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LE GUIDE SPIRITUEL par MIGUEL DE MOLINOS
Et la Conduire Par la Voie Intérieure PRÊTRE ESPAGNOLE ROMAIN Commentaires de l'Éditeur On peut cliquer sur le texte en Bleu Pale, ou en caractère gras bleu pale pour voir le texte dans les écritures, ou détails dans les écrits. Le Guide Spirituel de Molinos est un ouvrage exceptionnel sur la valeur du silence devant le Seigneur. Un Prêtre Romain purifié cela est presqu'un oxymore; mais rappelez-vous que Molinos vivait en Espagne et en Italie, où il aurait été tué sur le champ s'il aurait parlé contre l'église Romaine. Ainsi il est resté dans le but de la réformer. Il aurait été impossible de rencontrer en tant que groupe, ainsi tout de sa guidance est dirigé vers l'individu, l'effort privé; ce qui est particulièrement approprié pour disperser les pèlerins, sans le groupe. Il est un témoignage du fait que l'Église de Christ se compose de ceux qui, véritablement "naissent de nouveau et qui ne pèche plus ," et l'on trouve peu de ces individus dans les ages passés, chez les Protestants comme chez les Catholiques. Voici un Prêtre Espagnol, qui a presque révolutionné la foi Romaine ; avec plusieurs milliers de fidèles appréciant le chemin de la paix et la communion avec le Seigneur. Des milliers de nonnes, des vingtaines d'Évêques, plusieurs Cardinaux, et même le Pape a pratiqué cette prière silencieuse dans la joie d'une vraie communion avec l'Enseignant, retirant des avantages de ses changements par grâce, et ressentant bourgonner en eux-memes une vie de paix, telle la vie de Christ Lui-même. Malheureusement, comme les Jésuites voyaient leur influence s'affaiblir, ils envièrent la vaste influence de Molinos à l'intérieur de l'église Romaine ; ainsi, à l'aide des mécanismes de l'Inquisition qui étaient bien rodés, ils l'examinèrent à répétition alors qu'il était emprisonné, ayant finalement pour résultat, des accusations pour ses convictions confessées , (dont ses milliers de connaissance renièrent comme ayant forgé). Il fut condamné à l'emprisonnement à vie pour hérésies, mais il mourut peu après, suite aux tortures répétés des Jésuites, (selon Le Livre des Martyrs de Fox). Cette histoire est détaillée ci-dessous dans le Post-scriptum, ainsi que dans un Extrait du Livre des Martyrs de Fox(aucune relation avec George Fox). PRÉFACE
La voie de la paix intérieure Ceux qui voudraient avoir du succès en toutes choses et les faires à leurs propres manières, n'ont pas encore connu cette voie: Ils ne connaissent pas le chemin de la paix (Rom 3:17). Et ainsi ils mènent une vie dure et amère, toujours agités et de mauvaise humeur, sans marcher dans la voie de la paix, qui consiste en une conformité totale à la Parole de Dieu. Cette conformité est le doux joug que nous présente cette PRÉFACE dans les régions internes de la paix et de la sérénité. Afin que nous puissions reconnaitre, que cette rébellion de notre volonté est la principale raison de notre inquiétude ; et parce que nous ne voulons pas nous soumettre au doux joug de la Volonté Divine, nous souffrons tant de troubles et de difficultés . Oh âme ! Si nous nous soumettons nous-mêmes à la Volonté Divine, et entièrement à Sa dispositions, quelle tranquilité ressentirions-nous! Quelle douce paix! Quelle sérénité intérieure! Quelle sérieux bonheur et félicité Suprême ! Alors ceci doit être la responsabilité de ce livre. Plaît à Dieu de me donner Sa Lumière Divine, pour découvrir les parties secrètes de cette voie intérieure, et la suprême félicité d'une paix parfaite. Note :
Pour la facilité de l'arrangement,
LE GUIDE SPIRITUEL QUI GUIDE L'ÂME VERS
Pour que Dieu fasse de l'âme sa demeure, On peut cliquer sur le texte en Bleu Pale, ou en caractère gras bleu pale pour voir le texte dans les écritures, ou détails dans les écrits. En effet vous devez toujours alors garder votre coeur en paix, afin que vous puissiez garder pur ce temple vivant de Dieu ; et avec une intention pure et intègre, vous avez à travailler, à prier, obéïr, et souffrir, sans même en être le moindrement ébranlé, peut importe ce qu'il plait à Dieu de vous envoyer. Car il est certain, pour le bien de votre âme, et de votre avantage spirituel Il permettra à l'ennemie jaloux de venir troubler cette cité de repos et ce trône de paix par des tentations, des suggestions et des tribulations ,et par l'entremise de créatures et des ennuis douloureux de même que des persécutions pénibles. Soyez constant, et que vos coeurs se réjouissent quel que soit les inquiétudes que ces épreuves puissent vous causer. entrez en votre intérieur, afin de les surmonter, car à l'intérieur se trouve la forteresse divine qui et là pour vous défendre, pour vous protéger, et pour combattre à votre place. L'homme qui possède une forteresse sûre ne craint rien lorsqu'il est poursuivi par ses ennemis. car avec le retrait intérieur, ceux-ci sont vaincu et déçu. Le château fort qui vous fera triompher de tous vos ennemis, visibles et invisibles, ainsi que de tous leurs pièges et leurs tribulations, se trouve à l'intérieur de votre âme, parce qu'en elle réside l'aide Divine et le souverain secours. Retirez-vous en elle, et tout sera sécure, paisible et calme. Pacifier ce sanctuaire de votre cœur devrait donc être votre exercice principal, et perpétuel, afin que le souverain Roi puisse en faire Sa demeure. La paix profonde consiste à entrer en vous-mêmes par le recueillement intérieur [la foi et le silence devant Dieu]. toute votre protection se trouve dans la prière [une prière de recueillement:foi et silence devant Dieu ]et le recueillement d'amour en la Présence divine. Ainsi donc, quand vous vous retrouvez brusquement assailli, retirez-vous dans cet asile de paix là où vous trouverez la forteresse, Quand votre coeur est plus craintif, dirigez-vous dans ce refuge de prière, la seule armure qui puisse vaincre l'ennemi, et atténuer les tribulations ; dans la tempête vous ne devrez pas vous en éloigner, pour qu'à la fin, tel un autre Noé, vous puissiez expérimenter la tranquilité, la sécurité et la sérénité; et qu'à la fin votre volonté puisse être résigné, devoué, paisible et courageuse. Finalement, ne soyez pas découragés ni affligés de voir votre coeur troublé. Il revient pour vous apaiser, pour vous raviver à nouveaux, car ce Seigneur Divin sera seulement avec vous, pour se reposer dans votre âme, et y former un riche trône de paix ; pour qu'à l'intérieur de votre coeur, par le recueillement intérieur, et qu'avec Sa Divine Grâce, vous puissiez voir le silence dans le tumulte, la solitude dans la compagnie, la lumière dans les ténèbres, l'oubli dans les pressions, la vigueur dans le découragement, le courage dans la peur, la résistance dans la tentation, la paix dans la guerre, et le silence dans la tribulation. (Note: La prière qu'il recommende est le silence, ne prononcer aucune parole ni aucune pensée ; ce qu'il appelle des "discours" ce sont des paroles et des pensées, qu'il mentionne régulièrement qu'ils doivent être évitées en faveur du silence. Molinos défini clairement les avantages de la prière silencieuse dans ses écrits. ) Chapître II
Vous vous retrouverez, comme toutes les autres âmes qui sont Appelées par le Seigneur à la voie intérieure, remplie de confusion et de doutes, car dans votre prière vous avez failli dans votre discours[requêtes, intercessions, et supplications]. Il vous semblera que le Divin Maître ne vous aide plus comme avant, que la pratique de la prière silencieuse n'est plus en votre pouvoir, que vous perdez du temps alors que vous pouvez de peine et de misère prononcer un court et simple mot de prière tout comme autrefois vous étiez disposés à faire. Combien de confusion, et quels perplexités, le désir de vous élargir avec le discours mentale[vous voudrez prier avec la manière traditionnelle de parler ;et de faire des supplications à Dieu] lèvera en vous! Et si dans une telle joncion vous n'avez pas de père spirituel qui soit un expert en la voie mystique, vous en conclurez certainement que votre âme n'est pas en ordre, et que pour la sécurité de votre conscience, vous demeurez avec le besoin d'une confession générale ;le seul résultat sera la honte et la confusion des deux. Oh combien d'âmes sont appelés à marcher dans la voie intérieure, et les pères spirituelles, faute de comprendre leurs cas, au lieu de les guider et de les aider à avancer, stop them in their course, and ruin them. [Molinos s'adressait alors principalement à un auditoire de secte Romaine, qui avaient tendance à se tourner vers leurs prêtre, présumant qu'il était plus sage qu'eux en matière spirituelle; ce qui le plus souvent n'était manifestement pas le cas, sauf dans le cas où le prêtre avait été enseigné, lui-aussi dans la voie intérieure.] Laissez-moi vous convaincre, que lorsque vous sentez diminuer[à partir du silence intérieur] le besoin d'élargir en discours[d'augmenter dans vos prières les conversations et les supplications], cela est [le silence intérieur] pour votre plus grand bonheur, car cela est un signe clair que le Seineur veut que vous marchiez par la foi et le silence dans Sa Divine présence, ce qui est le chemin le plus profitable et le plus facile ; dans le respect, qu'avec une vision simple, ou une attention amoureuse envers Dieu, l'âme apparaissant comme avec d'humble supplication devant son Seigneur, tel un jeune enfant, qui se réfugie sur la poitrine douce et sûre de sa chère maman. Tel que Gerson a exprimé : 'Bien que j'eusse consacré quarante ans, à la lecture et à la prière, je n'ai pas pu trouver de manière plus efficace , ni plus directe, pour parvenir à la théologie mystique, que d'entrer dans la présence de Dieu avec mon esprit de jeune enfant, en suppliant humblement.' «Je me suis attaché, dit Gerson, pendant quarante années, à la lecture et à la prière, mais je n'ai pas trouvé de voie plus courte ni plus sûre pour parvenir à l'Union mystique, que de mettre mon esprit en la présence de Dieu, dans l'état d'un petit enfant, ou d'un malheureux, dépouillé de tout secours. » Ce genre de prière n'est pas seulement la plus facile, mais elle est aussi la plus sûre. Elle se soustrait des opérations de l'imagination, qui se trouve toujours exposée aux tromperies du diable ; aux extravagances de la mélancolie et du résonnement là où l'âme peut facilement être distraite, s'emmêler dans la spéculation et réfléchir sur elle-même. Lorsque Dieu voulut instruire Son propre capitaine Moïse (Exode 24:15 ), et qu'Il lui donna les deux Tables de la Loi gravés dans la pierre, Il l'appela à la montagne, à ce moment là Dieu était là avec Lui, la montagne était sombre, environnée d'épais nuages, Moïse se tenant là immobile tout en ne sachant quoi penser ou quoi dire. Après sept jours, Dieu commenda à Moïse de venir au sommet de la montagne, là où Dieu lui montra Sa gloire, et le remplir de grande consolation. (Exode 33:18-21 and 34:6) Ainsi au début, lorsque Dieu veut, de manière extraordinaire, guider l'âme dans l'école des aimables corrections et de la Divine Loi intérieure, Il la fait passer par les ténèbres et la sécheresse, afin qu'Il puisse l'amener près de Lui. Parce que la Mjerté Divine sait très bien qu'une âme s'approche de Lui, non pas par son propre résonnement, ou de son propre travail ; ni par la compréhension des écritures et autres documentations divines; mais plutot par le silence ainsi qu'une humble résignation. Le patriarche Noé donna un bon exemple de ceci, lui qui, après avoir été considéré comme un fou par tous les hommes ; s'est retrouvé flottant au beaux millieux d'une mer déchaînée, qui avait englouti le monde entiers, sans voile ni rame, et entouré de bêtes sauvages enfermés dans une arche ; ainsi il marcha uniquement par la foi, sans savoir ni comprendre ce que Dieu avait l'intention de faire avec lui. Ce qui vous concerne le plus , Oh âmes rachetés, c'est la patience, ne renoncez pas à la prière, [le silence devant Dieu] bien que vous ne puissiez pas multiplier vos discours[accroître vos supplications et vos requêtes]. Marchez avec une foi ferme, dans un silence saint, mourant à vous-mêmes, à tous vos désirs, à tous vos efforts, confiant que Dieu, Lui qui est le même et qui ne change pas, qu'Il ne peut non plus faire d'erreur, ne désir rien d'autre que votre bien. Il est clair qu'il est douloureux de mourir ; mais cela est du temps bien utilisé. Car lorsque l'âme est morte, muette, et résignée dans la présence de Dieu, là, sans aucun encombrement ni aucune distraction, l'âme peut recevoir l'influence Divine. À travers les sens [la vue, l'ouïe, le toucher] nous sommes incapables de [recevoir] Bénédictions Divines. Donc si vous voulez être heureux et sages, faites silence, croyez, souffrez, attendez, ayez confiance et marchez. Mieux vaut vous pour tenir votre paix laisser conduire par Les Mains divines que d'acquérir tous les biens de ce monde. Et bien que vous semblez ne rien faire du tout, néant, en étant tellement muet et résigné, pourtant cela apporte du fruit à l'infini. Considérez ces bêtes aveugles qui font tourner la roue de la meule. Bien que ces bêtes ne puissent voir le maïs, et ne sachant pas ce qu'ils font, ils font tout de même un grand travail en moulant le grain. Et bien qu'ils ne goutent pas le maïs, bien que le Maître en reçoit les fruits, et les goutes également. Qui aurait pu croire qu'une semence qui gît longtemps en terre, qu'elle puisse mourir! Pourtant ensuite, on peut la voir pousser, grandir et se multiplier. Dieu fait de même avec l'âme , quand Il la prive de pensée et de raisonnement. Alors [dans le silence de la prière] qu'elle pense qu'elle ne fait rien, et qu'elle est en quelque sorte détruite ; à ce moment ele ressuscite, renouvelée, affranchi, et parfaite, n'ayant jamais espéré autant de faveur. Prenez alors soins de ne pas vous affliger, ni de tirer de l'arrière, mais ne vous étendez pas sur de longs discours en prière ; supportez, gardez votre paix, et apparaissez dans la présence de Dieu; persévérez constamment, et faites confiance à son infinie générosité, qui peut vous donner une foi constante, la véritable lumière, et le grâce Divine. Marchez comme si vous aviez les yeux bandés, sans penser ni résonner; remettez vous entièrement entre Ses mains douces et paternelles, en étant résolu à ne rien faire d'autre que Sa Volonté et Son plaisir Divin .
Chapître III Suite du même sujet C'est l'opinion commune de tous les hommes saints qui ont l'expérience de l'Esprit, et de tous les sujets mystiques, que l'âme ne peut atteindre la perfection et l'union avec Dieu, par le moyen de la contemplation et du résonnement ; Ce chemin n'est utile que pour celui qui commence à se diriger dans la voie spirituelle, ensuite il doit acquérir une habitude de la connaissance, de la beauté de la vertu, et de la laideur du vice- cette habitude qui, selon l'opinion de Ste Teresa, peut s'acquérir en six mois ; et selon St. Bonaventure, en deux mois (In prolog. de Mist. Theol., p. 655). Quelle pitié ne doit-on pas avoir pour ces âmes, trop nombreuses, qui, toute leur vie, se font violence pour raisonner et méditer, alors que Dieu, voulant les élever à l'Union parfaite, leur en a retiré le pouvoir ! Elles demeurent ainsi pendant de longues années, sans avancer dans la voie spirituelle se faisant d'inutiles tourments, cherchant Dieu au-dehors alors qu'Il (Dieu) est en eux-mêmes. (Note: Molinos a employé le mot méditation lorsque l'on réfléchi à des sujets divins, de nos jours le terme “Contemplation” serait plus approprié, ainsi un changement de termes a été fait afin de faciliter la compréhension actuelle de la “ méditation” étant la recherche du silence. Son utilisation du mot méditation était dans le contexte de réfléchir sur le sujet des choses divines, plutot que de rechercher le silence de l'esprit. Curieusement ce genre de méditation est toujours en vogue au sein du Christianisme moderne : i.e., méditer (penser) sur un certain passage de l'écriture, soi-disant afin de déterminer sa signification correcte. Donc les termes qui se trouvent dans ce document ont été édités afin d'être compatible avec l'usage courant ; méditation est employé pour la prière silencieuse, et contemplation est employé pour le discours de la pensée. Mais attention, une autre version se trouve sur le web, emploie les termes inchangés. Quelque soit les termes employés, il est évident que Molinos est un avocat du silence dans la prière, afin de centrer son esprit sur Dieu ; ou comme George Fox de même que site recommande, de penser au nom de Jesus-Christ, et en retournant à la même pensée quand votre esprit se met à errer. Fox mentionne que dès que vous prenez conscience que Christ est en vous, vous devriez alors fixer votre ponsée sur Christ en vous , au lieu de ne penser qu'à son nom.) De toute manière, quelle pitié ne doit-on pas avoir pour ces âmes, trop nombreuses qui, du début jusqu'à la fin de leurs vies, ne s'adonnent qu'à la contemplation, se contraignant eux-mêmes au raisonnement ; Bien que Dieu Tout Puissant les privant de résonnement, afin qu'Il puisse les élever à une autre condition, et les amener vers un genre de prière encore plus parfait. Ainsi depuis plusieurs années ils demeurent imparfaits, et en sont toujours au commencement sans faire aucun progrès, ou bien qu'ayant malgré tout franchit un pas dans la voie de l'Esprit ; ils se fendent la tête à propos de l'emplacement, du choix des minutes, de l'imaginations, et des résonnements tendus, cherchant Dieu au dehors, sans savoir qu'Il est déjà à l'intérieur d'eux-mêmes. Saint Augustin se plaignit de cela : quand Ddieu le guida dans la voie mystique, disant à sa Majesté Divine, « J'allais, Seigneur, errant comme une brebis égarée, Te cherchant au-dehors, raisonnant anxieusement, alors que Tu étais en moi. Je me lassais beaucoup, et Te cherchais au-dehors, et cependant, Ta demeure est en moi, si je soupire et j'aspire après Toi. J'allais le long des rues et des places de la cité du monde, Te cherchant et ne Te trouvant pas, parce qu'en vain je demandais au-dehors après Celui qui Se trouvait en moi-même.» (Les Soliloques., C. 31). L'angélique Docteur St. Thomas, pour tous il était si circonspect dans ses écrits, peut pourtant sembler railler ceux qui vont toujours à la recherche de Dieu, au moyen du résonnement, alors qu'Il est présent à l'intérieur d'eux-mêmes. Il y a un grand aveuglement, une excessive folie en ceux ,(dit le saint) qui cherchent toujours Dieu, qui soupirent continuellement après Dieu, l'invoquant chaque jours dans leurs prières, eux qui, étant eux-mêmes, (selon l'Apôtre ), le Temple Vivant de Dieu, et Sa véritable demeure, puisque l'âme est le siège et le trône de Dieu, là où Il demeure continuellement. Ne serait-ce pas insensé que de chercher hors de chez soi une chose qu'on possède dans sa maison? Ou bien, qui peut se régénérer avec la nourriture qu'il désire, et ce sans même la gouter! Pourtant c'est là exactement la vie de quelques hommes justes, cherchant toujours et n'étant jamais satisfaits, et par conséquent toutes leurs oeuvres demeurent imparfaites(Optusc. 63, c. 3 in fin). Il est certains que Christ notre Seigneur enseigne la perfection à tous, même les plus humbles, ces humbles qu'Il a choisis pour apôtres et dont Il a dit: « Je te bénis, ô Père, ô Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. » Il est certain que des personnes ignorantes et simples peuvent atteindre aussi bien, et mieux même que les savants, à la perfection, et qu'elles ne l'acquerront pas par des contemplatios ou de simples réflexions, car la perfection consiste principalement dans les mouvements de la volonté. Saint Bonaventure enseigne qu'on doit se garder de toute pensée, même à l'égard de Dieu. C'est une imperfection de chercher à travers des images, des idées, des représentations de la volonté (si subtiles soient-elles), la Bonté, la Trinité, l'Unité ou l'Essence divine. Si ces images paraissent ressembler à Dieu, elles ne sont pas Dieu Lui-même, car Il ne saurait être dépeint sous aucune forme.Il n'est pas utile de penser à ce qui concerne les créatures, les anges Ou la Trinité, la connaissance se formant, non par la subtilité des pensées, mais par la violence de notre désir. Tout cela est clair. Voudrions-nous donc nous tourmenter nous-mêmes, abandonner la méditation, parce que nous n'y pouvons plus raisonner? La volonté profonde et l'intention pure ne sont-elles pas plus efficaces que les efforts de l'intelligence? Lorsque les corbeaux, voyant leurs petits sans plumes noires, ne les croient pas de même race qu'eux-mêmes et qu'ils les abandonnent, Dieu prend soin de ces petits oiseaux, Il les nourrit de rosée. Que ne fera-t-il donc pas pour nous? Lorsque nous ne pourrons ni parler ni raisonner, si nous croyons et si nous avons confiance, si nous bramons, après la céleste nourriture qui nous est nécessaire, la Bonté Divine pourvoira à tous nos besoins. C'est une grande épreuve, mais aussi un extraordinaire privilège pour l'âme, que d'être privée des douceurs sensibles et de marcher dans les sentiers arides et déserts de la perfection, puisque la perfection ne peut être atteinte que par cette voie, aussi ténébreuse et aride que parfaitement assurée. Lorsque le raisonnement lui est enlevé, que l'âme soit donc confiante, et qu'elle ne retourne pas en arrière; mais que, ferme dans sa foi, elle demeure dans le silence et le repos, persévérant dans la patience afin d'être heureuse, de parvenir à l'Union Divine, à la paix intérieure et au souverain repos.
Dans l'exercice de méditation, la sécheresse et les ténèbres Vous saurez qu'il y a deux sortes de prières: l'une facile, aimante, pleine de douceur et de sentiment ; l'autre obscure, sèche, solitaire, remplie de tentations et de ténèbres. La première est pour l'âme qui commence à chercher l'Union avec son Dieu, l'autre est pour l'âme plus avancée dans cette voie, qui sont dans le progrès à la perfection. Dieu nous donne la première pour nous attirer à Lui, Il envoie la seconde comme purification. Dans la première, Il nous traite comme des enfants, dans la seconde, comme des hommes faits. On pourrait appeler la première de ces voies : la vie naturelle, car cette voie est pour ceux qui cherchent la dévotion sensible, Dieu l'avait donné aux débutants. De même qu'on fait agir l'homme naturel par l'attrait des objets extérieurs, Dieu commence par attirer les âmes à Lui par les douceurs de la dévotion, afin de les faire entrer dans la vie spirituelle. Mais la seconde pourrait être nommée: la voie humaine. Ceux qui s'y engagent doivent durement combattre les passions, non par plaisir, mais parce que la raison montre que c'est la seule manière d'atteindre la perfection. Assurez-vous que la sécheresse soit un instrument qui vous est bénéfique . parce qu'elle est vide de plaisirs perceptibles ; la recherche de ce qui est un obstacle qui met un frein à l'envol de la plupart des hommes spirituels, et qui les faits mêmes reculer, et abandonner la prière comme on peut le voir dans plusieurs âmes, qui persévèrent uniquement lorsqu'ils peuvent ressentir la consolation. Sachez que Dieu fait usage du voile de la sécheresse, pour qu'enfin nous ne puissions connaître ce qu'Il oeuvre en nous, pour qu'ainsi nous demeurions humbles ; car si nous ressentions et que nous connaissions le travail qu'Il fait dans notre âme, nous pourrions tomber dans la satisfaction de même que dans la présomption, en nous imaginant que nous-mêmes avons fait quelques choses de bien, et de ce fait croyant nous être rapprocher de Dieu: ce qui serait notre méfait . Mettez ceci dans vos coeurs comme une terre ferme, que pour marcher dans la voie intérieure, toute sensibilité doit premièrement être enlever, et le moyen que Dieu emploie pour ôter toute sensibilité, c'est la sécheresse. Par la sécheresse Il ôte ainsi la réflexion, l'attention que l'âme porte à ses actions, ces réflections qui ne sont rien d'autres que des obstacles à l'avancement et entravant la communication de de Dieu Lui-même dans notre âme. Ne vous affligez donc pas, ne vous imaginez pas que vous demeurez sans progresser, parce qu'après la prière ou la communion vous n'éprouvez aucun sentiment de douceur. Le laboureur sème pendant une saison et récolte pendant une autre. De même, Dieu a Ses temps marqués; c'est pourquoi Il vous aidera à résister aux tentations, Il vous remplira de saintes résolutions et de désirs efficaces lorsque vous y penserez le moins. Je vais citer ici quelques fruits que l'âme retire de ses plus grandes sécheresses, afin que vous ne vous laissiez pas séduire par l'ennemi de votre salut qui, pour vous détourner de la prière, cherchera à vous persuader que vous êtes dans l'inaction et que vous perdez votre temps.
Tous ces fruits, et plusieurs autres encore, sont produits par la prière, cette prière que vous voudriez abandonner parce qu'elle vous semble stérile et que vous n'en voyez pas les fruits et n'en récoltez jusqu'à maintenant aucun avantage. Ayez donc de la fermeté, et persévérez dans la patience. car bien que vous ne vous en apercevez pas, votre âme croît par cette sécheresse, n'allez pas croire que l'âme est à rien faire, car même si elle n'est pas activement en fonction, le Saint-Esprit agit quand même dans l'âme qui vit la sécheresse Chapitre V Il y a deux sortes de dévotions. Il y a deux sortes de dévotions : l'une essentielle et véritable ; l'autre, accidentelle et sensible.La dévotion véritable se reconnaît à une habituelle promptitude de l'esprit à faire le bien, [des bonnes actions, faisant aux autres ce que vous voudriez qu'ils vous fasses, des dons par amour aux pauvres, etc.]à accomplir les commandements de Dieu, et à être prêt à Son service; ce que la fragilité humaine ne permet pas à l'âme de réaliser comme elle le désirerait. Cette dévotion, quoique n'étant accompagnée ni de douceurs, ni de larmes, ni de plaisir, étant combattue au contraire par les tentations, les sécheresses et les ténèbres, est la véritable dévotion. La dévotion accidentelle et sensible se reconnaît à la tendresse de cœur, aux larmes, à la satisfaction éprouvée lorsqu'on génère de bons désirs. Non seulement on ne doit pas la rechercher, mais on doit l'abandonner, s'en détacher, parce qu'elle est dangereuse et elle est un grand obstacle au progrès et à l'avancement de la voie intérieure. C'est donc à la dévotion essentielle et véritable qu'il faut s'adonner; cela est en notre pouvoir de l'acquérir, chacun de nous en faisant son devoir pouvons, avec l'aide de la divine grâce acquérir la véritable dévotion. Il y a des personnes qui, parce qu'elles expérimentent de sensibles plaisirs à la dévotion , croient être favorisées de Dieu ; qu'elles y sont parvenue; elles passent toute leur vie à soupirer après cet heureux état. mais le plaisir sensible n'est que faux don, Car ce n'est là qu'une consolation de la nature, une illusion à travers laquelle l'âme voie ce qu'elle fait, et qui l'empêche de faire quoi que ce soit, ou d'avoir la possibilité de faire quelque chose de productif ; l'acquisition de la véritable lumière, et le fait d'emboiter le pas dans la voie de la perfection. Les sens ainsi que les émotions n'affectent que la chair, et non l'âme, qui est purement esprit qui n'a ni sentiment ni sens ; donc l'âme ne bénéficie pas de telles plaisirs. Par ceci vous pouvez en conclure que les dévotions découlant des plaisirs sensibles ne sont pas de Dieu, et ni de l'Esprit ; elles sont plutot de nature charnelle humaine. Par conséquent on doit leur prêter très peu d'attention lorsqu'elles se manifestent, en les évitant véritablement afin de persévérer dans la prière silencieuse, en vous abandonnant vous-même à la lumière de la grâce de Dieu dans la sécheresse et la noirceur. N'allez pas penser que parce que vous êtes présentement dans les ténèbres et la sécheresse, dans la foi et le silence, que vous n'accomplissez rien, que vous perdez votre temps, et que vous êtes passifs; parce que selon St. Bernard: la véritable passivité c'est d'attendre devant Dieu , et que la passivité de l'âme c'est l'affaire de Dieu. Il ne faut donc jamais dire que l'âme est passive, car bien qu'elle n'est pas active visiblement, le Saint-Esprit opère quand même en elle. En outre, l'âme n'est pas totalement inactive, parce qu'elle opère intimement et simplement à travers l'esprit. Ses véritables actions consiste à: être attentive à Dieu, à s'approcher de Lui, de suivre Ses inspirations intérieures, à recevoir Ses divines influences, à L'adorer dans Son intime centre , de Le vénérer par de pieuses affections de la volonté, de chasser ces nombreuses et fantastiques imaginations et de vaincre avec douceur et mépris toutes les tentations. Je dis que ce sont tous là de véritables actes, très simples, purement spirituels, de manière imperceptibles, en toute tranquilité par lesquelles l'âme oeuvre.
Chapitre VI Que l'âme ne se trouble pas lorsqu'elle se trouve dans l'obscurité, (Note: Depuis le début nous sommes tous dans l'obscurité, avant l'éveil, une telle obscurité n'est pas tant à dédaigner qu'à nous stimuler à nous défaire de la perception de cela, en abandonnant notre silence qui nous fait voir notre obscur et déplorable condition. Comme Paul a dit : Mais, tandis que nous cherchons à être justifié par Christ, si nous étions aussi nous-mêmes trouvés pécheurs, Christ serait-il un ministre du péché? Loin de là! Gal 2:17. Et comme Pierre a dit : Et nous tenons pour d'autant plus certaine la parole prophétique, à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour vienne à paraître et que l'étoile du matin se lève dans vos coeurs. Il a été dit que pour reconnaître la Lumière,on doit premièrement marcher dans l'obscurité.) Il y a deux sortes d'obscurité, les unes sont malheureuses, les autres sont heureuses. Les premières sont la conséquence du péché et sont malheureuses. parce qu'elles conduisent l'âme vers un précipice éternel. Les secondes sont celles que le Seigneur a souffert pour être dans l'âme, afin de la fonder et l'établir dans la vertu ; et celle-ci sont heureuses, parce qu'elle l'éclaire, elle la fortifie, et produit une plus grande Lumière intérieure, pour ne pas que vous puissiez vous affliger et vous troubler, non plus que soyez désolés un vous retrouvant dans l'obscurité et les ténèbres, que vous avez failli à Dieu et à la Lumière qui vous éclairait auparavant. Vous devriez plutot, dès maintenant persévérer de manière constante dans la prière, [la prière silencieuse] cela étant une évidence que Dieu dans Sa miséricorde infinie tente de vous amener dans la voie intérieure, et l'heureux chemin du Paradis. Oh combien heureux serez-vous si vous embrassez cela avec paix et résignation, en tant qu'instrument de la parfaite tranquilité, de la véritable Lumière, et de tous vos biens spirituels. Sachez alors que le chemin le plus droit, le plus parfait, et le plus sûr est la voie de l'obscurité, parce qu'en eux le Seigneur y a placé Son trône; Il faisait des ténèbres sa retraite. Psaume 18:11.Par elles, la lumière surnaturelle, que Dieu infuse dans l'âme, grandi et s'intensifie; et parmi elles, la sagesse et le puissant amour sont engendrés ; par l'obscurité, l'âme est anéantie, de même que les espèces qui obstruent la droite vision de la Vérité Divine sont consumés. De cette façon, Dieu introduit l'âme dans la voie intérieure par la prière du repos, et la parfaite méditation, là où si peu ont pu parvenir. Enfin, par l'obscurité le Seigneur purifie les sens et la sensibilité, qui font obstacles au progrès mystique. Voyez maintenant si l'obscurité ne doit pas être estimer et considérer. Ce que vous devez faire parmi elles, c'est de croire que vous vous retrouvez devant le Seigneur, et dans Sa Présence; mais vous devez faire cela avec une douce et paisible attention, ne désirant rien connaître, ni rechercher de délicatesses, de tendresses, ou de dévotions sensibles, ne désirant rien faire de plus que ce qu'est la bonne volonté et le bon plaisir de Dieu ; parce qu'autrement vous ne ferez que tourner en rond tout au long de votre vie, et n'aurez pas avancés d'un pas vers la perfection. Chapitre VII Pour qu'enfin, l'âme puisse parvenir à la paix intérieure suprême, Dès que vous serez fermement résolu à mortifier vos sens externes, afin que vous puissiez avancer en direction de la haute montagne de la perfection et de l'union avec Dieu, Sa Majesté Divine étendra Sa main pour vous purifier de vos mauvaises inclinaisons, de vos désirs démesurés, de vos vaines complaisances, de votre amour propre, de votre égo, ainsi que des autres vices cachés, que vous ne connaissez pas, et qui pourtant, règne dans les parties intérieures de votre âme, et entrave l'Union Divine. Vous ne parviendrez jamais à cet heureuse condition par les travaux ou les mortifications que vous vous imposerez, ni par des actes de résignation. Jusqu'à ce que ce Seigneur vous purifie intérieurement, qu'Il vous exerce selon Ses propres méthodes, car Lui seul sachant comment purifier les âmes de leurs défauts secrets. Si, constante est votre persévérance, Dieu vous délivrera de votre attachement aux biens de ce monde. Il vous purifiera même de votre attachement aux biens surnaturels, tels que : communications intérieures, ravissements, extases, et autres grâces que nous considérons souvent comme le soutien et la consolation de l'âme. Telle sera l'œuvre divine en votre âme par le moyen de la croix et sécheresses. Il vous suffit de consentir à marcher avec une entière résignation dans cette voie déserte et ténébreuse. Votre principal devoir est de ne pas agir par vous-mêmes, de vous soumettre paisiblement à Dieu en toute chose votre liberté à toutes les mortifications extérieures ou intérieures que Dieu jugera bon de vous imposer. Là est l'unique moyen de vous préparer aux divines influences: souffrir patiemment, avec calme et humilité, les tribulations extérieures et intérieures. Les pénitences ou mortifications que vous vous infligerez ne vous seront d'aucune aide. Un cultivateur fait plus de cas des plantes qu'il a semées que de celles qui croissent d'elles-mêmes, car les unes et les autres ne portent pas les mêmes fruits. C'est ainsi que Dieu estime et préfère la vertu qu'Il infuse à l'âme (celle qui est plongée dans son propre néant, dans le calme et la tranquilité, retiré en son propre centre, et sans aucun effort) à toutes les vertus que l'âme prétend acquérir par ses vains efforts et ses oeuvres. [les oeuvres de la chair, qui comptent pour rien] Votre seule préoccupation est de préparer votre coeur comme une feuille propre sur laquelle la Sagesse divine imprime les caractères selon Sa volonté. Oh combien grand est l'accomplissement pour votre âme de passer des heures entières ensemble dans méditation, tranquille , humble, soumise, sans agir, ni connaître, sans même essayer de comprendre quoi que ce soit !
Chapitre VIII La Suite. AVEC de nouveaux efforts vous vous exercerez, différemment de vos manières habituelles, en acceptant de recevoir les opérations divines et secrètes, et à être purifié par le Seigneur, cela étant les seules moyens pour être propres et purifiés de votre ignorance et de vos dérèglements. Sachez toutefois, que vous devez être plongés dans une mer de tristesses amers, et de douleurs autant internes qu'externes, dont les tourments transperceront jusqu'au plus profond de votre corps et de votre âme. Vous subirez l'épreuve d'être abandonné par les gens du monde, même de ceux dont vous espériez le plus de secours et qui semblaient compatir à vos détresses.; les chemins de votre intellect seront si asséchés, que vous serez incapable de résonner; non, pas plus que de concevoir une bonne pensée de Dieu. Les cieux vous sembleront d'airain, et vous croierz ne pas recevoir de Lumière Le doux souvenir des rayons célestes dont autrefois votre âme était ensoleillée ne pourra vous consoler de l'obscurité présente. Vos ennemis invisibles vous persécuteront avec scrupules, avec des suggestions lascives, et des pensées impures, avec des incitatifs à l'impatience, à l'orgueil, à la colère à la malédiction, et à blasphémer le Nom de Dieu, Ses sacrements ainsi que Ses mystères saints. Vous ressentirez une grande tiédeur, de la haine et du dégout pour les choses de Dieu, votre entendement sera remplit d'obscurité et de ténèbres, et dans le coeur un malaise, une confusion, un resserrement ; telle une froideur et une faiblesse de la volonté de résister, qu'une paille vous semblera comme une poutre. Votre désertion sera si grande qu'il vous semblera ne plus y avoir de Dieu pour vous, and that you are rendered incapable of entertaining a good desire; que vous êtes devenus incapables de bons désirs, et vous serez enfermés entre deux murailles au milieu de peines et de tourments continuels, sans aucun espoir de ne jamais sortir d'une si épouvantable oppression.
Chapitre IX L'âme ne doit pas s'inquiéter, Notre propre nature est si méprisable, fière et ambitieuse, et tellement remplie de ses propres appétits, de ses propres jugements et de ses propres opinions, que si elle ne retenait pas ses tentations, nous serions perdu sans aucun espoir. Le Seigneur, alors,en voyant notre misère et nos penchants pervers, et de ce fait ému de compassion, permet que nous soyons troublés par de violentes tentations, des mouvements d'impatience, d'orgueil, d'intempérance, de luxure, de colère, de murmure, de blasphème, de désespoir, dans le but de nous faire connaître nos faiblesses et que nous puissions demeurer humble. Par ces horribles tentations, par cet bonté infinie qui humilie notre orgueil, nous en retirons un remède des plus salutaire. Tout comme Ésaïe avait dit,« Toutes nos œuvres, dit Isaïe, sont comme des draps souillés » ( Ésaïe 64:6), à travers les taches de la vanité, de la complaisance de soi, et de l'amour propre. Il est nécessaire qu'elle soit purifié par le feu de la tribulation, et de la tentation, afin qu'elles puissent être lavé, pure, perfaite, et agréable aux yeux de Dieu. Par conséquent le Seigneur purifie les âmes qu'Il appelle, et qu'Il désire avoir pour Lui, se servant de la tentation comme d'une lime pour enlever la rouille de l'orgueil, de l'avarice, de la vanité, de l'ambition, de la présomption, et de l'amour-propre. Par la même façon Il les humilie, les calme, et leur fait reconnaître leur misère. Par ce moyen Il purifie et dépouille le coeur, afin que toutes ses oeuvres soient purs et de valeurs inestimables. Bien des âmes, lorsqu'elles sont aux millieux de douloureux tourments, qu'elles sont troublées, affligées et préoccupées; elles se sentent comme si elles avaient été condamnées à souffrir le chatiment éternel ; et si, par malheur elles s'en remettent entre les mains d'un confesseur inexpérimenté, au lieu de les récomforter, il les laissera dans de grandes confusions et de grandes perplexités. Pour que vos ne perdiez pas votre paix intérieure, il est nécessaire que c'est la bonté de la miséricorde Divine, qui vous humilie, vous afflige et qui vous tente. Afin que, par ce moyen votre âme parvienne à une profonde connaissance d'elle-même, en croyant qu'elle est la pire, la plus impie et la plus abominable de toute les âmes vivante, et qu'ainsi avec humilité et bassesse elle s'abhorre elle-même. Oh combien l'âme serait heureux si elle pouvait faire silence, et que toutes ces tentations suscités par le diable, et reçu de la main de Dieu, concourent à leurs bien et leurs avancement spirituel ! Mais vous allez dire, que ce n'est pas le travail du diable, lorsqu'Il se sert des hommes pour vous éprouver ; mais que , lorsque vous êtes outragés et injuriés par vos prochains, c'est à cause de leurs défauts et de leurs méchancetés . Sachez que c'est là une autre tentation subtile et cachée, car, si Dieu réprouve les crimes des hommes, Il se sert néanmoins des douleurs et des inquiétudes qu'ils causent pour vous perfectionner par les avantages de la patience et du pardon. Lorsque vous êtes outragés par tout homme ! il y a deux éléments en cela : le péché de celui qui le commet, et le châtiment que vous subissez; le péché est contre la volonté de Dieu, et cela Lui déplait, quoiqu'Il le permet ; le chatiment c'est afin de vous aider à vous conformer à sa volonté, et Il permet les préjudices pour votre progrès ; raison pour laquelle il convient que vous les receviez, comme si cela venait de Lui. [Lorsque vous pouvez accepter que les tors qui vous ont été fait, avaient été orchestrés par Lui de sorte que vous pouvez pardonner facilement à la personne qui vous fait du mal ; et lorsque vous pouvez leur pardonner sans colère ni ressentiment, vous en êtes arrivé à un tournant critique dans votre voyage avec le Seigneur.] La passion ainsi que la mort de notre Seigneur Jésus-Christ fut le résultat des péchés et de la méchanceté de Pilate, [ainsi que des leaders religieux d'Israël]; et cependant il est certain que Dieu voulut la mort de Son propre Fils pour notre rédemption, [comme il orchestra le temps et le lieu de la Pâques à Jérusalem. Et n'allons pas oublier l'exemple de notre Seigneur, alors qu'Il souffrit l'inimaginable douleur de la croix, a dit ; "Père pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font."] Voilà comment le Seigneur Se sert des fautes des autres pour le bien de votre âme. Oh grandeur de la Divine Sagesse! qui peut sonder les profondeurs du secretet des voies extraordinaires, les sentiers inconnus par lesquels Il guide l'âme, afin de vouloir nous purifier, nous transformer, et nous transformer dans la perfection et la sainteté!
Chapitre X Pour que l'âme puisse être l'habitation du Roi céleste, elle se doit nécessairement d'être pur, et sans aucune tache; Raison pour laquelle le Seigneur la purifie comme l'or dans la fournaise des terribles et douloureuses tentations. Il est certain que jamais l'âme n'aime ni ne croit autant que lorsqu'elle se trouve affligée et tourmentée par les tentations; parce que les doutes et les craintes qui l'environnent afin de voir si elle croit ou pas, voir si elle consent ou pas, ne sont rien d'autre que la particularité de son amour. Les effets qui demeurent dans l'âme sont très clairs ; et normalement elle produit un dédain de soi-même, avec une connaissance plus profonde de la grandeur et de l'omnipotence de Dieu, ainsi qu'une grande confiance dans le Seigneur qu'Il la délivrera de tout risque et de tout danger; croyant et confessant avec une plus grande vigeur de foi, que c'est Dieu qui lui donne la force de supporter les tourments de ces tentations, car il serait naturellement impossible, si l'on considère la force et la violence avec lesquelles on nous attaque parfois, de supporter plus d'un quart d'heure. Vous devez reconnaître alors, que la tentation vous est d'un grand bonheur, que, plus elle vous entoure, plus vous devrez vous en réjouir en paix; au lieu de vous en affliger,et remercier Dieu pour la faveur, Il vous a favorisé. Pour toutes ces tentations et ces mauvaises pensées le meilleur remède c'est de les mépriser avec un manque d'égard continuel. Les saints en arrivant à la sainteté ont dut passer par cette pénible vallée des tentations. Plus ils étaient saints, plus les tentations auxquelles ils furent confrontés étaient grandes, non, après que les saints eurent atteint la sainteté et la perfection, le Seigneur leurs permit de vives tentations, afin que leur couronne soit des plus magnifique, et que l'esprit de vaine gloire, ou autres entraves, soit mit à l'échec, les préservant de cette manière, sûr, humble, et concerné par leur condition. Finalement, vous devez savoir que la plus grande des tentations c'est de ne pas avoir de tentation. C'est pour cela que vous devez vous réjouir lorsque vous en êtes assaillit. Ainsi résistez avec résignation, paix et constance. Car si vous voulez servir Dieu, et parvenir à la région sublime de la paix intérieure, vous devez passer par le rude sentier de la tentation, revêtez cette joyeuse armure, combattez dans cette guerre acharné et cruelle, et dans cette fournaise ardente faites-vous, polir, purger, renouveler, et purifier. Chapitre XI Comment l'âme doit se comporter dans le recueillement intérieur, Le recueillement intérieur est foi et silence en présence de Dieu. Ainsi vous devrier prendre l'habitude de vous recueilir dans Sa présence, avec une affectueuse attention, comme étant totalement abandonné à Dieu, et uni à Lui avec révérence, humilité et soumission, e considérant dans les parties les plus profondes de votre âme, sans forme, sans idée, sans manière, sans figurer; au moyen de la connaissance et de la vue générale d'une foi aimante et obscure, sans chercher à concevoir ni Ses perfections ni Ses attributs. Demeurez en cet état, conservant cette vue simple et pleine d'amour, tournée vers Dieu. Remettez-vous entre Ses mains, afin qu'Il dispose de vous comme Il lui plaira, sans faire de réflexions ni sur vous-mêmes, ni sur les perfections divines. Ayant dominé vos sens, vous étant abandonnés aux mains du Père Céleste, demeurez dans la solitude et dans l'oubli de toutes les choses du monde. En résumé, votre foi doit être pure, sans images, sans idées, simple et sans raisonnement, universelle et sans aucune distinction. La prière de recueillement intérieur est figurée par cette lutte que, selon l'Écriture, le patriarche Jacob mena la nuit contre Dieu, jusqu'à ce que se levât la lumière du jour et que Dieu le bénît. L'âme doit en effet persévérer et lutter contre les difficultés qu'elle ressent dans le recueillement intérieur, sans faiblir, jusqu'à ce que luise la lumière de l'aurore, et que le Seigneur accorde à cette âme sa bénédiction. À peine vous serez-vous livrés à ton Dieu par ce chemin intérieur, que tout l'enfer se conjurera contre vous, parce qu'une seule âme recueillie intérieurement en présence de Dieu livre mieux bataille aux ennemis que mille autres qui cheminent par l'extérieur: ces ennemis connaissent la supériorité infinie d'une âme intériorisée. Plus que vos bonnes actions et vos grands sentiments Dieu appréciera, si vous êtes recueilli, la paix et la résignation de votre âme aux prises avec une foule de pensées inconvenantes, importunes ou impudiques. Sache que l'effort même que vous ferez afin de résister à ces pensées est un obstacle, et qu'il laissera l'âme plus inquiète. Ce qui importe, c'est de les mépriser avec douceur, de reconnaître votre misère et d'offrir à Dieu paisiblement la gêne ressentie. Même si vous ne pouvez échapper à la préoccupation de vos pensées et que vous ne sentez pas la lumière, ni la consolation, ni le réconfort spirituel, ne vous affligez pas et ne délaissez pas le recueillement, car il s'agit d'embûches de l'ennemi. Résignez-vous alors avec force, souffrez avec patience et persévèrez en présence de Dieu : tant que vous persévérerez de cette manière, votre âme, intérieurement, en recueillera du profit. Si tu termines ta prière dans la même sécheresse où tu l'as commencée, tu penseras que c'est par manque de préparation et que tu n'en tires pas de fruit. Illusion! parce que le fruit de la véritable prière n'est pas de savourer la lumière, ni d'avoir connaissance des choses spirituelles : celles-ci peuvent en effet se trouver par l'entendement spéculatif, sans la vraie vertu et la perfection. Le fruit de la véritable oraison réside seulement dans le fait de souffrir avec patience, et de persévérer dans la foi et le silence, en croyant qu'on est en présence du Seigneur et en tournant son cœur vers lui, avec quiétude et pureté d'intention. Et tant que tu persévéreras de cette manière, tu seras dans la seule condition et disposition dont tu aies besoin en ce temps, et tu recueilleras un fruit infini. Dans ce recueillement intérieur, la guerre est tout à fait habituelle. D'un côté, Dieu vous privera d'agrément sensible pour vous éprouver, vous humilier et vous purifier. D'un autre côté, les ennemis invisibles vous agresseront avec leurs suggestions continuelles pourvous inquiéter et vous entraver. D'un autre côté encore, la nature elle-même, toujours ennemie de l'esprit, vous tourmentera, car si on la prive de satisfactions sensibles, elle reste sans vigueur, mélancolique et pleine de dégoût; de sorte qu'elle pressent l'enfer dans tous les exercices spirituels, et spécialement dans celui de l'oraison. Aussi, animée du désir d'en arriver à la fin de cette oraison, ressent-elle la désolation la plus vive, à cause de l'assujettissement aux pensées, de la fatigue du corps, du sommeil inopportun, et parce qu'elle ne peut pas réfréner les sens, chacun de son côté voulant suivre ses goûts. Heureux êtes-vous si vous persévérez au milieu de ce martyre! Le grand docteur et maître mystique, sainte Thérèse, accrédite tout cela de son enseignement inspiré, dans une lettre qu'elle écrivit à l'évêque d'Osma pour l'instruire de la manière de se comporter dans la prière et devant le flot des pensées importunes dont on est alors agressé. Voici ce qu'elle dit: « Il faut souffrir la gêne due au tumulte des pensées ou des imaginations importunes, et aux élans des mouvements de la nature, qu'ils proviennent soit de l'âme, à cause de sa sécheresse et de son désordre, soit du corps, parce qu'il n'offre pas à l'esprit la soumission qu'il lui doit. » C'est ce que les spirituels appellent la sécheresse de l'âme; mais celle-ci est très profitable si on l'accepte et endure avec patience. Celui qui apprendra à la supporter, à ne pas la refuser, tirera un profit infini de cette épreuve. Il est certain que, dans le recueillement, le démon se déchaîne bien davantage, en insufflant des pensées pour ruiner la quiétude de l'âme et l'écarter de ce commerce intérieur si doux et si rassurant: il lui inspire de l'horreur pour qu'elle abandonne cet exercice, si bien que la plupart du temps elle s'y rend comme si on la conduisait à un supplice très rigoureux. Souvent aussi pendant le recueillement, le tentateur vient susciter des pensées volages pour troubler le repos de l'âme. Il tâche de lui insuffler du dégoût pour la conversation intérieure, si douce et si tranquille, afin de lui faire abandonner cet exercice. Il parvient parfois à réduire l'âme à un tel état qu'il lui semble qu'on la mène alors au plus cruel supplice. Bien informée de ces choses, la sainte dit dans la lettre citée: « Les rapaces, je veux dire les démons, piquent et molestent l'âme avec les imaginations, pensées importunes et inquiétudes qu'engendre le démon à ce moment-là, emportant la pensée et la répandant d'un côté et de l'autre. Et derrière la pensée s'en va le cœur; et le fruit de la prière n'est pas négligeable, quand on souffre ces tracasseries et agacements avec patience. S'offrir en holocauste n'est pas autre chose, et l'holocauste consiste en ce que tout le sacrifice se consume dans le feu de la tentation, sans que rien du sacrifice soit épargné. » Vois comment cette maîtresse céleste encourage à souffrir et supporter pensées et tentations, puisque tant qu'on n'y consent point, le gain est double. Autant de fois tu t'appliqueras à rejeter avec douceur ces vaines pensées, autant de couronnes le Seigneur déposera sur ta tête. Et si tu crois que tu ne fais rien, détrompe-toi : un bon désir, si on demeure ferme et persévérant dans l' oraison, plaît beaucoup au Seigneur. « En effet, conclut la sainte, le fait d'être là sans rien obtenir, n'est pas du temps perdu, mais un temps de grand profit, parce qu'on travaille sans intérêt et pour la seule gloire de Dieu. L'âme, certes, estime qu'elle travaille en vain, mais il n'en est rien. Il en va d'elle plutôt comme de ces enfants qui travaillent dans le domaine de leurs parents: si le soir ils ne reçoivent pas de salaire, à la fin de l'année ils perçoivent tout. » Voilà donc comment la sainte confirme nos leçons par son précieux enseignement.
Chapitre XII Suite du même sujet Ce n'est pas celui qui fait davantage, ou qui ressent davantage, ou qui affiche davantage de sensibilité, que Dieu aime davantage, mais celui qui souffre davantage, à la condition qu'il adore avec foi et révérence, en croyant qu'il est en présence de Dieu. Il est vrai qu'enlever à l'âme la prière des sens et de la nature lui est un martyre rigoureux; mais le Seigneur se félicite et se réjouit de la paix de cette âme, si elle est ainsi dans la quiétude et la résignation. Ce n'est pas alors le moment de recourir à la prière vocale, car si la prière vocale est de soi bonne et sainte, y recourir dans ces circonstances est une tentation manifeste, par laquelle l'ennemi cherche à ce que Dieu ne nous parle pas au cœur, sous prétexte que nous ne ressentons rien et que nous perdons notre temps. Dieu ne regarde pas au flux des paroles, mais à l'intention, si elle est pure. Sa plus grande satisfaction et sa plus grande gloire est de voir l'âme comblée de silence, de désirs, d'humilité, de quiétude et de résignation. Chemine, persévère, prie et garde silence, car, là où tu ne trouveras pas de douceur sensible, tu trouveras une porte pour pénétrer dans ton néant, en sachant que tu n'es rien, que tu ne peux rien, pas même avoir une bonne pensée. Tous ceux qui se sont engagés dans cet heureuse pratique de la prièreet du recueillement intérieur, et l'ont abandonné sous prétexte, disent-ils, qu'ils n'y éprouvaient aucun goût, qu'ils perdaient leur temps, qu'ils étaient assaillis de distractions, que la prière n'était pas pour eux puisqu'ils n'y trouvaient aucun contact avec Dieu, ni ne pouvaient raisonner (alors qu'ils auraient pu croire, garder silence et prendre patience) ... oui, tous ceux-là, à dire vrai, n'ont d'autre volonté que celle de partir, de manière ingrate, en quête de satisfactions sensibles, en se laissant emporter par leur amour-propre', en se recherchant eux-mêmes au lieu de rechercher Dieu, pour ne pas souffrir la moindre peine ou sécheresse ... sans compter la perte infinie que font ces personnes, puisque le moindre acte de déférence à l'égard de Dieu leur assurerait, au milieu de la sécheresse, une récompense éternelle. À la vénérable mère Françoise Lopez de Valence, membre du tiers-ordre de saint François, le Seigneur dit trois choses fort lumineuses sur le recueillement intérieur. La deuxième est qu'il plait davantage à la Majesté divine que l'âme lui accorde une heure de prière paisible et fervente, plutôt qu'elle ne parte pour de grands pèlerinages ou pieux rassemblements. Dans la prière, en effet, elle est utile à elle-même et à ceux pour qui elle prie : c'est un grand bonheur pour Dieu et cela mérite un grand poids de gloire; tandis que dans un pèlerinage, l'âme d'ordinaire se distrait, les sens s'éparpillent et la vertu s'affaiblit, abstraction faite d'autres dangers La troisième est que « la prière continue» consiste à laisser toujours son cœur entre les mains de Dieu, et que, pour être intérieure, une âme doit être conduite plutôt par les affections de la volonté que par les efforts de l'entendement. Tout cela se trouve dans le récit de sa vie. Plus l'âme trouve plaisir à un amour sensible, moins Dieu trouve plaisir en elle; et au contraire, moins l'âme trouve plaisir à cet amour sensible, plus Dieu trouve plaisir en elle. Et elle sait que fixer en Dieu sa volonté, en écartant pensées mauvaises et tentations, avec la plus grande quiétude possible, est une haute forme de prière. Je conclurai ce chapitre en te détournant de l'erreur commune de ceux qui disent que, dans ce recueillement intérieur ou prière de quiétude, les facultés n'œuvrent pas, et que l'âme est oisive, sans aucune activité: c'est un leurre manifeste de la part de ceux qui ont peu d'expérience. En effet, la mémoire, certes, n'entre pas en œuvre ; ni le jugement, qui est la deuxième opération de l'entendement; non plus que le raisonnement, qui en est la troisième. Mais la première et principale opération de l'entendement illuminé par notre sainte foi et aidé par les dons divins de l'Esprit-Saint se fait par simple appréhension. Et la volonté prête plus d'attention pour continuer un seul acte que pour multiplier des actes, bien que l'acte de l'entendement et l'acte de la volonté soient si simples, imperceptibles et spirituels que l'âme les connaît à peine : encore moins en donne-t-elle un reflet ou les prend-elle en considération Chapitre XIII Ce que l'âme doit faire dans le recueillement intérieur Vous devez aller en prière pour vous livrer complètement entre les mains de Dieu avec une parfaite résignation, en faisant un acte de foi, en croyant que vous êtes en sa divine présence, en demeurant ensuite en cette sainte oisiveté, avec quiétude, dans le silence et le calme, en essayant de prolonger par la foi et l'amour, durant toute la journée, toute l'année et toute votre vie, ce premier acte de contemplation. Vous ne devez pas tendre à multiplier ces actes de foi, ni à entretenir des affections sensibles, parce que tout cela empêche la pureté de l'acte spirituel et parfait de la volonté. En effet, d'abord, ces sentiments délectables sont imparfaits, à cause de la réflexion par laquelle ils se forment, et à cause de la satisfaction personnelle et de la consolation intérieure pour lesquelles on les recherche, pendant que l'âme se répand au-dehors par ses puissances externes. En outre, il n'y a pas nécessité à renouveler ces actes, comme le dit fort bien le mystique Falconi 1 dans la comparaison suivante : « Si un jour vous présentez à un ami un riche joyaux et que vous lui en fassiez hommage, il n'est pas nécessaire de lui rappeler votre geste en lui disant tous les jours: "Ami, je t'ai donné ce joyau; ami, ce joyau, je te l'ai donné." Il faut plutôt le lui laisser et ne pas vouloir le lui enlever, parce que tant qu'on ne le lui enlèvera pas ou qu'on ne voudra pas le lui enlever, il le considérera toujours comme sien. » De la même manière, une fois prononcés l'abandon et la résignation amoureuse à la volonté du Seigneur, il n'est que de vous y maintenir, sans les réitérer formellement par de nouveaux actes, tant que vous ne ravissez pas à Dieu le joyau de votre abandon par quelque action grave contre sa volonté. Et cela, même si au-dehors vous vous adonnez aux œuvres extérieures de votre vocation et de votre état, car, en vous y adonnant, vous faites la volonté de Dieu et vous demeurez virtuellement en prière continue. Il prie toujours, dit Théophilacte', celui qui accomplit de bonnes oeuvres, et il ne cesse de prier que lorsqu'il cesse d'être juste. Vous devez donc mépriser toutes ces choses sensibles pour que votre âme s'établisse dans le recueillement dont elle aura acquis l'habitude intérieure. Cette habitude est tellement efficace que la seule résolution d'entrer en prière éveille un vif sentiment de la présence de Dieu. Cela constitue une préparation à la prière qui suivra ou, pour mieux dire, ce n'est qu'un prolongement plus efficace de cette oraison continue dans laquelle doit s'établir le contemplatif. Comme elle a bien pratiqué cette leçon, la vénérable mère de Chantal, fille spirituelle de saint François de Sales et fondatrice en France de l'ordre de la Visitation! Dans sa Vie, on trouve les paroles suivantes qu'elle adressait à son saint directeur: « Très cher Père, je ne saurais faire aucun acte; il me semble que cette disposition est toujours plus ferme et assurée. Mon esprit, dans sa partie supérieure, se trouve dans une unité très simple; il ne s'unit pas, parce que, s'il veut faire des actes d'union (ce qu'il essaie souvent), il ressent de la difficulté et il reconnaît clairement qu'il ne peut pas s'unir, mais être uni. L'âme voudrait se servir de cette union pour l'exercice du matin, celui de la sainte messe, de la préparation à la communion et de l'action de grâces; et finalement elle voudrait, pour toutes choses, être toujours dans cette très simple unité d'esprit, sans regarder à autre chose! ». À tout cela son saint directeur répond en donnant son approbation et en l'incitant à continuer, lui rappelant que le repos de Dieu est dans la paix. Dans une autre circonstance, elle adressait au même saint les mots suivants : « Alors que je m'incitais à produire des actes particuliers pour protester de ma vue simple de Dieu, de ma totale résignation et de mon anéantissement en Dieu, l'infinie bonté divine me reprit et me fit comprendre que ces choses procédaient de mon amour-propre et qu'ainsi je portais préjudice à mon âme » (extrait de sa Vie). Grâce à cela, tu seras éclairé et tu connaîtras quelle est la manière parfaite et spirituelle de prier; et tu seras averti de ce que tu dois faire dans le recueillement intérieur; et tu sauras qu'il importe, pour que ton amour soit parfait et pur, de réduire le nombre des actes sensibles et fervents, l'âme demeurant en quiétude et repos dans ce silence intérieur. Car la tendresse, la douceur et les sentiments délectables qu'éprouve l'âme dans sa volonté ne sont pas purement spirituels; tout cela est mêlé aux réalités sensibles de la nature. Et n'est pas amour parfait mais plaisir sensible l'acte qui trouble et blesse l'âme, selon ce qu'a dit le Seigneur à la vénérable mère de Chantal. Supposons que ton âme entre à l'intérieur d'ellemême et se mette en son néant, là, en son centre et sa partie supérieure, sans savoir ce qu'elle fait, sans savoir si elle est recueillie ou non, si cela lui convient ou non, si elle agit ou n'agit pas, sans regarder ni porter soin ou attention aux choses sensibles, alors, comme elle sera heureuse! et quelle saine occupation pour elle! C'est ainsi que l'entendement croît par un acte pur, et que la volonté aime d'un amour parfait, sans obstacle quelconque, imitant cet acte pur et continu de contemplation et d'amour qui est, disent les saints, celui des bienheureux dans le Ciel, avec la seule différence que les bienheureux voient Dieu face à face, tandis que l'âme ici-bas a devant elle le voile obscur de la foi. Oh! que peu nombreuses sont les âmes qui arrivent à cette manière parfaite de prier, parce qu'elles ne pénètrent pas assez dans ce recueillement intérieur et ce silence mystique, et qu'elles ne se dépouillent pas de la réflexion imparfaite et des satisfactions sensibles! Oh! Si seulement ton âme se lançait sans précautions excessives, fût-ce d'elle même, dans cette tranquilité sainte et spirituelle, et si elle disait comme saint Augustin : « Sileat anima mea et transeat se, non se cogitando » (Confessions, livre IX, chap. x)! « Que mon âme fasse silence et ne veuille rien faire ni penser à rien », qu'elle s'oublie soi-même et s'immerge dans cette foi obscure, et alors comme elle sera sécure et sauve, même s'il lui semble être inactive et ne faisant rien, ou perdu. Pour couronner ces exhortations, voici la lettre qu'adressait l'illustre mère de Chantal à une vraie servante de Dieu: « La bonté divine, dit la mère inspirée, m'a gratifiée de cette manière de prier, dans laquelle, grâce à une vue simple sur Dieu, je me sentais toute plongée, absorbée et pacifiée en lui. Cette grâce continua toujours pour moi, bien que je m'y fusse opposée par mon infidélité et fisse naître en moi la crainte, croyant être inutile en cet état. Comme je voulais pour cette raison faire quelque chose de mon propre chef, je gâchais tout ; et même présentement, je me sens parfois envahie de la même crainte, non pas cependant dans la prière, mais dans les autres exercices où je veux toujours agir quelque peu, en accomplissant des actes, quoique je sache fort bien qu'en les accomplissant je perds ma quiétude, et quoique je discerne nettement que cette vue simple sur Dieu est aussi mon unique remède et recours en toutes les épreuves, tentations et événements de cette vie. Et certainement, si je voulais suivre mon impulsion intérieure, je n'userais pas d'autre moyen en toutes circonstances, sans exception aucune car, lorsque je pense fortifier mon âme par les arts, les raisonnements et renoncements, alors je m'expose à de nouvelles tentations et épreuves. De plus, je ne peux le faire sans m'imposer une grande violence, laquelle me laisse épuisée et désséché. Ainsi m'est-il nécessaire de revenir rapidement à la simple résignation, sachant que Dieu me fait voir par là qu'il veut rendre impossibles les opérations de mon âme, parce qu'il veut, dans sa divine activité, tout faire lui-même. Et par bonheur il ne veut de moi autre chose que cette vue simple, soit dans tous les exercices spirituels, soit dans toutes les peines, tentations et afflictions qui me peuvent échoir en cette vie. Et la vérité est que, plus grande est la quiétude où je tiens mon esprit par ce moyen, mieux me réussit toute chose, et plus tôt s'évanouissent toutes mes affections. Mon bienheureux père saint François de Sales, lui aussi, me l'a souvent assuré. Notre défunte mère supérieure (la mère Marie de Castel) m'incitait à demeurer ferme dans cette voie et à ne rien craindre dans cette vue simple de Dieu. Elle me disait que cela suffisait; et que plus complets sont le dépouillement et la quiétude en Dieu, plus grandes sont la douceur et la force que reçoit l'âme: et celle-ci doit essayer d'être si pure, si simple, qu'elle n'ait d'autre appui qu'en Dieu seul. À ce propos, il me vient à l'esprit qu'il y a quelques jours, Dieu m'a communiqué une illumination qui me fit une telle impression sur moi comme si je l'avais vue de mes yeux. Et cette lumière est que je ne dois jamais me regarder moi-même, mais cheminer les yeux fermés, appuyée sur mon bien-aimé, sans chercher ni à voir, ni à connaître le chemin par lequel il me guide, sans penser à rien, ni même lui demander des grâces, mais en étant tout simplement tout abandonnée et pacifiée en lui »
Chapitre XIV Où l'on explique comment l'âme, s'étant plaçée en présence de Dieu avec une parfaite résignation, par un pur acte de sa foi, progresse toujours dans la méditation virtuelle et acquise Vous me direz, comme m'ont dit beaucoup d'âmes, qu'une fois réalisé avec une parfaite résignation l'abandon de vous-même, en présence de Dieu, vous n'avez ni mérite, ni profit, parce que votre pensée, dans le temps de l'oraison, se distrait de telle manière qu'elle ne peut rester en Dieu. Ne vous désolez pas, car vous ne perdez ni votre temps, ni votre mérite; et vous n'avez de cesse non plus d'être en oraison, puisqu'il n'est pas nécessaire que pendant tout ce temps vous pensiez formellement à Dieu. Il suffit de lui avoir prêté attention au début, tant que vous ne vous divertissez pas délibérément, ni ne rétractez l'intention formelle que vous avez eue. Il en va de même de celui qui entend la messe ou prononce l'office divin: il s'acquitte fort bien de son obligation en vertu de cette première intention formelle, même si ensuite il ne persévère pas à tenir sa pensée formellement fixée en Dieu. C'est ce que nous assure le Docteur Angélique, saint Thomas, dans les termes suivants : « Seule cette première intention et première pensée en Dieu, qu'a eue en commençant celui qui prie, a force et valeur pour que, tout le reste du temps, ce soit une véritable prière salutaire et méritoire, même si, pendant tout le temps que dure encore l'oraison, il n'y a pas contact formel avec Dieu» (22 qusest, 82 are. 13 ad. 1). Le saint peut-il parler plus clairement à notre adresse? Ainsi donc la prière dure toujours, dit saint Thomas, même si l'imagination vagabonde sur une foule de pensées, à la condition que celui qui prie n'y consente pas, ni n'abandonne le lieu de prière ou la prière même, ni ne change sa première intention d'être avec Dieu. Et il est certain qu'il ne la change pas tant qu'il n'abandonne pas le lieu; d'où l'on déduit en bonne logique qu'il persévère dans la prière, même si son imagination s'envole sur des pensées diverses et involontaires. « Il prie en esprit et en vérité, dit le saint au lieu cité, celui qui va à l'oraison avec l'esprit et l'intention de prier, même si ensuite, en raison de sa faiblesse et de sa misère, sa pensée vagabonde. » Mais, me me direz-vous, ne dois-je pas pour le moins, à ce moment-là, me rappeler que je suis devant Dieu, et lui dire à plusieurs reprises : « Seigneur, Tu es en moi et je voudrais me donner entièrement à Toi » ? Je réponds que ce n'est pas nécessaire, parce que vous avez la volonté de prier et c'est à cette fin que vous êtes venu là où vous êtes. La foi et l'intention vous est suffisant, et celles-ci persévèrent toujours; et plus ton souvenir de la présence divine est simple, dénué de paroles et de pensées, plus il est pur, spirituel, intérieur et digne de Dieu. Ne serait-il pas impertinent et irrespectueux si, étant en présence du Roi, vous Lui disiez de temps à autre: « Seigneur, je crois que votre Majesté est ici présente»? Eh bien, c'est cela même qui arriverait. Par le simple regard de la foi, l'âme voit Dieu, croit en lui et est en sa présence; et donc, quand l'âme croit, elle a besoin non pas de dire : « Mon Dieu, vous êtes ici », mais de croire comme elle croit. Dès qu'arrive en effet le temps de la prière, la foi et l'intention la guident et la portent à contempler Dieu par le moyen de la simple foi et de la résignation parfaiteAinsi , tant que vous ne rétractez pas cette foi, que vous n'avez pas l'intention de vous résigner, vous demeurez toujours dans la foi et la résignation, et par conséquent vous demeurez dans la prière et dans la contemplation virtuelle et acquise, même si vous ne le ressentez pas, ni ne le rappellez à votre mémoire en y réfléchissant de nouveau. Le chrétien, la personne mariée, le religieux, même s'ils n'accomplissent pas d'actes nouveaux, ni ne se remettent en mémoire soit leur baptême en disant: « Je suis chrétien », soit leur mariage en disant: « Je suis marié », soit leurs vœux en disant: « Je suis religieux », non, ceux-là ne cessent pas pour autant d'être l'un baptisé, l'autre marié, et le troisième profès. Ils seront seulement obligés, le chrétien d'accomplir de bonnes œuvres en témoignage de sa foi et de croire plus en vérité qu'en paroles, la personne mariée de donner des marques de la fidélité qu'elle a promise à son époux, et le moine de donner des marques de l'obéissance qu'il a vouée à son supérieur. De même que , l'âme intérieure, une fois résolue à croire que Dieu est en elle, résolue à se résigner, à ne rien vouloir d'autre que d'œuvrer pour Dieu et en présence de Dieu, doit se contenter de cette foi et de cette intuition qui sont les siennes, en toutes ses œuvres et tous ses exercices, sans exprimer ou réitérer des actes de foi et de résignation.
Chapitre XV Suite du même sujet Cettte véritable doctrine est utile non seulement pour le temps de prière, mais aussi pour celui d'après la prière ; elle sert la nuit, le jour, et à toute heure, et dans toutes tes fonctions quotidiens exigés par ta vocation, tes obligations et ton état. Si tu me dis que souventefois, pendant la journée, tu oublies de raviver ta résignation, je répondrai que, même si tu crois t'en éloigner quand tu vaques aux occupations de ton état (comme l'étude, la lecture, la prédication, le manger, le boire, les affaires ou autre chose du genre), tu fait erreur, car, tu ne t'en éloignes pas pour autant, ni ne cesses de faire la volonté de Dieu ou de pratiquer prière virtuelle, comme dit saint Thomas. En effet, aucune de ces occupations ne va contre la volonté divine ni contre ta résignation, car il est certain que Dieu veut que tu manges, que tu étudies, que tu travailles, que tu fasses des affaires, etc., et donc, en vaquant à ces exercices-là, qui sont conformes à sa volonté et son bon plaisir, tu ne t'éloignes ni de sa présence, ni de ta résignation. Mais si, durant la prière ou en dehors de la prière, tu te divertissais et distrayais volontairement, en te laissant emporter délibérément par quelque passion, alors il serait bon pour toi de te tourner vers Dieu et sa divine présence, en réitérant un pur acte de foi et de résignation. Cependant, il n'y aura pas nécessité d'agir ainsi quand tu connaîtras la sécheresse, parce que la sécheresse est bonne et sainte, et elle ne peut, si rigoureuse soit-elle, enlever à l'âme la divine présence qui est établie sur la foi. Tu ne dois jamais appeler sécheresse la distraction, parce qu'elle est chez les débutants un défaut de la sensibilité, et chez les âmes avancées elle est une abstraction; et par son intermédiaire, si tu la supportes avec constance et que tu restes paisible en ton néant, ton âme s'intériorisera et le Seigneur en elle opérera des merveilles. Essaie donc, à partir du moment où tu sors de la méditation et jusqu'à ce que tu y reviennes, de ne pas te distraire ni te divertir, mais d'être totalement résigné à la volonté de Dieu, pour que Dieu fasse et défasse, en toimême et en tout ce qui te concerne, ce quIl voudra selon son bon plaisir : tu t'en remettras à lui comme à un père affectueux. Ne te détourne jamais de cette intention; et même si tu es pris par les obligations de ton état, là où Dieu t'a placé, tu seras toujours en prière, en la présence de Dieu, et dans une résignation permanente. C'est pourquoi saint Jean Chrysostome a dit: « Le juste ne cesse pas de prier, à moins qu'il ne cesse d'être juste; il prie toujours, celui qui agit bien; et le bon désir c'est la prière; et si le désir est continuel, continuelle aussi est la prière » (Super 1 Ad Thessalon. 5). Tu comprendras tout cela par cet exemple tout simple : lorsqu'une personne se met en route pour aller à Rome, tous les pas qu'elle fait sur le chemin sont bien voulus; cependant il n'est pas nécessaire qu'à chaque pas elle manifeste son intention, ni qu'elle produise un nouvel acte de la volonté en disant: « Je veux aller à Rome; je vais à Rome. » Car, en vertu de sa première intention qu'elle avait le jour de son départ, la volonté d'aller à Rome se prolonge toujours en elle; de sorte qu'elle chemine sans le dire, bien qu'elle ne chemine pas sans le vouloir. Et même tu comprendras clairement que ce pèlerin, par un seul geste de sa volonté - un seul vouloir - chemine, parle, entend, voit, réfléchit, mange et procède à diverses autres opérations, sans que celles-ci brisent sa volonté première ou suspendent sa marche actuelle vers Rome. Il en est de même pour l'âme méditative : une fois qu'elle a exprimée sa détermination à faire la volonté de Dieu et à vivre en sa présence, cette âme se maintient en permanence dans la même détermination tant qu'elle ne recule pas, même si elle est occupée à écouter, parler, manger ou à quelque autre œuvre bonne ou exercice extérieur propre à sa vocation et son état. Saint Thomas d'Aquin a dit tout cela en peu de mots.» Non enim oportet quod qui propter Deum aliquod iter arripuit, in quolibet parte itineris de Deo cogitet actu. Tu diras que tous les chrétiens s'en tiennent à cela, parce que tous ont la foi et peuvent, bien qu'ils ne soient pas tous intérieurs, se conformer à cet enseignement, en particulier ceux qui cheminent par le chemin extérieur de la méditation et du raisonnement. Il est vrai que tous les chrétiens ont la foi, et spécialement ceux qui méditent et réfléchissent. Mais la foi de ceux qui cheminent par la voie intérieure est très différente, parce qu'elle est foi pure, universelle et indistincte, et par conséquent plus pratique, plus vive, efficace et éclairée. L'Esprit-Saint, en effet, illumine davantage l'âme mieux disposée; et celle dont l'entendement est recueilli est toujours mieux disposée, parce que c'est à la mesure du recueillement que l'Esprit illumine. Certes, dans la méditation, Dieu communique quelque lumière. Mais c'est une lumière différente de celle qu'il communique à l'entendement recueilli au préalable dans une foi pure et universelle : elle en est aussi différente que deux ou trois gouttes d'eau le sont de l'eau de la mer. En effet, dans la méditation, une, deux ou trois vérités particulières sont communiquées à l'âme, mais, dans le recueillement intérieur et dans l'exercice d'une foi pure et universelle, c'est une mer d'abondance - la sagesse de Dieu - qui lui est communiquée par cette connaissance obscure, simple, générale et universelle. La résignation est également plus parfaite dans les âmes recueillies, parce qu'elle naît de la force intérieure et infuse, laquelle croît au fur et à mesure que continue l'exercice intérieur de la foi pure, dans le silence et la résignation. C'est de cette même manière que croissent les dons de l'Esprit divin chez les âmes méditatives, car, ces dons divins ont beau se trouver aussi chez tous ceux qui sont en état de grâce, ils y sont comme morts et sans force, et ils présentent une différence presque infinie, quant à leur éclat, leur vivacité et leur efficacité, avec ceux qui règnent chez les méditatifs. Ainsi tu comprendras que l'âme intérieure qui a l'habitude d'aller en prière chaque jour, à des heures déterminées, avec la foi et la résignation que je t'ai dites, est continuellement en la présence de Dieu. Cet enseignement important et véridique est donné par tous les saints, tous les maîtres expérimentés et les mystiques, parce que tous ont eu un même Maître, qui est le Saint-Esprit. Chapitre XVI Comment on peut entrer dans le recueillement intérieur par la très sainte humanité du Christ Notre-Seigneur Les maîtres spirituels forment deux catégories qui sont radicalement opposées. Les uns disent effectivement qu'il faut toujours considérer les mystères de la passion du Christ et méditer là dessus. Les autres, donnant à l'extrême opposé, enseignent que la méditation des mystères de la vie, de la passion et de la mort du Sauveur n'est pas la prière, non plus leur commémoration ; mais l'exaltation élevé en Dieu, la Divinité contemplée par l'âme dans la quiétude et le silence devrait s'appeler la prière. Par Son enseignement et Son exemple, Jésus-Christ Notre-Seigneur est la lumière, le miroir, le guide de l'âme, le chemin et l'unique porte pour entrer dans les pâturages de la vie éternelle et du vaste océan de la Divinité. De là, il découle qu'on ne doit pas effacer complètement le souvenir de la passion et de la mort du Sauveur. Et il est également certain que, quelle que soit l'élévation de l'esprit à laquelle on parvienne, l'âme ne doit pas se détacher complètement de la très sainte humanité de Jésus-Christ. Mais de là il ne découle pas que l'âme, formée au recueillement intérieur et devenue incapable de raisonner, doive toujours être en train de songer et de « considérer» (comme disent les autres maîtres spirituels) les très saints mystères du Sauveur. Il est bon et saint de contempler; et plût à Dieu que tout le monde s'y exerçât! En outre, si une âme se recueille avec facilité, raisonne et « considère », on doit la laisser en cet état et ne pas la faire accéder à un état supérieur, tant qu'elle trouve dans la contemplation nourriture et profit. Il revient à Dieu seul - non au directeur spirituel- de faire passer l'âme de la contemplation à la méditation, parce que si le Seigneur ne l'appelle pas par une grâce spéciale à cet état de prière, le directeur spirituel, avec toute sa sagesse et ses conseils, n'y fera rien Pour choisir une façon sécure pour fuir ces deux extrêmes qui sont tellement opposés - car on ne doit ni effacer ou écarter complètement l'humanité du Christ, ni l'avoir continuellement devant les yeux - nous devons donc supposer qu'il y ait deux manières de prêter attention à cette humanité pour entrer par la divine porte qui est le Christ, notre bien. La première serait de considérer les mystères et de contempler les actions de la vie du Sauveur, de sa passion et de sa mort. La seconde, de penser à lui par l'application de l'entendement, par la foi pure ou par l'intermédiaire de la mémoire. Quand l'âme se perfectionne et entre en elle-même par le recueillement interne, après avoir médité sur les Mystères auxquels elle a déjà été informée, elle conserve une foi et un amour tels pour la Parole Incarné, qu'elle est pleine d'obéissance aux préceptes divins, même si elle n'a pas ces mystères toujours présents devant les yeux. C'est comme si l'on disait |
