La Croix Manquante pour la Pureté


 

CHAPITRE VI

Arrestation en Leicestershire et relaxation à Londres 1654-1655

 

J'allai ensuite à Leicester et de là à Whetstone. Environ dix-sept hommes du régiment du Colonel Hacker arrivèrent avec un officier et m'arrêtèrent avant la réunion, quoique les Amis fussent déjà en train de se rassembler. Je dis à l'officier qu'il pouvait laisser tous les Amis, que je répondais pour eux tous ; il me prit et les laissa aller à l'exception d'Alexander Parker qui vint avec moi. Le soir, on m'amena devant le Colonel Hacker, son major, et un groupe nombreux de capitaines. Nous eûmes un long entretien sur les prêtres et les réunions, car à cette époque le bruit courait d'un complot contre Olivier Cromwell. Je discutai beaucoup avec eux sur la lumière de Christ qui éclaire tout homme venant dans le monde. Le Colonel Hacker demanda si ce n'était pas cette lumière de Christ qui avait poussé Judas à trahir son Maître et à se pendre ensuite. Je lui répondis: « Non c'était l'esprit de ténèbres qui haïssait Christ et Sa lumière. »Alors le Colonel dit que je pouvais rentrer chez moi, y rester et ne plus voyager pour tenir des réunions. Je lui dis que j'étais innocent, que je ne m'étais rendu coupable d'aucun complot et que je réprouvais ce genre de choses. Son fils Needham dit alors: : « Père, cet homme a régné trop longtemps, le moment est venu de le supprimer. » Je lui demandai: « Pourquoi? qu'ai-je fait? A qui ai-je fait tort depuis mon enfance? » car j'étais né et j'avais été élevé dans ce pays, et qui aurait pu me reprocher quoi que ce fût depuis mon enfance ? Alors le Colonel Hacker me demanda de nouveau si je voulais retourner chez moi et y rester. Je lui dis que « si je promettais cela, ce serait me reconnaître coupable en quelque chose etque cela ferait de ma maison une prison; et que si, au contraire, j'allais aux réunions, ils diraient que j'avais enfreint leur ordre ». J'ajoutai que « j'irais aux réunions quand le Seigneur me l'ordonnerait et que, par conséquent, je ne pouvais me soumettre à leurs exigences ». Mais je leurs dis encore: «  Nous sommes un peuple paisible.» «Très bien, alors, dit le Colonel Hacker, je vous enverrai chez le Lord Protecteur, sous l'escorte du Capitaine Drury, l'un de ses gardes du corps. » Cette nuit-là, je fus retenu en prison, et le matin suivant autour de la sixième heure, je fus amené au Capitaine Drury. Mais avant je demandai à parler au Colonel Hacker; et le Colonel Hacker me laissa lui parler à côté de son lit. Colonel Hacker m'ordonna encore une fois de rentrer à la maison et de ne plus jamais tenir de réunions. Je lui dis que je ne pouvais me soumettre à ces conditions, que je devais être libre de servir Dieu et d'aller aux réunions. « Alors, dit-il, il vous faut aller devant le Protecteur. » Là-dessus, je m'agenouillai près de son lit, et je suppliai le Seigneur de lui pardonner, car il agissait comme Pilate, puisqu'il voulait s'en laver, les mains ; je lui dis que, lorsque les jours d'angoisse et d'épreuve fondraient sur lui, alors il se souviendrait de mes paroles. En fait, il était excité et poussé par le prêtre Stephens et par d'autres prêtres dont l'envie et la bassesse étaient manifestes. Quand ceux-ci virent qu'ils n'arrivaient pas à me vaincre par des discussions et des arguments, ni à résister à l'Esprit du Seigneur qui était en moi, ils envoyèrent des soldats pour m'arrêter.

Plus tard quand le Colonel Hacker fût emprisonné à Londre, une journée ou deux avant son exécution, il se rappela ce qu'il avait fait à un innocent; et il s'en rappela, et avoua à Margaret Fell; disant, qu'il connaissait bien celui dont elle parlait; et que c'était la raison de son malheur. Ainsi que son fils, qui avait dit à son père que j'avais régné trop longtemps, et qu'il était temps de me supprimer; dû voir, plus tard, de quelle manière son père fût supprimé. Il fût pendu à Tyburn.

LETTRE A OLIVIER CROMWELL

Je fus donc emmené prisonnier par le Capitaine Drury. Plusieurs fois pendant le trajet, il m'offrit la liberté si je voulais renoncer à aller où à tenir des réunions, mais je refusais chaque fois. Au cours du voyage, je fus poussé par le Seigneur à avertir les gens dans les auberges et les maisons où nous nous arrêtions, et à leur annoncer le grand jour du Seigneur qui allait venir sur eux.

Après m'avoir installé à l'auberge de la Sirène, le Capitaine Drury m'y laissa et alla chez le Protecteur pour lui rendre compte de ce qui me concernait. Quand il revint, il me dit que le Protecteur me demandait de prendre l'engagement de ne pas me servir d'une épée ni d'aucune autre arme charnelle contre lui ou contre le Gouvernement. Je devais formuler une déclaration par écrit en me servant des termes que je jugerais convenables. Je ne répondis pas grand chose au Capitaine Drury. Mais le lendemain, le Seigneur m'inspira d'écrire une lettre au Protecteur ayant nom Olivier Cromwell, dans laquelle « je déclarais, en présence de l'Eternel Dieu, que je répudiais le port et l'usage d'une épée ou de toute autre arme matérielle, et que je ne m'en servirais jamais contre lui ni contre aucun homme. Que j'avais été envoyé par Dieu comme un témoin pour protester contre toute violence; pour faire passer les hommes des ténèbres à la lumière, d'un état de guerre et de combat à l'évangile de paix, afin qu'ils cessent d'être des malfaiteurs vivant dans la terreur des juges. » Quand j'eus achevé d'écrire ce que le Seigneur m'avait dicté, je signai mon nom et je remis le document au Capitaine Drury pour qu'il le fît parvenir à Olivier Cromwell.

ENTRETIEN AVEC OLIVIER CROMWELL

Au bout de quelque temps, le Capitaine Drury m'amena devant le Protecteur en personne, à Whitehall. C'était le matin, il n'était pas encore habillé; un nommé Harvey, qui avait été attiré par les Amis mais qui n'était pas resté fidèle, le servait. Je fus poussé à dire en entrant: « La paix soit sur cette maison. » Je lui recommandai de demeurer dans la crainte de Dieu, afin qu'il pût recevoir de Lui la sagesse qui le rendrait capable de gouverner pour la gloire de Dieu. Je lui parlai beaucoup de la Vérité et nous eûmes un long entretien sur la religion; il fit preuve d'une grande modération. Il dit pourtant que nous nous querellions avec les prêtres (qu'il appelait des ministres). Je lui répondis que je ne me querellais pas avec eux, mais que c'étaient eux qui se querellaient avec moi et avec mes amis. « Mais, continuai-je, si nous nous réclamons des prophètes, de Christ et des apôtres, nous ne pouvons pas soutenir des docteurs, des prophètes et des bergers semblables à ceux qui ont été dénoncés par les prophètes, par Christ et par les apôtres; nous devons les dénoncer à notre tour par le même Esprit et fa même puissance qui animaient Christ et ses apôtres. »  Je lui montrai comment les prophètes, Christ et les apôtres, avaient prêché gratuitement.

Tandis que je parlais, Cromwell m'approuva à plusieurs reprises. Je lui dis encore que si les chrétiens possèdent les Ecritures, il leur manque la puissance et l'Esprit dont procèdent ces Ecritures : voilà pourquoi ils ne sont en communion ni avec le Fils, ni avec le Père, ni avec les Ecritures, ni les uns avec les autres. Nous échangeâmes encore bien des paroles, mais, comme des gens entraient, je me retirai un peu en arrière; il me prit alors la main et me dit, les larmes aux yeux : « Reviens me voir chez moi, car, si toi et moi nous passions seulement une heure par jour ensemble, nous nous rapprocherions l'un de l'autre. » Il ajouta qu'il ne me voulait pas plus de mal qu'à sa propre âme. Je lui dis que s'il n'écoutait pas la voix de Dieu, et s'il ne collaborait pas avec Lui, son cœur s'endurcirait. Il reconnut que c'était vrai. Alors je sortis, et, quand le Capitaine Drury me rejoignit, il me dit que le Lord Protecteur avait déclaré que j'étais libre et pouvais aller où bon me semblait. « Et, ajouta-t-il, Monseigneur dit que vous n'êtes pas un sot, et qu'il n'a jamais de sa vie lu un message semblable à celui que vous lui avez envoyé. » Alors on m'amena dans une grande salle où allaient dîner les gentilshommes de la garde du Protecteur. Je demandai pourquoi on m'avait amené là. On me répondit que le Protecteur avait donné l'ordre de me faire dîner avec eux. Je les priai de faire savoir au Protecteur que je n'accepterais pas un morceau de pain ni une goutte d'eau de chez lui. Quand il entendit cela, il déclara:
« Je vois maintenant qu'il s'est élevé un peuple que je ne pourrai pas me concilier par des présents, des honneurs, des places ou des situations, comme je puis le faire avec les représentants de toutes les sectes et de tous les partis. » A quoi on lui répondit que nous avions renoncé à tout, et qu'il n'était pas probable que nous cherchions à obtenir de lui des faveurs.

Après que je fus remis en liberté, je retournai à l'auberge où le Capitaine Drury m'avait d'abord logé. Ce Capitaine Drury, quoiqu'il fût capable de justice, était mon ennemi et un ennemi de la Vérité. Quand j'étais sous sa garde, et que je recevais la visite de professeurs qui venaient discuter avec moi , il faisait semblant de trembler, par dérision, et il nous appelait Quakers, selon le sobriquet que nous avaient donné les Indépendants et les Presbytériens. Mais après il vînt et me dit que pendant qu'il se trouvait sur son lit pour se reposer en plein jour, il fût saisi d'un tremblement soudain; que ses jointures se cognèrent ensembles, et que son corps était tellement secoué qu'il ne pouvait même pas se lever de son lit; il avait tellement tremblé qu'il ne lui restait plus assez de force pour se lever. Il dit qu'il senti que la puissance du Seigneur était sur lui; et il tomba de son lit, et cria au Seigneur,et dit qu'il ne parlerait plus jamais contre les Quakers ou encore ceux qui tremble à la parole de Dieu.

Pendant que j'étais prisonnier à Charing-Cross, je reçus un grand nombre de visites, de gens de toutes conditions, des prêtres, des gens religieux, des officiers de l'armée, etc. Un jour, un groupe d'officiers qui étaient avec moi me demandèrent de prier avec eux. Je demeurai tranquille, l'esprit recueilli en Dieu. Enfin je sentis la puissance et l'esprit de Dieu agir en moi, la puissance du Seigneur les saisit et les secoua de telle façon qu'ils en furent tout surpris.

Parmi ceux qui vinrent il y eût le Colonel Packer, avec plusieurs officiers. Pendant qu'ils étaient avec moi, un homme appelé Cob vînt avec une bande d'énergumènes. Les énergumènes demandèrent de la boisson et du tabac, mais je ne voulait pas qu'ils fument ou boivent dans ma chambre; Je leurs dit, que s'ils souhaitent faire ainsi, ils pouvaient aller dans une autre chambre. L'un d'entre eux cria, ‘Tout est à nous :' puis un autre d'entre eux dit, ‘Tout va bien .' Je répliquai, 'Comment ça tout va bien, alors que vous êtes tellement irritables, envieux, et grognons?' car je vis qu'ils étaient de nature irritables. Je leur parlai à propos de leurs conditions, et ils reconnurent mes déclarations, et se regardèrent entre eux avec étonnement.

Alors le Colonel Packer commenca à parler avec une lumière, d'un esprit moqueur à propos de Dieu, Christ, et les Écritures; cela me fît tellement de peine en mon âme et esprit, quand je l'entendit parler tellement à la légère; que je lui dit, qu'il était trop léger pour parler ainsi des choses de Dieu car il ne connaissait pas la dureté d'un homme. Alors les officiers se mirent en colère à cause de ce que j'avais dit de leur colonel. Packer était un Baptiste; lui et les énergumènes se firent entre eux des salamalecs car il était de coutume pour les énergumènes d'être excessivement flatteur, tellement que Packer leur dit d'arrêter  leurs compliments; mais je leurs dit, qu'ils étaient de compagnie appropriées car ils avaient tous le même esprit.

... Au bout de quelque temps, je retournai à Whitehall; j'eus l'inspiration de leur dire que le Seigneur était venu enseigner Son peuple Lui-même; ainsi je prêchai la Vérité soit aux officiers, soit à ceux qu'on appelait les gentilshommes d'Olivier Cromwell. Un prêtre s'opposa à moi pendant que j'annonçais la parole du Seigneur au milieu d'eux; car Olivier avait plusieurs prêtres dans sa suite, et celui-ci était un prêtre envieux, un homme léger, frivole et hautain.

Beaucoup à Londres furent convaincus, jusque dans la maison et dans la famille du Protecteur; je retournai le voir, mais je ne pus pas avoir accès auprès de lui, tant les huissiers étaient devenus impolis. Ils retournaient les pans de mon habit pour voir mes culottes de cuir, et ensuite ils devenaient furieux.

Les Presbytériens, les Indépendants et les Baptistes étaient dans une grande inquiétude; car beaucoup des leurs se tournaient vers le Seigneur pour se faire instruire directement par Lui: ils recevaient Sa puissance, en ressentaient les effets dans leurs cœurs et étaient alors poussés par le Seigneur à dénoncer leurs anciens errements ...

C'est à peu près à cette époque que fut publié un arrêté d'après lequel tous les ministres (ainsi dénommés), devaient subir un examen à la suite duquel ils seraient maintenus dans leur charge :s'il y avait lieu, ou au contraire destitués. J'écrivis à ce sujet un mémoire adressé aux juges et autres fonctionnaires préposés à ce travail...


CHAPITRE VII
Petits voyages autour de Londres 1655

Après avoir passé quelque temps dans la cité de Londres et m'être acquitté du service dont j'avais été chargé, je fus poussé par le Seigneur à descendre dans le Bedfordshire, chez John Crook, où il y eut une grande réunion, et où la plupart furent convaincus de la Vérité divine. Quand j'arrivai, Jobn Crook me dit que, le lendemain, plusieurs de ceux qu'on appelait les messieurs du pays viendraient chez lui afin de s'entretenir avec moi. Je leur annonçai la parole de Dieu.

Au bout de quelque temps, je retournai à Londres, où les Amis étaient remarquablement affermis dans la vérité. Quand je fus demeuré quelque temps dans la cité, je passai dans le Kent, puis dans le Sussex et je voyageai dans la campagne et j'arrivai à Reading, où je trouvai quelques personnes qui avaient été convaincues des voies du Seigneur. Je restai là jusqu'au Premier-jour et je tins une réunion dans le verger de George Lamboll ; une grande partie de la ville y vint. Ce fut une glorieuse réunion ; il y eut une grande conviction, et les gens furent très satisfaits. Deux filles du Juge Fell vinrent m'y voir, ainsi que George Bishop, de Bristol, qui vint avec son épée au côté, car il était capitaine.

Après cette réunion à Reading, je passai à Londres, où je restai quelque temps, et où je tins de grandes réunions. Puis j'allai dans l'Essex et j'arrivai à Coggeshall où il y eut une réunion d'environ deux mille personnes qui dura plusieurs heures ; ce fut une glorieuse réunion ; car la parole de vie fut annoncée librement; les cœurs se tournèrent vers le Seigneur Jésus-Christ, leur Maître et leur Sauveur.

Le Premier-jour suivant, nous eûmes une très grande réunion près de Colchester, où la puissance du Seigneur se manifesta d'une façon remarquable, et les gens furent entièrement satisfaits "car on leur fit connaître l'enseignement gratuit du Seigneur et ils le reçurent avec joie.

TROUBLES A CAMBRIDGE

J'allai ensuite à Cambridge, et, quand j'arrivai dans la ville, les étudiants, l'ayant appris se montrèrent excessivement grossiers. Je restai sur mon cheval, et chevauchai parmi eux dans la puissance du Seigneur: « Oh ! s'écrièrent-ils, il rayonne! Il étincelle ! » ; et ils tirèrent le Capitaine Amor Stoddard à bas de son cheval avant qu'il arrivât à l'auberge. Quand nous fûmes à celle-ci, ils furent si grossiers que des mineurs, des charbonniers et des charretiers n'auraient pas pu l'être davantage. Les gens de la maison nous demandèrent ce que nous voulions avoir pour notre souper, comme c'est la coutume dans les auberges. « Souper ! m'écriai-je, si la puissance du Seigneur n'était pas sur eux, ces grossiers étudiants m'auraient tout l'air de vouloir nous mettre en pièces et de nous dévorer pour leur souper. »

Ils savaient combien j'étais opposé au commerce de la prédication, profession à laquelle ils étaient en train de se préparer ; c'est pourquoi ils étaient aussi enragés contre moi que les orfèvres de Diane l'avaient été contre (saint) Paul.

A la tombée de la nuit, le maire de la ville, qui était bienveillant, vint me chercher pour me conduire chez lui; tandis que nous traversions les rues, la ville était en rumeur ; mais on me reconnut pas à cause de l'obscurité. Ils devinrent furieux, contré moi et aussi contre le maire, de sorte qu'il avait presque peur de sortir avec moi dans ce tumulte. Nous envoyâmes chercher des personnes bien disposées à notre égard et nous eûmes une belle réunion dans la puissance de Dieu. Le lendemain, ayant donné l'ordre qu'on préparât nos chevaux pour six heures, nous sortîmes paisiblement de la ville ; nos persécuteurs furent frustrés, car ils espéraient à la faveur de mon séjour dans la ville pouvoir nous faire du mal.

C'est de cette année-là que date le Serment d'Abjuration qui fut une cause de souffrances pour beaucoup d'Amis; plusieurs allèrent en parler au Protecteur; mais il commençait à s'endurcir. Les souffrances des Amis augmentèrent, car les magistrats envieux se servaient du serment comme d'un piège pour s'emparer des Amis; je fus poussé à écrire à ce sujet à Oliver Cromwell.

FAUX RAPPORTS

Après m'être acquitté du travail pour le Seigneur dont j'avais été chargé à Londres, je passai en Bedfordshire et en Northamptonshire. A Wellingborough, j'eus une grande réunion dans laquelle la puissance et la vérité éternelles du Seigneur furent sur nous tous ; un grand nombre de gens de ce pays se tournèrent vers le Seigneur. Une grande colère s'éleva parmi les soi-disant gens pieux car les méchants prêtres, les Presbytériens et les Indépendants racontèrent faussement que nous emportions des bouteilles avec nous pour faire boire les gens et les décider à nous suivre; mais la puissance, l'esprit et la vérité de Dieu maintinrent les Amis au-dessus de la colère de leurs adversaires.

De Wellingborough j'allai dans le Leicestershire; le Colonel Hacker avait menacé de m'emprisonner si j'y retournais, quoique le Protecteur m'eût mis en liberté; mais, quand je fus arrivé à Whetstone (l'endroit où il m'avait arrêté auparavant), tout se passa tranquillement. La femme du Colonel Hacker et son maréchal vinrent à la réunion et furent convaincus ce jour-là. Il y avait à cette réunion deux juges de paix nommés Peter Price et Walter Jenkin qui venaient du Pays de Galles; tous deux devinrent des ministres de Christ ...

De là j'allai à Drayton, mon village natal, où tant de prêtres et de pratiquants s'étaient autrefois réunis contre moi; mais cette fois pas un ne se montra. Je demandai à quelques-uns de mes parents : « Où sont donc passés les prêtres et tous les autres? » Ils me dirent: « Le prêtre de Nuneaton est mort, et il y en a huit ou neuf qui cherchent à hériter de sa charge. Ils vous laisseront tranquilles maintenant, dirent-ils, car ils sont comme une bande de corbeaux : quand une brebis est morte, ils se rassemblent tous pour se partager sa dépouille; c'est ainsi quand il y a une charge vacante. » Voilà comment s'exprimaient quelques-uns de leurs auditeurs; ils avaient répandu sur moi leur venin et le Seigneur me délivra de leurs pièges ...
 
J'allai de là dans le Nottinghamshire et j'y eus de grandes réunions, puis dans le Derbyshire où la puissance du Seigneur fut sur nous tous; beaucoup passèrent des ténèbres à la lumière, de la puissance de Satan à Dieu et vinrent pour recevoir le Saint-Esprit. De grands miracles s'accomplirent en beaucoup d'endroits par la puissance de Dieu. Pendant que nous étions là, des Amis vinrent du Yorkshire et ils furent heureux de voir les progrès que faisait la Vérité ...

Puis nous allâmes à Tewksbury où nous eûmes une grande réunion dans la soirée ; le prêtre de la ville y vint avec une bande de gens grossiers. Il dit en se vantant qu'on verrait bien lequel de nous deux aurait la victoire. Je montrai au peuple la divine lumière par laquelle Christ, l'homme céleste et spirituel, les avait éclairés; afin qu'à cette lumière, ils pussent voir leurs péchés, se voir eux-mêmes dans les ténèbres et dans la mort, sans Dieu dans le monde ; et que par cette même lumière, ils pussent voir le Christ dont elle procède, leur Sauveur et leur Rédempteur, qui a donné Son sang et qui est mort pour eux, ainsi que le chemin qui mène à Dieu, la vérité et la vie. A ce moment-là, le prêtre commença à s'emporter contre la lumière et à la nier; car ces gens-là ne pouvaient supporter qu'on parlât de la lumière.

Puis nous allâmes à Warwick, où nous eûmes une belle réunion ; plusieurs furent convaincus et se tournèrent vers le Seigneur. Comme je sortais après la réunion, un Baptiste commença à nous chercher querelle ; le bailli de la ville vint avec ses officiers et dit : «Que font ces gens ici, à cette heure de la nuit ? » Puis il arrêta John Crook, Amor Stoddart, Gerrard Roberts et moi-même, mais en. nous autorisant à retourner à notre auberge à condition de nous présenter le lendemain matin. Le lendemain, beaucoup de gens grossiers, des vauriens, capables de tout, vinrent à l'auberge, jusque dans nos chambres, mais la puissance du Seigneur nous permit de les dominer. Gerrard Roberts et John Crook allèrent parler au bailli pour savoir ce qu'il nous voulait. Il dit que nous pouvions passer notre chemin car il n'avait pas grand' chose à nous dire.

Comme nous sortions à cheval de la ville, il me fut imposé de retourner dans sa maison pour lui dire que « le Protecteur nous ayant donné une forme de gouvernement qui nous assurait la liberté de conscience, il était étrange que, contrairement à la loi, on vînt molester des gens paisibles qui craignaient Dieu ».. Les Amis m'accompagnèrent mais les gens grossiers se rassemblèrent autour de nous et prirent dés pierres; l'un d'eux se saisit de la bride de mon cheval et la cassa; mais le cheval fit un saut en arrière et l'homme tomba sous lui. Quoique le bailli fût témoin de tout cela, il ne fit rien pour arrêter ni même pour réprimander la foule grossière, en sorte qu'il s'en fallut de peu que nous ne fussions frappés ou blessés dans les rues; car les gens jetaient des pierres et nous frappaient.

G. FOX ET LA FEMME MALADE

Quand nous arrivâmes à Baldock dans le Hertfordshire, je demandai: « Est-ce qu'il n'y a rien dans cette ville, pas de religion ? » on me répondit qu'il y avait quelques Baptistes et une femme baptiste, malade. John, du Bedfordshire, m'accompagna chez elle. Quand nous entrâmes, il y avait autour d'elle beaucoup de gens compatissants. Ils me dirent qu'il n'y avait rien à faire pour elle en ce monde, mais que si j'avais quelque réconfort à lui apporter, concernant la vie à venir, je pouvais lui parler. Le Seigneur me poussa à lui parler; et Il la releva et la rétablit, à l'étonnement de la ville et des environs. La femme baptiste et son mari furent plus tard convaincus, et bien des centaines de personnes se sont, depuis lors, réunies dans leur maison. Il y eut par la suite de grandes réunions et beaucoup de conversions dans cette région; un grand nombre reçurent la parole de vie, et prirent Jésus pour Maître et pour Sauveur.

Après avoir été chez cette femme malade, nous retournâmes à notre auberge, où deux hommes furieux étaient aux prises, en sorte que personne n'osait les séparer. Mais je fus poussé par le Seigneur à m'approcher d'eux; et, quand j'eus réussi à dénouer leurs mains, je pris l'un par une main et l'autre par l'autre, je leur montrai le mal qu'ils faisaient et je réussis à les convaincre et à les réconcilier ; ils se montrèrent si affectueux et si reconnaissants envers moi que les gens s'en émerveillèrent.

De là, je passai à Market-Street, où Dieu s'était formé un peuple, et par Albans j'arrivai à Londres, où les Amis se réjouirent des progrès de la Vérité et de la puissance glorieuse du Seigneur qui nous avait délivrés et nous avait fait surmonter bien des dangers et des difficultés. Je me réjouis aussi en constatant les progrès que faisait la Vérité dans la Cité et en voyant que tout allait bien pour les Amis ...

<Prochain Chapitre >

 

Haut | À Propos de Nous | Page d’Accueil | ©2006 Hall Worthington