vous savez que nous sommes des gens qui supportent tout, qui acceptent tout; voilà pourquoi vous en usez ainsi avec nous, parce que' nous ne pouvons pas nous venger ; mais c'est à Dieu que nous remettons notre cause. » Sans paraître m'entendre il me dit: « La formule du serment vous a été présentée plusieurs fois, quelle réponse y donnez-vous ? La même déclaration dis-je que j'ai offerte précédemment aux juges d'une autre instance. » Il ne l'accepta pas. ... Après mon retour à la prison, je reçus plusieurs visites, entre autres celle du fils du comte de Salisbury qui se montra plein d'affection et s'affligea de la façon dont on m'avait traité. Il resta environ deux heures avec moi et prit note par écrit des erreurs contenues dans l'acte d'accusation. Après la fin de la Session, comme j'étais retenu en prison par la sentence qui avait été prononcée contre moi, ma femme vint du nord pour demeurer près de moi. A l'approche des Assises, au Sixième Mois, elle se rendit avec Thomas Lower chez le Juge Wild pour lui présenter un mémoire me concernant. Ce document contenait un exposé des faits : le but de mon voyage, la manière dont j'avais été arrêté et mis en prison; les procédés dont on avait usé envers moi dans les différentes Sessions; les erreurs contenues dans l'acte d'accusation d'après lequel j'avais été jugé. Quand le juge eut pris connaissance de ce mémoire, il secoua la tête et dit que nous pouvions essayer d'invalider le jugement en nous basant sur les erreurs que nous avions relevées; ils ne purent pas obtenir autre chose de lui. Vers cette époque je tombai malade et je fus dans un état de grande faiblesse ; cela dura un certain temps, si bien que quelques Amis commencèrent à douter de ma guérison. J'avais moi-même l'impression d'être entouré de tombeaux et de cadavres; cependant je fus soutenu secrètement par la puissance invisible et une force rafraîchissante me fut communiquée, bien que je fusse en':' core si faible que je pouvais à peine parler. Une nuit, tandis que j'étais couché dans mon lit et que la gloire du Seigneur enveloppait toutes choses, le Seigneur me dit qu'Il avait encore beaucoup de travail en réserve pour moi avant de me rappeler à Lui.
G. FOX REFUSE LE PARDON Des démarches furent tentées pour obtenir ma libération, au moins provisoire; en attendant que les forces me fussent revenues ; mais bien des obstacles et des difficultés se présentèrent; le Roi ne consentait à me relâcher qu'au moyen d'une amnistie qu'on lui représentait comme la seule voie légale à suivre pour moi, mais je ne voulais l'accepter parce que j'estimais que mon innocence méritait autre chose. C'est alors que ma femme se rendit à Londres et parla au Roi, l'informant de ma longue et injuste captivité, de la façon dont j'avais été arrêté, des procédés dont les juges avaient usé envers moi, en se servant de la formule du serment comme d'un piège pour me condamner; elle concluait que, puisque j'étais maintenant son prisonnier, c'était de lui et de son bon plaisir que dépendait ma libération et elle le priait de me l'accorder. Le Roi lui parla avec bonté et lui dit d'aller trouver un certain Lord, ce qu'elle fit, mais elle ne put pas obtenir de lui ce qu'elle désirait, car il déclara que le Roi ne pouvait me libérer que par une amnistie et je ne devais pas accepter un pardon, puisque je savais n'avoir commis aucun mal. Si j'avais eu la liberté d'accepter ma grâce, je n'aurais pas eu besoin d'être emprisonné si longtemps car le Roi était prêt depuis longtemps à me l'accorder: il disait que je n'avais aucun scrupule à me faire à ce sujet, attendu que bien des hommes aussi innocents que des enfants avaient été amnistiés de cette manière; mais je ne pus pas y consentir. J'aurais mieux aimé finir mes jours en prison que d'en sortir d'une façon peu honorable pour la Vérité; c'est pourquoi je décidai de recourir devant les juges contre ma sentence. Je consultai à ce sujet un conseiller (Thomas Corbett, de Londres) ; on me fit chercher à Worcester par le moyen d'un habeas corpus ordonnant une fois de plus : ma comparution devant la Cour royale qui avait à juger des .erreurs contenues dans l'acte d'accusation. Le sous sheriff partit : avec moi le 4e jour du Douzième Mois; le juge de paix et quelques autres étaient avec nous dans la voiture. Ce juge de paix s'était toujours montré mon ennemi et cette fois encore il essaya de me prendre au piège en me faisait parler; mais je devinai son jeu et me tins sur mes gardes. Il me demanda comment je comptais me servir des erreurs contenues dans l'acte d'accusation. Je lui dis qu'elles seraient exposées dans les débats et que la Cour en jugerait. Nous arrivâmes à Londres le 8 et je comparus le II devant les quatre juges de la Cour royale où le Conseiller Corbett plaida ma cause. Il eut recours à un nouveau système; il déclara aux juges qu'ils n'avaient pas le droit de mettre quelqu'un en prison sur un mandat d'arrêt. A quoi le Président Hale répondit: « M. Corbett, vous auriez dû présenter plutôt votre protestation dès le début de la session. » Il rétorqua : « Nous n'avons pas pu obtenir une copie du recours et de la sentence. » Le juge répliqua: « Vous auriez dû nous le dire et nous aurions exigé qu'on vous envoie ce recours. » Le juge Wild dit alors: « M. Corbett, tenons-nous en à la procédure habituelle; si les faits sont ce que vous dites, nous avons commis un grand nombre d'erreurs à Old Bailey et dans d'autres tribunaux. » Cette fois on décida d'abandonner la première procédure et de revenir sur les erreurs contenues dans l'acte d'accusation; quand elles furent exposées, il apparut qu'elles étaient si nombreuses et si graves, que les juges furent tous d'avis que cette sentence était nulle et non avenue et que je devais être remis en liberté La discussion fut pourtant vive. Ainsi, après avoir subi UN AN ET DEUX MOIS de captivité sans: aucune raison, je fus dûment relâché après un procès de révision où les erreurs commises furent reconnues, sans implorer aucune grâce, et sans rien devoir à qui que ce soit; la puissance éternelle: du Seigneur fut sur tous, à Sa gloire et à Sa louange. Le conseiller Corbett qui avait plaidé pour moi obtint par là un grand renom; en effet, beaucoup d'hommes de loi vinrent dirent qu'il avait mis en lumière un fait qui n'était pas connu jusqu'alors, à savoir qu'il n'était pas permis de mettre quelqu'un en prison d'après un mandat d'arrêt; à la fin des débats, un juge lui dit: « Vous vous êtes attiré un grand honneur en plaidant à la Cour la cause de George Fox. » Pendant ma captivité à Worcester, malgré ma maladie et ma santé misérable, et quoique je fusse si souvent ballotté entre Londres et ma prison, je composai plusieurs livres destinés à l'impression_ J'écrivis en outre beaucoup de brochures et d'épîtres aux Amis; pour les encourager et les fortifier dans le service de Dieu; quelques-uns, qui avaient fait profession d'appartenir à la Vérité mais s'étaient laissé séduire et avaient abandonné l'unité et la communion de l'évangile professées par les Amis, avaient cherché à les détourner de ce service, particulièrement en ce qui' concerne le zèle et la sollicitude qu'il convient d'apporter à la direction et à l'organisation des affaires de l'Eglise du Christ. Ayant recouvré ma liberté, j'allai faire visite aux Amis de Londres; comme j'étais très faible et pas encore bien remis, je me rendis à Kingston. Je n'y demeurai pas longtemps; après y avoir visité les Amis je retournai à Londres, j'écrivis une adresse aux membres du Parlement et je leur envoyai plusieurs écrits. Ils avaient reçu peu de temps auparavant un long mémoire contre le Serment; beaucoup avaient été tellement frappés par cet écrit, qu'il semble bien qu'ils auraient entrepris quelque chose en notre faveur, s'ils étaient restés en fonctions plus longtemps. Je restai à Londres ou dans les environs jusqu'à l'Assemblée annuelle, à laquelle des Amis se rendirent de toutes les parties du pays, quelques-uns même d'au delà les mers. Nous eûmes une glorieuse réunion dans la puissance éternelle de Dieu. Cette réunion ayant pris fin,. et le Parlement s'étant dispersé aussi (sans avoir rien fait pour ou contre les Amis), je fus déchargé de mon service pour le Seigneur à Londres. Ayant pris congé des Amis qui s'y trouvaient, je partis en voiture avec Margaret et sa fille Susan (car je n'étais pas en état de voyager à cheval).Nous visitions des Amis et étions visités visités par eux à Newport-Pagnel, Northampton, and Cossel. Parmis les autres, vînt une femme, qui amena sa fille afin que je puisse voir comme elle allait bien. Elle m'a rappelé que quand j'était là avant, elle me l'avait amené souffrante du mal du roi(une maladie des reins), et m'avait alors de prier pour elle ce que je fis, et elle fût guéri; Que le Seigneur soit loué! Le jour suivant j'allai à Guildford dans Surrey; et je visitai des amis là bas, je passai à Worminghurst dans le Sussex où j'eus une réunion vraiment béni, sans la moindre pertubation. Tandis que j'étais là, James Claypole de Londre, (qui était là avec sa femme), fût soudainement prit d'une violente attaque de calcul rénaux de sorte qu'il ne pouvait ni rester debout ni s'étendre; une douleur extrême, il criait tel une femme en accouchement. Quand j'entendis cela, j'eus beaucoup de peine pour lui dans l'esprit et j'allai vers lui. Après que je lui aie dit quelques mots afin de ramener son esprit vers l'intérieur, je fus poussé à poser mes mains sur lui et priai le Seigneur de réprimander son infirmité. comme je posai mes mains sur lui, la puissance du Seigneur alla en lui; et par la foi en cette puissance il fût soulagé rapidement et tomba endormi. Quand il se réveilla, la pierre était sorti de lui comme une saleté; et il fût si bien rétabli, que le jours suivant il fît avec moi vingt cinq milles en voiture, bien que les attaques de calcul ranaux précédentes le forcaient à rester au lit de deux à quatre semaines. Mais le Seigneur fût sollicité en sa faveur et par sa puissance Il soulagea James rapidement; Par conséquent béni et loué soit Son saint nom! ... le 25e jour du Quatrième Mois nous traversâmes les Dunes et nous arrivâmes sains et saufs à Swarthmoor.
Le propre « Journal » de George Fox se termine avec son arrivée à Swarthmoor Hall le 25 du 4e mois (Juin) 1675, quatre mois après sa libération de la prison de Worcester. La plupart des passages de sa vie relatés dans son « Journal » furent dictés à son beau-fils, Thomas Lower et publiés « in extenso » par la « Cambridge University Press » en 19ll. Après un an et demi de séjour passé à son foyer, occupé à sa nombreuse correspondance, G. Fox partit une fois de plus le 26 du 1er mois (Mars) 1677, pour Londres qu'il atteignit le 23 du 3e mois après avoir tenu des réunions à York et dans d'autres villes le long de sa route. Après trois semaines passées chez William Penn, dans le Sussex, G. Fox prépara un voyage sur le continent. Il s'embarqua pour la Hollande le 25 du 5e mois 1677, accompagné de William Penn, fondateur de la Pennsylvanie (Amérique du Nord), de Robert Barclay, le célèbre théologien écossais, et de six autres Amis. Le lendemain, ils se rendirent à Amsterdam où ils tinrent plusieurs assemblées religieuses. Ils profitèrent de leur séjour pour établir définitivement l'organisation de la Société des Amis en Hollande ainsi que dans plusieurs villes d'Allemagne (Embden, Dantzig, etc.). Après un séjour de quelque durée, G. Fox et ses amis quittèrent la ville. Tout le long de la route, dans les auberges et partout où ils s'arrêtaient, ils prêchèrent aux gens qu'ils rencontraient. Ils passèrent à Leyde, puis à La Haye, à Rotterdam d'où ils s'embarquèrent pour l'Angleterre le 21 du 8e mois. Après une traversée très dure (le bateau faisait eau), ils arrivèrent à Harwich après un séjour de près de trois jours sur la Mer du Nord. Il passa par Londres d'où il écrivit à sa femme, le 26 du 3e mois 1678 qu'il venait d'apprendre qu'en Allemagne, à Embden, les Amis qui avaient été bannis de la ville avaient le droit de revenir chez eux pendant qu'à Dantzig, les Amis jetés en prison, étaient menacés des pires traitements, etc. ; que le Roi de Pologne avait reçu sa lettre et l'avait lue lui-même, etc., etc., donnant ainsi des nouvelles générales. De retour à Swarthmoor, il y demeura jusqu'au 1er Mois 1679 (-80) qui fut son dernier séjour dans cet endroit. A part une courte visite en Hollande en 1684, il termina les dernières années de sa vie à Londres. Sa santé déclinait et il devait souvent se reposer tout en s'occupant activement des affaires de la Société des Amis et des souffrances de ses disciples. Jusqu'à la fin, sa plume fut active pour sa cause comme pour le bien d'autrui. Voici une Lettre qu'il écrivit au duc de Holstein qui avait banni les Quakers parce qu'ils permettaient aux femmes de parler dans leurs assemblées. Pour le Duc de Holstein; Je comprend que jadis, vous eûtes été informé de par certaines personnes mal intentionnées, que lorsque Élisabeth Hendricks est venu à Frederickstadt dans le but de rendre visite aux gens appelés Quakers, "que ce fut là un scandale pour la religion Chrétienne, que puisse être ainsi toléré qu'une femme prêche dans une réunion publique, rassemblées dans un motif religieux." Sur quoi vous donnâtes l'ordre aux dirigeants de Frederickstadt, "de faire en sorte que ces personnes quittent immédiatement l'endroit, ou de les expédier au loin ." Mais les dirigeants en question, étant Arméniens, et eux, ou leurs pères, ayant vécu la persécution en Hollande, il y a de cela à peine plus de soixante-dix ans, répondirent au duc "qu'ils n'étaient pas disposés à persécuter les autres par motif de conscience, considérant à ce compte la persécution comme étant anti-Chrétien." Mais après cela, le peuple de Dieu, appelé avec mépris Quakers, vous a écrit de Frederickstadt; et depuis ce temps, ils ont retrouvés leur liberté, leurs réunions se sont déroulées paisiblement au service et à l'adoration de Dieu durant presque ces vingt années, à Frederickstadt et ses environs, librement sans harcèlement; cette liberté qu'ils ont reconnu comme étant une faveur et une bonté de votre part. J'implore le duc de prendre en considération ces choses, Je le supplie de porter attention à la grâce et là la vérité de Dieu dans son coeur, qui viennent par Jésus-Christ, que par son esprit de grâce et de vérité il puisse en venir à adorer et à servir Dieu en Son Esprit et Sa vérité ; de sorte qu'il puisse servir l'éternel Dieu vivant qui l'a fait, dans sa génération, et qu'il pisse avoir cette paix en Christ que le monde ne peut ôter. Et je désire pour lui Sa bonne paix et la prospérité dans ce monde, et Sa joie ainsi que son réconfort dans le monde qui est éternelle, Amen. George Fox Londres, le 26ième jour du 8ième mois, 1684 Une lettre de William Penn à Margaret Fox, datée du 13 janvier 1690(-91), le jour même de sa mort, s'exprime comme il suit: « ton cher mari et mon bien-aimé et cher Ami, George Fox, a achevé son glorieux témoignage cette nuit vers 9 heures et demie, ayant conservé sa lucidité jusqu'à son dernier soupir. Oh ! il est parti et nous a laissés dans la tempête qui fait rage sur nos têtes ... Il était aussi fort que d'habitude, le 4e jour de la semaine dernière, à la réunion de Gracechurch Street de même que ce dernier Premier jour, c'est-à-dire avant-hier, quand, après la réunion, il s'est senti comme frappé intérieurement. Il s'est alité alors dans la maison d'Henry Goldney et il ne s'est plus relevé. Mon âme est profondément affectée de cette immense perte ...
Après la fin de cette réunion, il fit la remarque suivante: « Je suis heureux d'avoir été-là. je suis maintenant au clair, je suis complètement au clair. » FIN Son enterrement fut imposant et solennel dans sa simplicité. Un monument a été érigé depuis, en 1872, à Fenny Drayton son village natal. C'est une simple pyramide avec cette inscription A LA MÉMOIRE DE Les œuvres de George Fox, ainsi que les ouvrages qui formaient sa bibliothèque personnelle, sont conservés à la Bibliothèque de la Société des Amis qui se trouve au siège même de la Société mère; Friends House, Euston Road, Londres. « Bien des hommes ont agi vertueusement en ce jour, |
