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CHAPITRE VIII
launceston et Doomsdale 1655-1656
Après m'être attardé quelque temps à Londres et avoir visité les Amis dans leurs réunions, je traversai les campagnes du Devon et de Cornwall, puis Totness, une ville noire, et de là nous nous rendîmes à Kingsbridge où nous demandâmes à l'auberge les noms des gens sérieux et intéressants de la ville. On nous désigna Nicholas Tripe et sa femme et nous allâmes chez eux. Ils firent chercher le prêtre avec lequel nous nous entretînmes un moment; mais il nous quitta bien vite. Cependant Tripe et sa femme furent convaincus ; et depuis lors il y a une bonne réunion d'Amis dans ce pays. Le soir, nous retournâmes à notre auberge ; comme il y avait là beaucoup de gens qui buvaient, je me sentis poussé par le Seigneur à aller les trouver pour les diriger vers la lumière que Christ fait briller en chacun de nous.
L'aubergiste, voyant que cela empêchait ses hôtes de boire, saisit la chandelle et me dit: « Allons, voilà une lumière pour aller dans votre chambre. » Le lendemain matin, je lui dis combien sa façon d'agir avait été impolie; puis, après lui avoir annoncé le jour du Seigneur, nous partîmes .
Le lendemain, à Plymouth, nous eûmes une réunion très bienfaisante.
Nous passâmes de là en Cornouailles et arrivâmes à Helston; mais les aubergistes refusèrent tous de nous indiquer les gens abordables. Enfin,nous arrivâmes à un village où nous pûmes nous entretenir avec quelques Baptistes et quelques personnes sérieuses. Ils auraient voulu nous retenir mais nous fûmes obligés de partir pour Market- Jew. Nous fîmes ce soir-là une enquête pour découvrir ceux qui craignaient le Seigneur. Le lendemain, le maire et les conseillers envoyèrent les agents pour nous arrêter. Nous demandâmes à voir leur mandat d'arrêt : ils n'en avaient pas nous refusâmes de les suivre. Alors les agents envoyèrent leurs sergents - toujours sans mandat - nous dire que le maire et les conseillers nous attendaient.
Nous répondîmes que le maire et ses gens n'avaient pas le droit de venir nous troubler dans notre auberge et que nous ne les suivrions pas sans mandat. L'un d'entre eux sortit alors une massue de dessous son manteau; nous leur demandâmes si c'était l'usage de molester et d'importuner des étrangers dans leurs auberges et leurs logements. Au bout d'un moment, je dis à Edward Pyot : « Va, Edward, et demande à ce maire et à ses gens ce qu'ils nous veulent» ; sur quoi Edward Pyot alla trouver le maire et ses conseillers et s'entretint longuement avec eux; et la puissance du Seigneur lui donna de l'autorité sur eux tous. Quand il fut de retour, plusieurs officiers vinrent nous trouver et nous leur fîmes voir l'inconvenance de leur conduite envers nous, serviteurs du Seigneur Dieu, et combien elle était peu chrétienne. Avant de quitter la ville, j'écrivis un appel que je fis distribuer aux sept paroisses du Land's End, pour leur annoncer que le Seigneur était venu enseigner Son peuple Lui-même par Jésus-Christ, Son Fils ...
TROUBLES A SAINT-IVES
Quand nous fûmes à trois ou quatre milles de Market- Jew, William Salt, qui m'accompagnait, donna un exemplaire de cet appel à un homme qu'il rencontra sur la route. Aussitôt qu'il le lui eut remis, je sentis que nous allions être mis en prison; il aurait dû me consulter avant de le donner. Mais j'eus l'intuition cependant que tout finirait bien. Cet homme se trouva être le serviteur d'un nommé Peter Ceely, major de l'armée et juge de paix dans ce pays; il arriva à cheval avant nous à un endroit nommé Saint-Ives et montra le papier à son chef, le Major Ceely. Arrivés à Saint-Ives, nous nous arrêtâmes pour faire référer le cheval d'Edward Pyot qui avait perdu son fer; pendant ce temps, j'allai me promener au bord de la mer. Quand je revins, je trouvai la ville en émoi. On traînait Edward Pyot et William Salt devant le Major Ceely. Je les suivis à la maison du juge quoi-qu'on n'eût pas mis la main sur moi.
Quand nous entrâmes, la maison était remplie de gens grossiers; aussi demandai-je s'il n'y avait pas là un gendarme pour les tenir en respect; car je n'avais jamais vu des gens plus brutaux; les Indiens étaient certainement plus chrétiens qu'eux!
Au bout d'un moment, ils apportèrent le papier dont j'ai parlé et ils me demandèrent si je le reconnaissais. Je répondis: « Oui. » Alors le Major Ceely me tendit le texte du Serment d'Abjuration; sur quoi je mis la main à la poche et je lui tendis la réponse que j'avais rédigée et envoyée au Protecteur. Quand je la lui eus remise, il nous examina séparément l'un après l'autre. Il avait avec lui un nigaud de jeune prêtre qui nous posa beaucoup de questions oiseuses; entr'autres, il me conseilla de me faire couper les cheveux qui étaient, alors, assez longs; mais je ne voulais pas les couper. Je leur dis que je ne m'en enorgueillissais pas, et que ce n'étais pas moi qui les avait mis sur ma tête. Enfin le juge nous plaça sous la garde de soldats durs et farouches, comme le juge lui-même; cependant nous annon-câmes au peuple le jour du Seigneur et lui prêchâmes la vérité. Le lendemain, on nous envoya à Redruth, escortés par un groupe de cavaliers armés d'épées et de pistolets.
Le Premier-jour, les soldats voulaient nous faire voyager mais nous leur dîmes que c'était leur Sabbat et qu'on n'avait pas coutume de voyager ce jour-là. Plusieurs personnes de la ville s'assemblèrent autour de nous et, pendant que je m'entretenais avec les soldats, Edward Pyot parla à la foule; pendant ce temps, William Salt prit un chemin dérobé pour aller dans la maison à clocher parler au prêtre et à l'assemblée. J'annonçai le jour du Seigneur et la parole de la vie éternelle aux gens qui s'assemblaient autour de nous. Dans l'après-midi, les soldats voulurent absolument nous emmener, et nous montâmes à cheval. Quand nous fûmes arrivés au bout de la ville, je fus poussé par le Seigneur à retourner en arrière pour parler au vieillard de la maison. Les soldats sortirent leurs pistolets et jurèrent que je ne retournerais pas à la ville. Sans en tenir compte, je m'éloignai à cheval, suivi par eux. Je délivrai mon message au vieillard et au peuple, puis revins avec les soldats et les admonestai pour leur grossièreté et leur violence.
Le soir, nous nous arrêtâmes dans une auberge à Smethick.
Comme c'était le soir du Premier-jour, le principal officier de police de la ville vint à l'auberge ainsi que plusieurs personnes dont quelques-unes commencèrent à demander qui nous étions. Nous leur racontâmes notre arrestation pour la cause de la Vérité et nous eûmes une longue conversation avec elles au sujet des choses de Dieu. Tous furent très tranquilles et se montrèrent pleins d'affection pour nous. Quelques-uns furent convaincus et sont demeurés fidèles jusqu'à ce jour.
« KEAT, PERMETS-TU CELA ? »
Quand tous furent partis, nous allâmes nous coucher; vers onze heures, Edward Pyot me dit : « je vais fermer la porte au verrou; quelqu'un pourrait venir nous faire du mal. » Nous apprîmes ensuite, que le Capitaine Keat, qui commandait la garde, avait eu l'intention de s'attaquer à nous cette nuit-là mais, devant la porte verrouillée, il dut y renoncer. Le lendemain matin le Capitaine Keat amena un de ses parents, homme grossier et méchant, le fit entrer dans la chambre et resta lui-même dehors Comme cet homme malintentionné marchait de long en large dans la chambre d'un air arrogant, je lui recommandai de craindre le Seigneur; sur quoi il se jeta sur moi, me frappa de ses deux poings et essaya de me donner un croc-en-jambe, mais n'y réussit pas; je demeurai raide et immobile, me laissant frapper. Jetant un coup d'œil dehors, je vis le Capitaine Keat qui nous regardait battre. Sur quoi je lui dis : « Keat, permets-tu cela ? » Il répondit: « Oui»! « Est-ce que c'est humain ou convenable, demandai-je, de nous confier à une garde et d'envoyer un homme pour nous injurier et nous battre? Est-ce chrétien ? » Puis j'envoyai un ami chercher la police et demandai au capitaine de monter le mandat d'arrêt qu'il avait contre nous, ce qu'il fit. Ce mandat portait que nous devions être amenés sains et saufs au Capitaine Fox, gouverneur du Château de Pendennis. Je lui fis remarquer qu'il avait violé cet ordre.
Après avoir encore une fois essayé à Bodmin de me faire assassiner; le capitaine Keat nous emmena à Launceston, où il nous livra aux geôliers. Il n'y avait pas d'Amis ni de gens bienveillants à portée; et les gens de la ville étaient durs et mauvais. Le geôlier nous réclama sept shillings par semaine pour nourrir nos chevaux et sept pour la nourriture de chacun de nous. Mais, au bout de quelque temps, beaucoup de personnes bien intentionnées de la ville et des environs vinrent nous voir et furent convaincues.
Alors ce fut une rage folle contre nous parmi les soi-disant pratiquants et les prêtres ; ils disaient : « Ces gens disent à tout le monde « Tu » et « Toi » sans aucun respect, ils ne veulent ni ôter leurs chapeaux, ni s'incliner devant qui que ce soit (et cela surtout les vexait !) Mais,ajoutaient-ils, nous verrons, le jour des Assises, s'ils osent dire «Tu»et « Toi» au juge et garder leurs chapeaux devant lui. » Ils s'attendaient à ce que nous fussions condamnés à être pendus!... Mais tout ceci nous importait peu : nous savions que Dieu ferait pâlir l'honneur et la gloire du monde : Il nous ordonnait de ne pas rechercher ces honneurs et de ne pas les rendre; nous ne devions connaître et rechercher que l'honneur qui vient de Dieu seul!...
DISCUSSION A PROPOS DE CHAPEAUX
Il s'écoula neuf semaines entre notre arrestation et notre comparution devant les Assises; une grande affluence de gens vinrent de près et de loin pour assister au jugement des Quakers. Les' portes et les fenêtres étaient encombrées de gens qui nous regardaient passer. Quand nous fûmes introduits devant la Cour, nous restâmes un moment avec nos chapeaux sur la tête, et personne ne dit rien. Je fus poussé à dire: « La paix soit avec vous! » Le Juge Glynn, un Gallois, qui était alors le grand Juge d'Angleterre, dit au geôlier: « Quelles sont ces personnes? » - « Des prisonniers, Monseigneur », répondit-il. - « Pourquoi n'ôtez-vous pas vos chapeaux? » nous demanda le juge. Nous gardâmes le silence. « Otez vos chapeaux! » répéta-t-il. Nous ne bougeâmes point. Alors le juge dit: « La Cour vous commande d'ôter vos chapeaux. » Je pris alors la parole, lui disant: « Où voyez-vous qu'aucun magistrat, roi ou juge, de Moïse à Daniel, ait commandé à aucun de ceux qui se présentaient devant leur Cour d'ôter leur chapeau, qu'il s'agisse des Juifs, le peuple de Dieu, ou des païens ? Et si la loi d'Angleterre commande une chose pareille, montre-moi cette loi, écrite ou imprimée. » Alors le juge, très irrité, répondit: « Je ne porte pas mes livres de droit sur mon dos. » - - « Eh bien, lui dis-je, montrez-moi ce texte de loi pour que je le lise. » Alors, le juge dit : « Emmenez ce prévaricateur, je le ferai fouetter.» Alors ils nous emmenèrent et nous mirent avec des voleurs. Bientôt après, le juge fit dire au geôlier: « Ramenez-les moi.»Il nous dit alors: « Allons, où est-il question de chapeaux, de Moïse à Daniel ? Répondez-moi, je vous tiens maintenant! » Je lui répondis: « Tu peux lire dans le troisième chapitre de Daniel que les trois jeunes gens ont été jetés dans la fournaise ardente, sur l'ordre de Nebuchadnezzar, avec leurs tuniques, leurs caleçons et leurs chapeaux. » Cet exemple si clair lui ferma la bouche; en sorte que, n'ayant pas d'argument valable à m'opposer, il cria de nouveau: « Emmenez-les, geôliers.» Nous fûmes donc entraînés et jetés au milieu de voleurs, et l'on nous garda longtemps.
L'après-midi, nous fûmes ramenés à la Cour, sous l'escorte des cavaliers et des hommes de police qui eurent de violentes altercations avec la foule pour la décider à nous livrer passage. Quand nous fûmes au tribunal attendant notre tour, je vis le jury et un grand nombre d'autres gens qui prêtaient serment; j'eus un coup au cœur en constatant que des gens, faisant profession de christianisme, pouvaient violer et enfreindre ouvertement un commandement du Christ et de l'Apôtre. J'avais avec moi une brochure contre le serment: je fus poussé à la remettre aux juges qui m'entouraient ...
Cette brochure passa des mains du jury à celles des magistrats qui la remirent ensuite au juge; quand nous comparûmes devant celui-ci, il me fit remettre la brochure par le greffier; et il me demanda si ce document séditieux était de moi. Je lui répondis que, si on en donnait lecture publiquement devant la Cour pour que je l'entende, je dirais s'il était de moi, et le défendrais. Il aurait voulu que je le prenne en mains pour le regarder, mais j'insistai pour qu'on le lût à haute voix, afin que tout le pays pût l'entendre et juger s'il y avait là quoi que ce soit de séditieux: si c'était le cas, j'acceptais d'en porter la peine. Enfin, le greffier des Assises lut le document à haute et intelligible voix, de façon que tout le monde put l'entendre; quand il eut fini, je dis que j'en étais l'auteur~ que je le revendiquais et qu'ils devraient bien en faire autant s'ils ne voulaient pas renier les Ecritures: car ce langage n'était-il pas celui des Ecritures, n'étaient-ce pas les ordres et les commandements du Christ et de l'Apôtre, auxquels devraient obéir tous les vrais chrétiens ?
Alors ils laissèrent là ce sujet et le juge nous attaqua de nouveau au sujet de nos chapeaux, ordonnant au geôlier de nous les enlever, ce qu'il fit ; puis il nous les rendit et nous les remîmes sur nos têtes. Nous demandâmes alors au juge et aux magistrats pourquoi nous avions été retenus en prison pendant ces neuf semaines, puisqu'ils n'avaient pas d'autre reproche à nous adresser que de garder le chapeau sur la tête; quant à l'usage de l'ôter pour saluer, je leur dis qu'il s'agissait là d'un de ces honneurs que Dieu voulait réduire à néant, que c'était l'apanage des incroyants d'attacher tant d'importance à ces honneurs terrestres que les hommes se rendent les uns aux autres. Car Christ a dit: « Comment pouvez-vous croire, vous qui cherchez l'honneur qui vient des hommes et ne cherchez pas l'honneur qui vient de Dieu seul! » Il a dit encore: « Je ne recherche pas la gloire qui vient des hommes» ; ainsi tous les vrais chrétiens devraient-ils s'inspirer de Son exemple.
Alors le juge commença un grand discours, nous expliquant qu'il représentait la personne du Lord Protecteur qui l'avait nommé Grand Juge d'Angleterre, et qui l'avait envoyé ici, etc. Nous lui demandâmes de nous faire justice pour nous avoir emprisonnés injustement et pour tout ce que nous avions enduré pendant ces neuf semaines. Au lieu de cela, ils produisirent un réquisitoire qu'ils avaient préparé contre nous; c'était une chose si étrange et si pleine de mensonges que je crus d'abord qu'elle concernait d'autres accusés. Il y était dit que nous étions entrés à la Cour armés et avec des allures belliqueuses alors que nous y avions été amenés de la façon que j'ai rapportée. Je leur dis que c'était faux et nous implorâmes de nouveau une réparation pour notre injuste détention et pour avoir été arrêtés sans raison par le Major Ceely pendant notre voyage. Alors Peter Ceely s'adressa au juge en disant: « Pardon, Monseigneur, cet homme (il me désignait en parlant), « cet homme m'a pris à part et m'a dit combien je pourrais être utile à l'accomplissement de ses desseins; il se faisait fort de lever une armée de quarante mille hommes en une heure, pour susciter une révolution et faire monter le Roi Charles sur le trône; je voulais lui faire quitter le pays, mais il ne l'a pas voulu. J'ai un témoin prêt à affirmer tout cela sous la foi du serment. » Puis il fit appeler son témoin; mais, comme le juge ne semblait pas pressé de l'entendre, je le priai de bien vouloir faire lire devant la Cour et l'assemblée l'acte d'accusation exposant le crime pour lequel j'étais envoyé en prison. Le juge dit qu'on ne pouvait pas le lire; je répondis qu'on devait le lire puisqu'il y allait de ma liberté et de ma vie. Le juge répéta : « On ne le lira pas » ; mais j'insistai: « Il faut le lire; car si je me suis rendu coupable de quoi que ce soit qui mérite la mort ou la détention, le pays doit le savoir. » Alors, voyant qu'on ne voulait pas le lire, je m'adressai à l'un de mes compagnons de captivité: « Tu en as un exemplaire, lis-le », lui dis-je. « Ce ne sera pas lu, dit le juge, emmenez-le, geôlier; nous verrons qui de lui ou de moi sera le maître. » Ainsi je fus emmené, et, un moment après, on me rappela. Je recommençai à réclamer la lecture du document en question; c'est pourquoi je priai William Salt de le lire. Il lut; et le juge, les magistrats et toute la Cour gardèrent le silence: car l'assemblée était avide de l'entendre. Il était ainsi conçu:
« Peter Ceely, l'un des juges de paix de ce comté, au Gardien de la prison de Son Altesse à Launceston, ou à Son Représentant légitime, Salut !
« Je vous envoie, par les porteurs de ce message, les personnes d'Edward Pyot, de Bristol, de George Fox, de Drayton-in-theClay dans le Leicestershire et de William Salt de Londres (les domiciles susmentionnés ayant été indiqués par eux), qui sont désignés sous le nom de Quakers, et qui reconnaissent appartenir à cette secte; ils ont répandu plusieurs manifestes tendant à troubler l'ordre public, et ils ne peuvent indiquer aucune raison valable pour être venus dans ce pays, où ils sont entièrement inconnus; ils n'ont pas de passeport pour circuler dans le pays et refusent de se procurer les certificats de bonne conduite exigés parla loi; ils refusent également de prononcer le serment d'abjuration, etc. C'est pourquoi, au nom de Son Altesse le Lord Protecteur, je vous ordonne, quand on vous amènera les personnes des dits Edward Pyot, George Fox, et William Salt, de les recevoir et de les garder en sûreté dans la prison de Son Altesse ci-dessus mentionnée, jusqu'à ce qu'ils soient dûment libérés à la suite d'un jugement légal. Ne manquez pas d'exécuter cette consigne car vous auriez à répondre de sa non observation. Ecrit sous ma signature et mon sceau, à Saint-Ives, le dix-huit janvier, 1655.
P. CEELY. »
« TOI QUI TE DIS GRAND JUGE D'ANGLETERRE »
Quand la lecture fut achevée, je dis au juge et aux magistrats : « Toi qui te dis Grand Juge d'Angleterre, et vous qui êtes juges, vous savez que, si j'avais présenté des cautions, j'aurais pu aller où bon me semble; si j'avais conçu le dessein dont m'accuse le Major Ceely, et si je lui avais adressé les paroles qu'il m'impute, jugez vous-même s'il aurait pu être question de mise en liberté sous caution. »
Alors, m'adressant au Major Ceely, je dis: « Quand et où t'ai-je pris à part? Est-ce que ta maison n'était pas pleine de gens grossiers, et toi aussi grossier que n'importe lequel d'entre eux, quand vous nous avez examinés? Tellement que j'ai réclamé un fonctionnaire quelconque pour tenir les gens en respect ? Mais si tu es mon accusateur, pourquoi es-tu assis sur le banc des juges? Tu devrais descendre, te tenir près de moi et me regarder en face. En outre, je voudrais demander au juge et aux magistrats si le Major Ceely n'est pas coupable de cette trahison dont il m'accuse, puisqu'il l'a tenue secrète si longtemps. Est-ce qu'il se considère comme un soldat ou comme un juge de paix ? Car il prétend que je l'ai pris à part et que je lui ai confié le plan que j'avais conçu en lui disant combien il pourrait contribuer à son exécution.
« Il a ajouté, en outre, qu'il voulait m'aider à sortir du pays mais que je ne l'ai pas voulu; c'est pourquoi il m'a mis en prison, en indiquant comme motif, d'après l'acte que nous venons d'entendre, que je n'avais pas de certificat de bonne conduite. Ne voyez-vous pas clairement que le Major Ceely est coupable de ce complot de trahison dont il parle, et qu'il s'en est fait complice, en cherchant à me faire quitter le pays, en me réclamant une caution, et en s'abstenant jusqu'à ce jour de me dénoncer et de révéler cette prétendue trahison? Mais je nie et je hais le dessein dont il m'accuse, je suis innocent de cet acte diabolique. Ainsi on écarta ce chef d'accusation, car le juge vit clairement qu'au lieu de me prendre à ses pièges, mon accusateur s'y était pris lui-même.
L'ACCUSÉ DEVIENT L'ACCUSATEUR
Cependant le Major Ceely se leva de nouveau et dit : « Pardon, Monseigneur; cet homme m'a frappé et m'a donné un coup tel que je n'en ai jamais reçu de ma vie. » En entendant cela, je souris intérieurement et dis: « Major Ceely, es-tu un juge de paix et un major de cavalerie et peux-tu affirmer ici, en face de la Cour, que je t'ai frappé et que je t'ai donné un coup tel que tu n'en as reçu de ta vie? Quoi! n'as-tu pas honte? Je t'en prie, Major Ceely, où t'ai-je frappé? Où est ton témoin? Qui était là ? » Il répondit que c'était à Casde Green et que le Capitaine Bradden était présent quand je l'avais frappé.
Je priai le juge de le laisser citer son témoin, et sommai de nouveau le Major Ceely de descendre du banc des juges, lui disant qu'il ne convenait pas que l'accusateur siégeât comme juge au-dessus de l'accusé. Quand je demandai de nouveau qu'on appelât son témoin, il répéta que c'était le Capitaine Bradden. Alors, je m'écriai : « Parle, Capitaine Bradden, est-ce que tu m'as vu lui donner un coup et le frapper comme il le prétend ?» Le capitaine Bradden ne répondit pas, mais il inclina sa tête vers moi. Je le priai de dire s'il avait vu une chose semblable, mais il se contenta d'incliner de nouveau la tête. « Non, dis-je, parle, et que la Cour et le pays t'entendent; et ne crois pas t'en tirer par une inclinaison de tête. Si j'ai fait ce dont on m'accuse, qu'on m'applique la loi; je ne crains ni les souffrances ni la mort elle-même, car je suis innocent. » Mais le Capitaine Bradden ne voulut pas témoigner, et le juge, voyant que ces pièges étaient illusoires, cria: « Emmenez-le, geôlier » ; et, lorsqu'on nous eut fait sortir, il nous condamna chacun à une amende de vingt marks pour n'avoir pas ôté nos chapeaux; nous devions rester en prison jusqu'au paiement de notre dette. Aussi nous renvoya-t-il en prison.
COMMENT G. FOX « AVAIT FRAPPÉ»
Le soir, le Capitaine Bradden vint nous voir, accompagné de sept ou huit juges ; ils furent très polis avec nous et nous dirent qu'ils ne croyaient pas que ni le juge, ni personne à la Cour, ajoutât foi aux accusations que le Major Ceely avait portées contre moi, à la face du pays. Le Capitaine Bradden dit que le Major Ceely avait espéré obtenir contre moi une sentence de mort, mais qu'il lui aurait fallu trouver un autre témoin. « Mais, dis-je, Capitaine Bradden, pourquoi n'as-tu pas témoigné pour ou contre moi, puisque le Major Ceely t'avait appelé comme témoin, prétendant que tu m'avais vu le frapper ? Et quand je t'ai demandé de parler pour ou contre moi, selon ce que tu avais vu ou entendu, tu n'as pas voulu parler ! - Eh bien ! dit-il, quand le Major et moi, vous avons rencontré tandis que vous marchiez dans Castle Green, il a ôté son chapeau devant vous et il vous a dit : « Bonjour, Mr. Fox; je suis votre serviteur, Monsieur. » Alors vous lui avez dit: « Major Ceely, prends garde à l'hypocrisie et à la corruption du cœur: car, quand ai-je été ton maître, ou toi, mon serviteur ? Est-ce que les serviteurs jettent leurs maîtres en prison ? » C'était là le grand coup qu'il prétendait avoir reçu de moi. Je me rappelai alors qu'ils avaient marché avec moi et que nous avions échangé ces quelques paroles. L'hypocrisie et la corruption que je lui avais reprochées ne s'étaient que trop véririfiées par la façon dont il avait présenté les choses au juge en face de la Cour et du pays; il avait voulu leur faire croire que je l'avais frappé matériellement de ma main.
LA CONVERSION DU JUGE DE PAIX
Nous fûmes donc gardés en prison et beaucoup vinrent nous voir, de près et de loin; quelques-uns étaient des gens de marque; car le récit de notre jugement s'était répandu au loin, et l'on commentait dans la ville et dans les campagnes les réponses hardies que nous avions faites aux juges et à la Cour .Entre autres visiteurs, nous vîmes venir Humphrey Lower, un vieillard grave et respectable, un ancien juge de paix; il était très attristé de nous voir en prison et il nous représenta combien nous pourrions être utiles si nous étions libres; nous discutâmes avec lui au sujet du serment; et, lui ayant raconté comment on nous tendait la formule d'abjuration comme un piège, parce qu'on savait que nous ne pouvions pas jurer, nous lui montrâmes que nul ne pouvait travailler utilement à l'œuvre de Dieu s'il désobéissait au commandement du Christ; et que ceux qui nous emprisonnaient parce que nous ne voulions pas, en enlevant notre chapeau, rendre aux hommes un de ces honneurs dont ils sont avides, emprisonnaient le bien et contristaient en eux-mêmes l'Esprit de Dieu qui aurait voulu agir en eux. Ainsi nous lui fîmes voir l'esprit de Dieu dans son cœur, et la lumière de Jésus; il fut entièrement convaincu, il persévéra jusqu'à sa mort et nous rendit de grands services.
LES PAROLES OISEUSES DU COLONEL ROUSE
Un Colonel Rouse, juge de paix, vint aussi nous voir, amenant avec lui un groupe nombreux de gens. De ma vie, je n'avais vu un homme si bavard; aussi n'y avait-il pas moyen de placer un mot. A la fin, je lui demandai, pour le faire taire, s'il avait jamais été à l'école, et s'il savait ce que c'était que d'échanger des questions et des réponses. « A l'école ? s'écria-t-il, oui.» - « A l'école! s'exclamèrent à leur tour les soldats; il demande cela à notre colonel, qui est un savant? » - Je dis alors: « S'il en est ainsi, tiens-toi tranquille et écoute les réponses que je t'adresse. » Alors je fus poussé à lui annoncer la parole de vie dans la puissance terrible de Dieu; elle le terrassa tellement qu'il ne put plus ouvrir la bouche ; son visage se congestionna, il était rouge comme dindon ; ses lèvres remuèrent et il murmura quelque chose ; on crut qu'il allait tomber. Je m'approchai de lui et il me dit : « Je n'ai jamais rien éprouvé de pareil » ; car la puissance du Seigneur avait coupé le souffle à l'esprit mauvais qui s'agitait en lui; en sorte qu'il étouffait presque. Cet homme devint par la suite très affectueux pour les Amis, et il ne se montra plus devant nous aussi fertile en propos oiseux, quoiqu'il fût très orgueilleux; mais la puissance du Seigneur fut sur lui et sur ses compagnons ...
Comme les Assises étaient terminées et que le verdict qui nous condamnait était tel qu'il semblait peu probable que nous soyons relâchés de sitôt, nous cessâmes de donner au geôlier sept shillings par semaine pour nos chevaux et autant pour chacun de nous. Là-dessus, il devint très méchant et diabolique; il nous mit à Doomsdale, un cachot sale et empesté où l'on mettait d'habitude les sorciers et les assassins après qu'ils avaient été condamnés à mort. Cet endroit était si infect qu'on disait qu'il était rare qu'on en sortît vivant. Il n'y avait pas de dépendance; les excréments des prisonniers qui avaient séjourné là n'avaient pas été enlevés depuis des années (nous dit-on). Aussi c'était un fumier, et, par places, on enfonçait jusqu'au haut des souliers dans l'eau et dans l'urine; et il ne nous permit pas de nettoyer cet endroit ni d'avoir des lits ou de la paille pour nous coucher. Le soir, quelques personnes compatissantes de la ville nous apportaient une chandelle et un peu de paille, et nous brûlions un peu de notre paille pour combattre la puanteur.
SOUFFRANCES DE G. FOX ET DE SES COMPAGNONS
Les voleurs étaient au-dessus de nos têtes, et le geôlier dans une chambre à côté d'eux, au-dessus de nous aussi. Il paraît que la fumée de notre cellule monta dans la sienne ; cela le mit dans une rage telle qu'il prit les cuveaux d'excréments des voleurs et les répandit par un trou sur nos têtes ; nous en fûmes tellement aspergés que nous n'osions plus nous toucher nous-mêmes, ni les uns les autres. La puanteur augmenta de telle façon que nous faillîmes être étouffés par ces émanations putrides combinées avec la fumée. Nous avions auparavant la puanteur sous nos pieds; maintenant nous l'avions aussi sur notre tête et sur notre dos ; comme il avait arrosé notre paille avec ses ordures, l'atmosphère était suffocante. En outre, il nous raillait de la façon la plus affreuse, nous appelant « têtes de chiens mal bâties », et d'autres noms étranges, tels. que nous n'en avions jamais entendu de semblables.
Ainsi nous étions obligés de rester debout toute la nuit, car nous ne pouvions pas nous asseoir, tant cet endroit était plein d'excréments immondes. Il nous lassa longtemps ainsi avant de nous permettre de le nettoyer, ou de nous laisser avoir d'autres vivres que ceux qu'on nous faisait passer par le grillage. Un jour, une jeune fille nous apporta un peu de viande; il l'arrêta et la cita en justice comme s'étant rendue coupable de viol de domicile en pénétrant dans la prison sans permission. Il causa beaucoup d'ennuis à cette jeune femme, ne sorte que d'autres se découragèrent et que c'est à grand'peine que nous pûmes obtenir un peu d'eau ou de vivres. Vers cette époque, nous fîmes demander à une jeune femme, Ann Downer, de Londres, d'acheter et de préparer notre viande, ce qu'elle fit très volontiers, car elle avait aussi à cœur de venir à nous, dans l'amour de Dieu; elle nous fut très utile.
APPEL A CROMWELL
Nous apprîmes que le geôlier en chef avait été un voleur et qu'il avait été marqué au fer rouge à la main et à l'épaule; sa femme aussi avait été marquée au fer rouge pour quelque mauvaise action ainsi que le sous-geôlier et sa femme. Les prisonniers et quelques écervelés parlaient d'esprits qui étaient censés hanter Doomsdale, et de tous les gens qui y étaient morts, pensant peut-être nous terrifier ainsi. Mais je leur dis que si tous les esprits et tous les démons de l'enfer s'y trouvaient réunis, je les dominerais dans la puissance du Seigneur et que je ne craignais rien de semblable.
La session générale trimestrielle s'approchait; comme le geôlier continuait à se conduire d'une façon ignoblement cruelle à notre égard, nous rédigeâmes un rapport où nous dépeignions nos souffrances et nous l'envoyâmes au président de la session de Bodmin ; après l'avoir lu, les juges ordonnèrent que la porte de Doomsdale fût ouverte, qu'on nous permît de la nettoyer et d'acheter notre nourriture en ville. Nous envoyâmes aussi un exemplaire de ce rapport au Protecteur, expliquant comment nous avions été arrêtés et cités en jugement par le Major Ceely, injuriés par le Capitaine Keat comme il a été raconté plus haut, et ce qui avait suivi; sur quoi le Protecteur envoya au Capitaine Fox, gouverneur du Château de Pendennis, l'ordre de faire une enquête au sujet des injures et des coups dont nous avions été victimes de la part des soldats.
UN GRAND SERVICE RENDU AUX AMIS
Hugh Peters, un des chapelains du Protecteur, lui dit qu'il ne pouvait pas rendre à George Fox un plus grand service pour la propagation de ses idées en Cornouailles que de l'emprisonner dans ce pays. Et, en vérité, ma captivité venait du Seigneur et servit à l'avancement de sa cause; car après la fin des Assises, quand on apprit que notre captivité avait des chances de se prolonger, plusieurs Amis vinrent de toutes les parties du pays pour nous faire visite. Cette région occidentale était encore plongée dans les ténèbres à cette époque; mais la lumière et la vérité du Seigneur éclatèrent et brillèrent sur tout le pays; beaucoup passèrent des ténèbres à la lumière, de la puissance de Satan à Dieu. Un grand nombre furent poussés à aller dans les maisons à clocher; plusieurs nous rejoignirent en prison; et une grande conversion commença à se produire dans le pays ...
Un jour, un soldat vint nous voir; pendant qu'un de nos amis l'admonestait et l'exhortait à la sobriété, je le vis qui commençait à tirer son épée. Là-dessus, je m'approchai de lui et lui dis que c'était une honte de tirer son épée contre un prisonnier, un homme désarmé; je lui fis voir combien il était incapable et indigne de porter une telle arme ; et que s'il avait agi de cette façon vis-à-vis de certains hommes, ils lui auraient enlevé son arme et l'auraient mis en pièces. Alors, tout honteux, il s'en alla; et la puissance du Seigneur nous préserva.
Une autre fois, vers la onzième heure de la nuit, le geôlier entra à moitié ivre et me dit qu'il avait trouvé maintenant quelqu'un pour discuter avec moi ; (ceci se passait à un moment où nous avions déjà obtenu la permission de sortir un peu en ville). Aussitôt qu'il eut prononcé ces paroles, je sentis qu'il y avait là-dessous l'intention de me faire du mal. Toute cette nuit et le jour suivant, je restai couché sur une pelouse où je sommeillais, et je sentais quelque chose d'étrange autour de mon corps. Je me levai brusquement et- je m'attaquai à cet ennemi invisible, dans la puissance du Seigneur; pourtant il était toujours là. Alors je me levai et je marchai dans le parc de Castle Green; le sous-geôlier vint me dire qu'il y avait une jeune fille qui voulait me parler à la prison. Je sentis qu'il y avait aussi un piège dans ses paroles; c'est pourquoi je n'allai pas dans la prison mais je restai devant la grille; de là, je regardai à l'intérieur et je vis un homme qui était entré récemment en prison, accusé de sorcellerie; il avait un couteau à la main. Je lui parlai et il me menaça de me mettre en pièces; mais comme il était à l'intérieur, il ne pouvait pas m'atteindre. C'était le grand discuteur découvert par le geôlier. J'allai peu après dans la maison du geôlier et je le trouvai en train de déjeuner; le sorcier était attablé avec lui. Je dis que son complot était découvert. Alors il se leva de table et jeta sa serviette avec colère; je les laissai et j'allai dans ma chambre, car à ce moment-là, nous étions sortis de Doomsdale. Au moment fixé par le geôlier pour la discussion, je descendis et j'allai dans la cour (l'endroit désigné) ; j'y restai jusque vers la onzième heure, mais personne ne vint. Alors je retournai dans ma chambre et, au bout d'un moment, je m'entendis appeler. J'allai au haut de l'escalier, et je vis la femme du geôlier sur l'escalier et le sorcier en bas, cachant sa main derrière son dos et paraissant furieux. Je lui demandai : « Homme, que tiens-tu dans ta main, derrière ton dos ! Etends ta main devant moi; montre-nous ta main et ce qu'il y a dedans. » Alors il étendit rageusement sa main qui tenait un couteau ouvert. Je montrai à la femme du geôlier combien elle et son mari avaient agi méchamment à mon égard; car c'était là l'homme qu'ils avaient trouvé pour discuter avec moi des choses de Dieu ; ils étaient furieux tous les deux et lui continuait à me menacer. Alors, je fus poussé à lui parler sévèrement, dans la puissance terrible du Seigneur, qui le maîtrisa tellement qu'à dater de ce jour il n'osa plus paraître devant moi ni m'adresser la parole. Je vis que c'était le Seigneur seul qui m'avait préservé de leurs mains sanguinaires ; car le Diable avait une grande animosité contre moi et il excitait ses suppôts à me nuire. Mais le Seigneur les en empêcha; et mon cœur fut rempli de reconnaissance et de louanges envers lui.
... Le Seigneur qui voyait l'intégrité de nos cœurs devant Lui, et qui connaissait notre innocence, était avec nous dans nos souffrances. Il soutenait nos cœurs et nous rendait tout facile. Il nous donnait d'annoncer Son Nom et Sa vérité au peuple; en sorte que plusieurs personnes furent convaincues et nous devinrent très attachées. Des Amis venaient nous voir de partout.
La Vérité commença à se répandre largement en Cornouailles, en Devonshire, en Dorsetshire et dans le Somerset ; beaucoup ,se tournèrent vers Jésus-Christ et vers Son enseignement gratuit; ,car beaucoup des Amis qui venaient nous voir étaient poussés à annoncer la Vérité dans ces contrées, ce qui irrita beaucoup les 'êtres et les pratiquants; aussi excitèrent-ils les magistrats à arrêter les Amis. Ils placèrent des gardes dans les rues et sur les places sous prétexte d'arrêter des gens suspects; c'est ainsi qu'ils s'y prirent pour arrêter et emprisonner les Amis qui traversaient ces régions pour venir nous voir; ils faisaient cela pour les empêcher de vaquer au service du Seigneur. Mais ce qu'ils considéraient comme un moyen d'arrêter la Vérité servit au contraire à la répandre plus largement; car ainsi les Amis furent fréquemment amenés à parler aux officiers de police, aux autres fonctionnaires et aux juges devant lesquels ils étaient cités; et cela permit à la Vérité de s'étendre de plus en plus dans toutes les paroisses. Quand les Amis avaient été arrêtés par les gardes, il fallait bien quinze jours ou trois semaines avant qu'ils pussent être libérés; car, dès qu'un officier les avait arrêtés et amenés devant les juges, et que ceux-ci les avaient acquittés, voilà qu'un autre les arrêtait et les faisait comparaître devant d'autres juges : ce qui occasionnait une peine et des frais superflus.
PERSÉCUTIONS
Le maire de Launceston était un homme mauvais, ivrogne et débauché; il arrêtait tous ceux qu'il pouvait trouver et les jetait en prison, il fouillait dans les jupons et dans les coiffures de femmes sérieuses et respectables, pour voir s'il ne s'y trouvait pas des lettres dissimulées. Un jeune homme vint nous voir, sans avoir passé par la ville. Je consignai par écrit toutes les actions immorales, inhumaines et impies du maire; (car il se conduisait plutôt comme un païen que comme un chrétien) ; et je remis ce document au jeune homme en lui disant de le sceller, de s'en aller par le chemin qu'il avait pris en venant, et de rentrer dans la ville par les portes. C'est ce qu'il fit. Le garde l'arrêta et l'amena devant le maire, qui fouilla ses poches et trouva la lettre dans laquelle ses agissements étaient signalés. Il en fut tellement honteux qu'à partir de ce moment, il ne s'occupa plus guère des serviteurs du Seigneur ...
Il me tomba sous la main un exemplaire d'une ordonnance publiée à la Session d'Exeter, dans laquelle la Vérité et les Amis étaient blâmés et vilipendés, et qui ordonnait, en termes exprès « d'arrêter tous les Quakers » ; je fus poussé à écrire et à répandre une réponse pour disculper la Vérité et les Amis des calomnies dont on les poursuivait et pour montrer la noirceur de cet esprit de persécution dont elles émanaient; il était conçu comme suit:
« Vu l'ordonnance publiée à la dernière Session d'Exeter, le dix-huitième jour du Cinquième Mois, 1656, ordonnance d'après laquelle « tous ceux qui appartiennent aux Quakers, ceux qui se donnent ce nom à eux-mêmes et ceux qui sont considérés comme tels doivent être arrêtés et saisis » ; et où l'ordre est donné aux principaux officiers de police, pour qu'ils le transmettent à leurs subordonnés, « d'établir des gardes qui auront plein pouvoir pour arrêter les Quakers susmentionnés » ; étant donné que, dans la dite ordonnance, vous prétendez que les Quakers répandent des livres et des documents séditieux; je vous réponds: « Ceux que vous appelez, par dérision, des Quakers n'ont pas de livres ni de documents séditieux ; au contraire, leurs livres sont opposés à la sédition, aux hommes, aux livres, aux maîtres et aux usages séditieux. Ces hommes honnêtes, pieux et saints, en qui habite la crainte de Dieu, vous les classez parmi les misérables, les coquins et les vagabonds ; confondant ainsi ce qui est précieux et ce qui est vil. »
« Vous n'êtes pas dignes d'exercer votre profession de juge, vous qui vous servez de vos lois et de vos hommes d'armes pour combattre des innocents, des agneaux du Christ, qui n'ont pas levé la main contre vous. Si vous aviez conscience de l'état de votre pays, de vos cités, de vos villes, de vos villages, dont le cri est comme celui de Gomorrhe, dont le bruit réveille l'écho de Sodome et dont la rumeur s'élève comme celle de l'ancien monde où toute chair était corrompue et que Dieu engloutit par le déluge; si vous considériez tout cela, vous sauriez contre quoi diriger votre épée, au lieu de la brandir contre les agneaux du Christ. » Nous restâmes en prison jusqu'aux Assises suivantes, mais nous ne fûmes plus cités devant les juges.
Pendant que j’étais ici en prison, les Baptistes et les hommes de la cinquième monarchie prophétisèrent, que cette année Christ viendrait, et régnerait pendant des milliers d’années. Et ils voyaient ce règne comme étant un règne extérieur: alors qu’Il est venu intérieurement dans le coeur de son peuple, pour régner et gouverner; Ces "croyants" ne l’avaient pas reçu dans leurs cœurs. Alors ils faillirent dans leur prophétie et leur attente, puis ils ne le possédaient pas. Mais Christ est venu, et Il habite et règne dans les cœurs de son peuple. Des milliers de coeurs, aux portes desquelles Il a frappé, lui ont ouvert ; et Il est entré, et a soupé avec eux, et eux avec Lui; le repas céleste avec l’homme céleste et spirituel. Beaucoup de ces Baptistes et de ces gens de la Monarchie devinrent les plus grands ennemis des fidèles de Christ, mais Il règne dans le coeur de ses saints au-delà de toutes leurs envies.
Pendant les Assises, divers juges vinrent nous voir et furent relativement polis : ils discutèrent tranquillement des choses de Dieu avec nous, se sentant émus de pitié envers nous. Le Capitaine Fox, gouverneur du Château de Pendennis, vint et me regarda en face, sans prononcer une parole ; puis il retourna vers ses gens et leur dit qu'il n'avait jamais vu de sa vie un homme plus simple. Je le rappelai et je lui dis : « Attends, nous verrons qui de nous deux est le plus simple. » Mais il passa son chemin car c'était un homme léger et frivole.
Un nommé Thomas Lower vint aussi nous voir et nous offrit de l'argent; nous acceptâmes son amour mais nous refusâmes son argent. Il nous posa de nombreuses questions concernant notre refus. d'assimiler les Ecritures avec la Parole de Dieu et concernant les sacrements et d'autres choses analogues ; nous pûmes le satisfaire entièrement. Je lui parlai, et il me dit ensuite que mes paroles avaient été pour lui comme un trait de lumière, tant elles l'avaient pénétré. Il dit qu'il n'avait jamais rencontré de sa vie des hommes semblables, qu'ils connaissaient les pensées de son cœur, et que leurs paroles étaient toute sagesse. Il fut convaincu de la Vérité et il est resté un Ami jusqu'à ce jour. Quand il revint à la maison de sa tante Hambly, où il habitait alors, il lui parla de nous ; elle et sa sœur, Grace Billing, entendant parler de la Vérité, vinrent nous voir en prison et furent aussi convaincues. Tous deux endurèrent de grandes souffrances et la spoliation de leurs biens, à cause de la Vérité.
« QUE VOTRE VIE SOIT UNE PRÉDICATION »
Vers cette époque,"je fus poussé à adresser l'exhortation suivante à des Amis, plus spécialement chargés du ministère de la parole:
« Amis, prenez garde à demeurer dans la puissance de vie et de sagesse et dans la crainte du Seigneur, le Dieu de la vie, du ciel et de la terre, afin que dans l'infinie sagesse de Dieu, vous puissiez être un objet de crainte et de salutaire frayeur pour tous les adversaires de Dieu, vous adressant à ce qui en eux est divin, éveillant le témoin intérieur, confondant l'hypocrisie, leur faisant échanger une vie de péché contre l'alliance de paix et de grâce. Prêchez à toutes les nations, par la parole ou par la plume. N'épargnez ni vos pas, ni vos langues, ni vos plumes; mais obéissez au Seigneur Dieu; mettez-vous au travail; soyez vaillants pour le service de la vérité; foulez aux pieds tout ce qui lui fait obstacle ...
« Les serviteurs de l'Esprit doivent être au service de l'Esprit qui est en prison, qui a été en captivité en chacun de nous; afin que, par l'Esprit de Christ, les hommes puissent sortir de leur prison et être amenés à Dieu, le Père des esprits, s'engager à Son service, être en communion avec Lui, avec les Ecritures et les uns avec les autres. Soyez des modèles, soyez des exemples, où que vous alliez, à la campagne, à la ville, dans les îles,et dans toutes les nations; afin que votre conduite et toute votre vie soient une prédication pour tous les hommes. Alors vous serez joyeux, vous vaincrez le monde, vous éveillerez la Présence divine qui sommeille en chaque homme ; vous leur serez en bénédiction et ce qu'il y a de Dieu en eux vous rendra grâce; ainsi vous serez en agréable odeur au Seigneur Dieu et une bénédiction pour tous.
George Fox »
LA PUNITION DU GEOLIER
Après les Assises, le « sheriff » vint avec quelques soldats pour assister à l'exécution d'une femme qui était condamnée à mort; nous causâmes longuement avec eux. L'un d'entre eux dit malignement : « Christ était un homme aussi plein de passions que n'importe quel autre homme; » ce pour quoi nous le réprimandâmes. Une autre fois, nous demandâmes au geôlier ce qui se passait aux Assises ; il nous répondit : « Des choses sans importance; seulement une trentaine de cas de bâtardise. » Nous trouvâmes très étrange qu'on pût faire profession de christianisme et considérer ce délit comme une chose sans importance. Mais ce geôlier était très mauvais lui-même; je l'exhortais souvent à se montrer raisonnable; mais il injuriait les gens qui venaient nous voir. La femme d'Edward Pyot lui envoya de Bristol un fromage; le geôlier le prit et l'apporta au maire, pour voir, dit-il, s'il ne s'y trouvait pas de lettre compromettante ; et quoique ce ne fût pas le cas, ils le gardèrent. Ce geôlier aurait pu être riche s'il s'était conduit convenablement, mais il fut l'artisan de sa propre ruine, qui l'atteignit bientôt. L'année suivante, il fut destitué et emprisonné lui-même pour quelque méfait; alors il mendia auprès de quelques Amis. Il commit quelques écarts de conduite, en punition desquels le geôlier qui lui succéda l'enferma à Doomsdale, lui mit les fers aux pieds et le battit; il lui dit de se rappeler comment il avait traité ces braves gens qu'il avait méchamment, sans aucune cause, jetés dans ce vilain donjon; il lui déclara que les souffrances qu'il endurait maintenant étaient bien méritées; qu'on le mesurerait avec la mesure dont il s'était servi. Il devint très pauvre et mourut en prison; sa femme et sa famille tombèrent dans la misère.
Pendant que j'étais en prison à Launceston, un Ami alla vers Olivier Cromwell et offrit de prendre ma place à Doomsdale, si on voulait l'accepter et me remettre en liberté. Il en fut tellement frappé qu'il dit à ses conseillers : « Lequel d'entre vous en ferait autant pour moi, si j'étais dans une semblable condition? » Et, quoiqu'il eût repoussé la proposition de l'Ami comme étant illégale, cependant la vérité s'imposa à lui avec force à cette occasion. {Voici la lettre adressée à Fox de la part de l'Ami qui, par amour, s'était porté volontaire pour prendre sa place:
Humphrey Norton to George Fox 1656
Cher George Fox:
Toi, dont la beauté et la grâce des paroles ne peuvent être exprimées. Je suis poussé à t'écrire ceci et m'abandonnant librement à l'amour de la semence; et l'amour de la semence qui repose sur toi, pour t'adresser ce message. Le 17ième jour du mois dernier, J'avais été dans l'attente du Seigneur. Dans ma vie, tu es apparut. Depuis lors, j'eus sur moi ce lourd fardeau de faire quelque chose en ce qui te concerne ; et maintenant mon attirance fait que j'en suis à cet endroit. Puisque tu es le prisonnier d'Oliver [Cromwell, le dirigeant de l'Angleterre], Il m'est maintenant nécessaire de lui offrir mon corps en échange de ton corps en prison, et je suis prêt à faire cela même au prix de mon sang. Si tu reçois mon offre dans cette lettre, et que tu considère cette offre taite avec sagesse, et que tu me laisse ainsi me présenter devant lui avec la somme de tes injustes souffrances et de tes amendes à payer, de sorte qu'il n'aura aucunes excuses, et je serai libre de ce qui est exige de moi. Tu es précieux et prévilégié ; répond-moi vite, car je vois la grande nécessité pour toi d'être libre. J'étais l'un des premiers à être à Swarthmore, et dans ce réunions il y en avait beaucoups qui parlaient et qui priaient , et un chant qui ne ressemblait à rien de ce que j'ai pu entendre jusqu'à maintenant ; et de même que l'illumination qui était au-millieu d'eux, que je vis et senti. Je ressent le besoin de te faire part de cela à toi ainsi qu'à James Naylor, à vous deux ces choses vous suffisent, (et leur raison et la différence de cela et de Kendall). Le manque de votre présence à Israël repose sur moi. Jusqu'à ce que je reçoive de vos nouvelles, mes paroles sont très sincères, moi , Humphrey Norton suis prêt à remettre ma vie à la volonté du Père,
et par Sa puissance, suis prêt à procéder à ce que j'ai mentionné dans cette lettre.
Londre ce 4ième du 2ième
mois (1656)
Après cela le Major Desboroughs vint à Castle Green et joua aux boules avec les juges et d'autres gens. Plusieurs Amis allèrent les exhorter à ne pas employer leur temps de façon si frivole ; leur faisant remarquer que, quoiqu'ils fissent profession d'être chrétiens, ils s'adonnaient cependant au plaisir et laissaient les serviteurs de Dieu en prison. Nous apprîmes ensuite qu'il avait remis l'affaire au Colonel Bennett qui avait le commandement de la prison. Quelque temps après, en effet, le Colonel Bennett se montra disposé à nous remettre en liberté à condition que nous payions au geôlier nos redevances. Mais nous lui dîmes que nous ne pouvions pas le faire, car nous avions souffert injustement; comment pouvaient-ils nous réclamer des redevances après les tortures qu'on nous avaient fait endurer ? A la fin, la puissance du Seigneur vint sur lui et il nous mit en liberté sans condition le 13e jour du Septième Mois 1656. Il Y avait neuf semaines que nous avions été faits prisonniers à la première Assise, appelée l'Assise du Carême, qui avait lieu au printemps.
<Prochain Chapitre >
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